mercredi 25 novembre 2009
Tract ordurier : Les curieux propos de Joissains...
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"Je dispose de quatre témoignages qui ont été rédigés sous contrôle d'huissier." […] "Aujourd'hui, je sais qui a écrit ce tract et l'a diffusé. Je me donne une dizaine de jours pour saisir le Parquet. Je déposerai plainte contre X mais je donnerai des noms."
Ainsi s'est exprimée Maryse Joissains dans La Provence samedi dernier.
A première lecture, ces déclarations faites à l'indicatif visent à établir que l'énigme est résolue : l'ex-candidate redevenue maire sait qui a écrit le tract et elle donnera des noms. Il ne reste plus à la justice qu'à confondre le ou les auteurs et à juger.
En relisant bien, cela sonne étrangement. Et le doute s'installe. Reprenons donc les expressions une à une.
"Je dispose de quatre témoignages" : selon Joissains, plusieurs personnes auraient entendu dire, vu, ou su qui était à l'origine du tract. Questions. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps, et surtout après la décision du Conseil d'Etat de juin 2009 qui a annulé l'élection municipale de mars 2008, pour témoigner ? Qui sont ces quatre personnes ? Qui les a retrouvées ou contactées et comment, sauf à penser qu'elles auraient agi spontanément et concomitamment après l'annulation ?
"Aujourd'hui" : est-ce à dire qu'il a fallu plus d'un an et demi pour obtenir et réunir ces présumés éléments de preuve ?
"Je sais qui a écrit ce tract et l'a diffusé" : dire cela signifie par conséquent que le ou les auteurs et les diffuseurs sont identifiés, avec certitude et nommément. Pour mémoire, les deux plaintes initiales respectives de Maryse Joissains et de François-Xavier De Peretti n'avaient pas abouti faute d'éléments probants. On avait aussi cru comprendre qu'en défense au tribunal administratif puis au Conseil d'Etat, Joissains avait plaidé une diffusion nulle ou, à tout le moins, très restreinte. Alors, il faudrait savoir.
"Je me donne une dizaine de jours pour saisir le Parquet" : Joissains doute-t-elle ou agite-t-elle une menace ? Si elle détient des preuves, pourquoi ne pas agir sans perdre de temps ?
"Je déposerai plainte contre X mais je donnerai des noms" : cette annonce-là est peut-être la phrase la plus inouïe. A-t-on jamais vu quelqu'un qui connaît les noms des responsables (on ne peut imaginer qu'il s'agisse de ceux des témoins) porter plainte contre X ?
Au final, que faut-il comprendre et comment interpréter ces déclarations ?
N'auraient-elles pas, simple hasard bien sûr, un certain rapport avec la perspective de la prochaine décision du tribunal administratif portant sur l'annulation, ou pas, de l'élection de juillet ? Ne serait-ce pas là une manière de prendre les devants pour jouer une fois de plus l'intimidation, puis la victimisation ? Ou encore une grossière manœuvre de communication tendant à créer un climat à trois semaines de la décision du tribunal, voire, pour plus tard, si le Conseil d'Etat devait statuer une nouvelle fois, puisque Joissains déclare maintenant qu'elle "ira devant lui" le cas échéant ?
Réagissant à ces propos, De Peretti, visé par le tract au premier chef tout comme certains de ses colistiers, a émis deux hypothèses.
"Si les témoignages sont crédibles, je la remercie de pouvoir m'aider à débusquer ceux qui ont fait cela. En revanche, s'il s'agit d'une procédure incertaine, d'une manœuvre politique qui n'a pour but que d'influencer l'opinion aixoise ou le juge administratif chargé d'examiner le nouveau recours, je lui promets une disqualification morale, judiciaire et politique. Sans précédent."
On ne saurait mieux dire. A mon avis, ça sent fort la poudre noire…
lundi 23 novembre 2009
Solidarité : Une affaire de cœur ou l'affaire de l'Etat ?
Nouvelle polémique sur les appels aux dons. Cette fois, c'est sur le Téléthon, sujet sensible s'il en est. Est-il fait bon usage des fonds récoltés ? Le Téléthon "capte-t-il et parasite-t-il la générosité des Français de manière populiste" ? Est-ce impudique d'"exhiber le malheur des enfants" ? Est-il sain de faire appel au pathos pour tenter de culpabiliser les consciences ? Les déclarations dérangeantes de Pierre Bergé sont accusatoires. Pour autant, ne faut-il pas se poser des questions ?
