joissains et kert bouée 

La règle vaut pour beaucoup. Quand on est sortant, on est renvoyé à son passé et on est jugé sur son bilan. Quand on est candidat pour la première fois, on doit d'abord convaincre et montrer sa capacité à briguer une fonction.
Au premier tour des législatives de dimanche dernier, les électeurs ont en quelque sorte déjà tranché en plaçant Marine Joissains derrière Jean-David Ciot pour la 14e circonscription et Christian Kert derrière Gaëlle Lenfant pour la 11e.
C'est assez logique puisque les deux sortants ont fait partie des mêmes majorités de droite. L'une pendant deux mandats, l'autre pendant cinq mandats.
Dimanche, les résultats du second tour diront si ces deux-là pourront continuer à siéger à l'Assemblée nationale.
Les deux sortants se ressemblent dans leur soutien total et quasi aveugle à toutes les politiques décidées par Nicolas Sarkozy. Leur différence réside peut-être dans le seul fait que l'une a cumulé plusieurs mandats et fonctions trop lourds à assumer pleinement en même temps et que l'autre n'a été que député.
A ce moment donné de leurs parcours finissants où ils sont de nouveau tous deux candidats, mais en très net recul dans leurs scores habituels respectifs, les deux subissent certes le reflux de la droite consécutif à la chute de leur champion à l'élection présidentielle. Mais, ce qui les rapproche est leur maigre bilan en termes d'action locale.
L'une subit aussi le revers qu'elle s'est infligé par ses comportements outranciers, ses décisions incohérentes et ses absences de réponses concrètes aux véritables attentes économiques et sociales (dont le logement) des citoyens.
L'autre a forcément peu de comptes à rendre du point de vue communautaire et municipal mais il n'a cessé de faire figure d'élu sans réelle influence pour apporter des solutions aux situations dramatiques auxquelles sont confrontées de très nombreuses familles du pays d'Aix.
Et maintenant ? Force est de constater qu'ils se rejoignent de nouveau, à quelques infimes nuances près. Cela est tellement vrai que Kert était bien aux côtés de Joissains lors de son meeting d'hier soir à Aix, un peu comme les pendus vont au secours des pendus.
Mais il y a plus grave. Les deux revendiquent un rapprochement avec le FN.
Joissains, plus en perdition que son collègue, y va franco. Elle l'a dit au soir du premier tour, l'a répété sur un site internet et l'a confirmé à La Provence et encore hier soir sur France 3 dans le débat l'opposant à Jean-David Ciot. Et Kert louvoie pour tenter de faire croire qu'au grand jamais il ne s'abaisserait aux extravagances de sa collègue tout en évoquant, l'air de rien, que les électeurs d'extrême-droite l'intéressent aussi comme une réserve de voix. Il les juge donc compatibles avec sa propre ligne, en particulier sur les thèmes discutables liés en grande partie aux élucubrations identitaires.
Dans ces domaines, il faut reconnaître à Joissains et à Kert réunis un certain culot pour oser avancer l'argument que leurs ré-élections seraient la solution miracle aux problèmes que le gouvernement désavoué et sorti par les urnes a largement contribué à envenimer. Face à leurs piètres résultats du premier tour, les deux députés en sursis en sont donc réduits à la quête de la bouée de sauvetage.
Pour essayer à la fois de rétablir sa légitimité perdue et de redorer du coup sa prétention écornée de rassemblement censée impressionner les électeurs qui, de toute façon, lui tourneront le dos et préfèreront Jean-David Ciot au second tour, Joissains se proclame désormais "seule représentante de la droite et du centre" tentant de faire oublier ceux qui l'ont déjà désavouée en votant pour d'autres candidats de droite et d'extrême-droite, tandis que, prétendant être encore capable de concurrencer Gaëlle Lenfant, Kert s'octroie le titre de "seul des deux candidats à être un candidat humaniste avec une certaine rigueur". Mais qui peut bien encore les croire ?
Alors, ma conclusion est simple. Le chambardement, c'est maintenant !