Cela fait plusieurs années que l'Etat sabre le financement de la recherche publique qui devrait pourtant être une cause nationale permanente. Le même Etat, mais ce n'est pas récent, a toujours compté sur la générosité des citoyens pour pallier ses propres carences. En effet, tout au long de l'année, beaucoup de personnes font des dons à des associations de toutes sortes, avec déduction fiscale pour les plus grandes.
Mais, au fait, a-t-on jamais évalué le nombre de bénévoles qui s'investissent dans les initiatives caritatives, souvent de survie humaine, à tous les niveaux, local, national ou international ? Que deviendraient tous les démunis sans les Restos du cœur, les Banques alimentaires, ATD-Quart monde, la Croix rouge, le Secours populaire, le Secours catholique, pour ne pas parler que des plus visibles ?
Depuis plus de trente ans, à cause du chômage massif et, plus proche de nous, par ces temps de forte crise, ces aides sont quasiment les seuls refuges et expédients possibles pour que les laissés-pour-compte ne crèvent pas totalement de faim. Et quid encore des non ou mal logés, des personnes handicapées ou des personnes âgées isolées… ?
Car ce qui est difficile à admettre, ce sont les immenses disparités qui déclassent de plus en plus des pans entiers de la population pendant que d'autres amassent des fortunes colossales. Ce qui fait problème, c'est la répartition inéquitable des richesses, vécue comme une injustice tant les écarts atteignent des proportions indécentes. Ce qui fait défaut, c'est la volonté politique de mettre en place une échelle progressive des revenus qui donne toute sa valeur au travail tout en assurant, le temps qu'il faut, les moyens d'un minimum vital réellement suffisant pour les catégories privées d'emploi ou inaptes à en exercer un.
N'est-ce pas le rôle fondamental de l'Etat de donner tout son sens et son honneur à notre devise républicaine ? Pour l'instant, c'est loin d'être le cas. Si l'on peut se féliciter de l'utilité de la solidarité populaire sous toutes ses formes, cela ne veut pas dire pour autant que l'Etat doive en tirer prétexte pour ne pas assumer ses missions et ses responsabilités.
Quelques repères
Ÿ 53 % des Français donnent aux associations et 38 % le font régulièrement, c’est-à-dire au moins une fois par an. L’aide aux personnes en difficultés arrive en tête des causes soutenues, devant la santé, la recherche et l’aide au développement.
Ÿ Les 20 premiers collecteurs de dons de France ont engrangé 1,1 milliard d’euros en 2007 (sur les 3 milliards collectés grâce à la générosité annuelle des Français). On y trouve de grands organismes très présents dans les médias : l’Association française contre les myopathies (l'AFM) et son Téléthon, les Restos du cœur ou la Croix-Rouge française ; mais aussi des organismes plus discrets, tels la Fondation de France ou la Fondation d’Auteuil.
Ÿ L'A330, dit "Air Sarko One", coûtera 185 millions d'euros. Une misère…
Tableaux parus dans le magazine
Alternatives économiques de janvier 2009
(Clic sur les images pour agrandir)
(de + de 50 salariés) 0,135 8,8
Cadre moyen 0,047 3,1
Patron
(de – de 50 salariés) 0,046 3,0
Salarié moyen 0,024 1,6
Ouvrier moyen 0,018 1,2
Employé moyen 0,017 1,1
Smicard 0,015 1
Valeur du Smic (1.07.2009) :
1.337,70 € bruts mensuels
vendredi 20 novembre 2009
Footage de gueule et flouzeball à pleine main
Qu'on aime ou pas le football, impossible de réchapper au matraquage médiatique qui, au moindre match, nous met la tête comme un ballon. La méthode est simple, bien rodée aussi. Il suffit en fait d'en faire de grosses unes, comme s'il n'y avait plus d'affamés, de chômeurs, de guerres dans le monde et on en passe.
C'est alors que l'on déclanche, lentement mais sûrement, la montée en puissance du prétendu événement et la fanatisation des foules qui va avec. Car, qu'on se le dise bien une fois pour toutes, les compétitions sportives ont définitivement acquis le statut de grands rassemblements. Bon d'accord, cornaqués à l'extrême et fliqués à mort, mais que ne ferait-on pas pour notre bonheur, hein ?
Il n'y a plus qu'à nous assigner d'idolâtrer aveuglément, sur parole, des joueurs qui se gavent de l'argent siphonné aux supporters. Des supporters qu'on hystérise à leur en faire perdre tout sens critique, car envieux d'imiter leurs totems, jusqu'au déguisement, mais payés en retour d'illusions et de frissons par procuration.
On nous bassine le cortex avec les platitudes affligeantes d'entraîneurs, proférées sur le même ton monocorde devant des forêts de micros et de caméras, pendant que, dans les coulisses, les margoulins mettent en scène le spectacle, exploitent le système et en profitent à fond.
Reste alors à agiter la gigantesque tambouille coagulée et à nous la faire ingurgiter jusqu'à l'indigestion comme un, ou plutôt le modèle de ferveurs sportives censées former l'expression de liesses populaires, quand les gourous ne vont pas jusqu'à prétendre que nous partageons ainsi une fierté nationale. Et au diable si ce ne sont que des ersatz d'émotions collectives fabriquées à coups abusifs de Marseillaise.
Escamotés, amnistiés, le déferlement publicitaire, le chauvinisme, le fric, le dopage et la triche. Oui, à la bourse abrutissante des valeurs artificielles et busardes, on se contrefout du respect, de l'honnêteté et du fair-play. Et à l'aune de ces arnaques, il faut s'y faire, les lumineux héros du quotidien risquent de moins en moins d'être ceux qui se dévouent, protègent, secourent, soignent, éduquent, sans fanfaronner, eux, pauvres sans gloire.
Mercredi soir, un arbitre a raté son coup. Il n'a pas vu ou pas compris qu'un jeu de main et de vilain a tout faussé. Et là, on a eu droit à tout le pathétique toutim : les commentaires sincèrement désolés de quelques honnêtes personnes, les propos carrément minables de vrais crétins répétant que, de toute façon, ce qui compte, c'est que la France a gagné et peu importe la manière, les silences cyniquement calculés d'une bande de fautifs craignant une invalidation du match.
Quelle triste et méprisable mentalité que celle qui accepte la tricherie inavouée, le résultat frauduleux ou la victoire frelatée, ou qui s'en accommode sans honte.
Tiens, du coup, cela me fait penser à certains politiques. Vite, un vaccin !
Dessin de Perth dans Siné Hebdo
Pour rester sur le même terrain, voici un article réjouissant publié le 13 mai 2009 dans Siné Hebdo, gardé sous la main pour vous en faire profiter le moment venu, qui tombe donc aujourd'hui.
(Clic sur l'image pour agrandir)
mercredi 18 novembre 2009
A l'aérodrome des Milles, c'est plus décibel la vie !
Du déni de démocratie ? En voici un autre bel exemple. Cela a débuté il y a 9 ans. Les nuisances sonores de l'aérodrome des Milles préoccupent les riverains qui refusent toute extension du site et intensification du trafic aérien au-dessus de leurs têtes. Leurs tympans et leurs nerfs n'en peuvent plus. Ils se sont donc organisés pour défendre leur point de vue.
Des promesses leur ont été faites. Elles n'ont pas été tenues. Des engagements ont été pris par les autorités publiques et par certains élus, au premier rang desquels Maryse Joissains. Ils ont été contournés.
Les choses ayant pris ce tour, les riverains ont désormais décidé de contester par voie de recours auprès du tribunal administratif. Ils s'opposent au passage en force d'une charte qui risque de leur rendre la vie encore plus insupportable.
Voici le communiqué qu'ils ont diffusé pour en expliquer les motifs.
Lancement de deux procédures judiciaires
Les associations, Les 1000 Décibels, association intercommunale agréée pour l'environnement, AECV d'Eguilles, agréée pour l'environnement, EVE de Ventabren, ADEQVP de Simiane, portent à votre connaissance les informations suivantes :
Devant l’attitude constante de déni de démocratie des autorités en charge du devenir de l’aérodrome des Milles nos associations se sont vu contraintes de faire déposer deux recours au Tribunal administratif :
à Le premier à l'encontre de M. le Sous-Préfet d'Aix-en-Provence pour non respect, dans le cadre de la charte, du principe de confiance légitime instauré par les lois européennes.
à Le second contre la Présidente de la CPA pour contournement et violation de la loi.
Exposé des motifs
Ÿ Nos quatre associations œuvrent depuis 9 ans contre toute extension d'activités sur l'aérodrome des Milles au nom des 15.548 signataires d'une pétition homologuée par huissier. Lesquels signataires refusent cette extension afin de ne pas être victimes des pollutions phoniques et aériennes que de nouveaux aéronefs (réacteurs et hélicoptères) généreraient sur une zone très fortement enclavée et située dans la quatrième région la plus polluée d'Europe (après Athènes, Barcelone et Gênes).
Ÿ Après ces neuf années de discussions stériles tant du côté Direction générale de l'aviation civile / Sous-Préfecture que du côté Communauté d'Agglomération du Pays d'Aix, rien de concret n’a été obtenu pour éviter l’arrivée massive de nuisances nouvelles. La volonté de satellisation de l’aérodrome à Marignane avec toutes ses conséquences reste l’objectif de la DGAC et de certains politiques, l’opposition des riverains étant constamment méprisée.
Ÿ Du côté CPA, sa présidente, la Député Maire Maryse Joissains-Masini, après s'être engagée par écrit contre toute extension en 2001 pour se faire élire, n'a pas hésité à chercher à contourner ses engagements et les lois pour valider en 2009 la charte d'extension.
Ÿ Du côté Sous-Préfecture, la charte minoritaire (9 signatures sur 21) et entachée d'irrégularités a été déclarée valide dès fin 2008 avec mise en place de son comité de suivi.
Ÿ Toutes ces irrégularités vont à l'encontre du respect de la démocratie et de la volonté majoritaire des riverains : conserver l’activité de sport et de loisir, à l’exclusion de toute autre et, en particulier, du trafic d’aviation d’affaires et d’hélicoptères. Ces faits nous ont obligés à faire déposer, de guerre lasse, les deux recours cités plus haut, via deux avocats spécialisés.
Conclusion
Nous continuons à demander une Charte :
- Prenant en compte explicitement le devenir de l’aérodrome des Milles à travers un arrêté de restriction, et non pas la gestion au jour le jour des nuisances ajoutées subrepticement,
- Respectant :
1. La Charte de l’Environnement votée par le Parlement réuni en Congrès, à Versailles, le 1er mars 2005 qui stipule dans son article premier : "Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et favorable à sa santé". Dans le cas de l’aérodrome des Milles, ce droit concerne les 100.000 résidents menacés par les nuisances nouvelles auxquelles la charte voudrait ouvrir la porte.
2. Les accords du Grenelle de l’Environnement relatifs à la limitation des pollutions de tous ordres.
Détails et documents sur : www.1000db.fr
lundi 16 novembre 2009
Montaiguet : La lettre à Joissains de la Fédé des CIQ
Suite à la décision du conseil municipal d'Aix de voter la révision partielle de POS, la Fédération des CIQ a adressé une lettre à Maryse Joissains. La Provence en a publié des extraits. Dans ce courrier, reproduit ici in extenso, le président demande au maire de renoncer à cette révision et d'envisager avec les porteurs du dossier un Plan B crédible. Les arguments sérieux ne manquent pas et méritent d'être lus dans leur totalité.
Ce samedi, sur place, en pleine zone boisée, des riverains ont surpris un abattage en nombre d'arbres parfaitement sains ! Que se passe-t-il donc ? Pourquoi une telle démarche de déforestation a-t-elle été entamée ? Il va falloir qu'on nous en donne les raisons. (Aux dernières nouvelles, il s'agirait d'un débroussaillement saisonnier entrepris par les services de la CPA dans le cadre de l'entretien forestier. Mais on peut se demander pourquoi on touche à tant d'arbres sains...)
La lettre de la Fédération des CIQ
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Madame le Député-Maire, Vous avez fait voter lors du conseil municipal du 3 novembre la révision simplifiée du POS concernant le secteur des Bornes au Pont de l‘Arc.
Nous avons suivi de près, comme vous le savez, cette procédure de révision, visant à rendre constructibles des parcelles pour permettre le transfert de la Clinique du Parc Rambot.
Nos adhérents, en particulier les Comités de quartiers du Sud de la ville et ceux de Luynes, ont participé aux réunions d’information organisées par votre adjoint à l’urbanisme au début de l‘été, concernant cette procédure, et plus généralement les conditions dans lesquelles votre municipalité envisage d’opérer le transfert de la Clinique.
Ils se sont exprimés, comme nous-mêmes, dans le cadre de l’enquête publique, dont nous avons estimé les conclusions, comme de nombreux observateurs, peu fidèles à la majorité des points de vue recueillis et trop complaisantes vis-à-vis des insuffisances du dossier.
Nous avons été nombreux enfin à entendre, le 21 octobre dernier, les explications et les commentaires de Messieurs Gallèse et Chevalier, ainsi que le point de vue du Docteur Lacoste, sur ce dossier.
Notre Fédération, en se livrant de façon approfondie à l’examen de ce dossier, en écoutant attentivement tous les protagonistes (en particulier le Docteur Lacoste), en jouant un rôle extrêmement modérateur entre les différents points de vue, ainsi que dans la communication publique et privée sur ce dossier, s’est montrée responsable et soucieuse de concertation.
Nous soulignons que avons eu plusieurs fois l’occasion dès le début de cette procédure, de donner un avis très positif sur le changement d’implantation de cette Clinique, beaucoup trop à l’étroit dans ses locaux actuels, et générant un afflux de circulation et de stationnement sauvage dans les proches quartiers Est, déjà sujets à une apoplexie automobile permanente.
Malgré notre préjugé favorable de départ sur ce transfert, et notre examen attentif des arguments des porteurs du projet, nous devons dire à notre grand regret que les informations et commentaires qui nous ont été servis ne nous ont pas convaincus de la pertinence du choix de cette nouvelle implantation, au regard à la fois de l’intérêt des Aixois et des habitants du Pays d‘Aix, de celui de la Ville, et même de celui, bien compris, des médecins maîtres d’ouvrage du projet.
Nous allons résumer brièvement les points sur lesquels porte notre désaccord de fond sur l’implantation sur le secteur des Bornes.
Accessibilité et déplacements
Vos adjoints, et le Docteur Lacoste, le reconnaissent bien volontiers : l’accessibilité de jour, en particulier en cas d’urgence, depuis l’échangeur de Pont de l’Arc pose un problème majeur, dans un secteur de surcharge permanente de la circulation automobile, et qui, du fait du renforcement de la présence de l’Université dans le Sud de la Ville (dont nous nous réjouissons, bien entendu), du fait de l’implantation de parkings pour les étudiants au Sud de l’autoroute A8 (que nous appelons de tous nos vœux), et du fait enfin de tous les programmes immobiliers en projet à l’Est et à l’Ouest du Pont de l’Arc, va connaître un accroissement spectaculaire, malgré les efforts parallèles de la Ville et de la CPA pour développer les transports en commun.
L’échangeur du Pont de l’Arc est de surcroît mal tracé, trop proche des zones habitées ou de commerces, et "autobloquant" à de nombreuses heures de la journée !
Ce problème est tellement embarrassant que votre adjoint à l’urbanisme a recherché la possibilité de créer un accès pour la future clinique depuis la RD9, au voisinage du débouché du chemin de la Blaque, au travers de quelques propriétés privées, dont celle de la Félicité, et annoncé la création d‘un pont sur l‘Arc au voisinage de la Parade.
Malgré nos préventions, toutes rationnelles, contre le projet du secteur des Bornes, nous aurions pu éventuellement nous laisser convaincre par cette proposition.
Malheureusement, cet élément du dossier ne repose que sur des hypothèses peu crédibles : maîtrise foncière des terrains d’assiette (dont nous savons qu’elle est mal engagée), financement de cette acquisition et des travaux de construction de cette voie, planning de réalisation et financement du pont sur l’Arc, et des voies d’accès correspondantes Nord et Sud.
Par ailleurs, un débouché sur la RD9, déjà très chargée, ne représente pas un "développement durable" !
Et cette solution ne prend pas en compte suffisamment la nécessité pour cet équipement privé, mais à vocation de service public, d’être accessible le plus rapidement possible à toute la population du Pays d’Aix, et pas seulement aux habitants du centre ville.
Il nous semble par comparaison que la solution d’une implantation sur la future Zac de Lenfant n’a pas été sérieusement étudiée, l’échangeur des Trois Pigeons étant incomparablement moins chargé que celui de Pont de l’Arc : on ne nous oppose, lorsque nous évoquons cette solution, que des arguments de type "psychologique" (présence de la Maison d’arrêt) ou esthétique (présence de bâtiments tertiaires ou industriels).
La proximité de la future gare routière du plan d’Aillane desservant tout le Pays d’Aix, par exemple, qui nous paraît un avantage décisif concernant les problèmes de circulation et d‘accessibilité, n‘est absolument pas prise en compte.
(Clic sur l'image pour agrandir)
Des riverains ont découvert que l'on abattait déjà des arbres sur le site (Photo MC)
Aspects économiques
Pour compléter notre argument sur les problèmes de déplacements dans le secteur choisi, il faut ajouter que le coût financier de la voie décrite plus haut est entièrement à la charge de la collectivité. Même s’il est normal que la Ville se préoccupe de la réussite sanitaire, sociale et économique de ce projet de transfert, il paraîtrait pour le moins étrange que la Ville (comme d’autres collectivités locales) supporte le coût de cet investissement, dans une zone naturelle et inconstructible !
Ce surcoût pour la collectivité est d’autant plus malvenu que des solutions alternatives, comme celle d’une implantation sur la future Zac de Lenfant, éviterait cette charge supplémentaire.
Il est également incongru lorsque l’on connaît le nombre de projets urgents d’améliorations et de renforcements de voirie dont notre Ville a besoin dans le même temps.
Remarquons au passage, également, que les coûts d’aménagement intérieurs à la parcelle construite, à la charge des maîtres d’ouvrage, seront beaucoup plus importants sur le terrain du secteur des Bornes (avec toutes les précautions environnementales promises, le coût d’un parking sur une surface accidentée, et la construction d‘un rond-point extérieur) que dans une parcelle en Zac, plate et desservie par les réseaux en bordure de terrain.
Droit de l’urbanisme et environnement
Nous ne reviendrons pas sur nos critiques de fond, concernant une urbanisation rampante dans un secteur constituant la coupure naturelle entre la Ville et le village de Luynes, et contraire à la lettre comme à l’esprit de la loi SRU : nous les avons largement développés dans notre contribution à l’enquête publique, dont nous avons adressé copie à M. Gallèse, adjoint à l’urbanisme, mais ils ont été étrangement ignorés par le Commissaire enquêteur dans son rapport !
Nous redirons seulement aujourd’hui qu’en contrepartie d’un environnement "vendeur", qui semble avoir séduit l’équipe des maîtres d’ouvrage de la Clinique, et ses futurs investisseurs, le terrain du secteur des Bornes sera profondément terrassé et remanié, dans un secteur réputé partiellement ou totalement inconstructible.
Le parking de 800 places qui est envisagé aura beau être "paysagé", il créera une importante imperméabilisation du sol, et générera une pollution automobile importante dans un lieu naturel et protégé.
Ces interventions sur une zone à vocation naturelle et agricole sont en contradiction flagrante avec les principes de la Loi SRU, que Messieurs Gallèse et Serre se flattent par ailleurs de respecter dans l’élaboration du futur PLU.
Par ailleurs, une question paraît avoir été occultée : c’est celle de l’assainissement des eaux usées. Aucune station d’épuration ne semble avoir été prévue.
Enfin, signalons un petit tour de "passe-passe" juridique (suppression d’une zone UD1.1, permettant la construction de maisons, et annexion de cette zone au projet de clinique, sous forme de logements de fonction) qui permet au projet d’être plus politiquement correct, tout en gardant les mêmes surfaces construites !
D’une façon plus globale, nous constatons qu’en se focalisant sur le seul secteur des Bornes pour réaliser le transfert de la Clinique Rambot, le maître d’ouvrage et la Ville se placent volontairement dans un contexte d’insécurité juridique qui risque d’affecter pour de longs mois la planification de ce transfert et sa réalisation.
Cette insécurité juridique résulte d’un manque de concertation en amont du projet, dévoilé comme trop souvent au public alors que tout est déjà "ficelé".
Nous reconnaissons que les élus chargés du dossier se sont énormément mobilisés pour le faire aboutir, dans un louable souci d’information, mais faute de convaincre en amont les nombreux intervenants au projet, cette affaire risque d’entraîner blocages, oppositions, surcoûts et confusion.
Nous vous demandons donc instamment, puisqu’il en est encore temps, de renoncer à cette révision du POS, et d’envisager avec les porteurs du dossier, un "Plan B" crédible.
Nous connaissons votre réalisme politique, et nous savons que vous examinerez nos arguments avec la plus grande attention.
Nous vous prions d’agréer, Madame le Député-Maire, l’expression de notre considération distinguée.
Le Président
dimanche 15 novembre 2009
Médias : Les "Editocrates" épinglés
En 1997 déjà, le journaliste Serge Halimi avait publié un essai à succès sur les médias, "Les Nouveaux chiens de garde" (actualisé en 2005). Dans la même veine, vient de sortir un autre livre sur la crème des journalistes qui font la pluie et le beau temps (ouvrage paru aux éditions La Découverte).
Voici ce qu'on lit en quatrième de couverture : "Vous les connaissez bien. Leur visage et leur voix vous sont familiers. Ils signent toutes les semaines un éditorial dans un hebdomadaire ou un quotidien ; ils livrent une chronique chaque matin sur une antenne de radio ; ils occupent les plateaux des grandes - et des petites - chaînes de télévision ; chaque année, voire plusieurs fois pas an, leur nouveau livre envahit les tables des librairies.
"Ils", ce sont les "éditocrates"'. Ils ne sont experts en rien, mais ils ont des choses à dire sur (presque) tout et à longueur de journée, ils livrent à l'auditeur-lecteur-spectateur-citoyen leurs commentaires creux ou délirants sur le monde comme il va et où il devrait aller.
Sentencieux, ils racontent (à peu près) tous la même chose et dans (presque) tous les domaines, que ce soit sur la vie politique, la crise économique, les problèmes de société, les questions internationales, etc. Pontifiants, ils répètent à tout bout de champ qu'ils sont "politiquement incorrects" alors qu'ils sont les plus illustres représentants du conformisme intellectuel."
A travers dix portraits drôles et corrosifs de ces "cumulards" des médias (dont Alain Duhamel, Christophe Barbier, Alexandre Adler, Bernard-Henri Lévy, Laurent Joffrin, Jacques Attali…), trois journalistes, Mona Chollet, Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle, et un maître de conférences en sciences économiques, Mathias Reymond, dévoilent l'imposture de ces professionnels de la pensée-minute.
"Les Editocrates" :
(Introduction par Sébastien Fontenelle et chapitre consacré à Alain Duhamel)
(Utiliser les boutons en bas du cadre pour faire défiler et agrandir les pages)
"Les Nouveaux chiens de garde" :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Nouveaux_Chiens_de_garde
samedi 14 novembre 2009
Crise de la presse : "Le Ravi" ne veut pas rater Noël
Crise assez généralisée de la presse, médias contrôlés par quelques grands groupes, publicité envahissante, gratuits, essor d'Internet : il reste donc très peu de place pour les petits, les indépendants, les singuliers.
Pour tenter de réagir à la chute des ventes et aller à la pêche aux lecteurs, journaux et magazines, nationaux et régionaux, ont aussi investi la toile. Las, sans grande imagination puisque leur contenu est à peu de choses près le même que celui de la version papier.
Or, ce qui fait problème, c'est le nombre d'informations prédigérées en amont par les agences de presse qui sont reprises telles quelles ou presque par les journaux sur un même mode formaté. Le résultat est que cette uniformisation peine à séduire efficacement. On peut d'ailleurs constater le même phénomène pour les télés et les radios, ce qui n'incite certainement pas le public (Clic sur l'image ) à aller se procurer des journaux qui feraient doublons.
En face, au prix d'énormes efforts, quelques sites pionniers - de qualité - tentent de trouver un espace et de se distinguer en créant leurs propres outils et un style personnel pour traiter l'information sous un nouveau jour. Certains rencontrent un succès de fréquentation grâce à un lectorat avide d'originalité. C'est le cas par exemple de Mediapart, Arrêt sur images, Rue89, Bakchich…
Et puis, il y a l'autre presse, celle qui veut garder son entière liberté en refusant la publicité. Dans cette catégorie, le modèle absolu est le Canard enchaîné. Dans la même veine, mais à un niveau local, des initiatives souvent menées par des bénévoles essaient de se frayer courageusement un chemin.
C'est le cas du Ravi qui a maintenant six années d'existence et qui se débat pour pérenniser ses 28 pages mensuelles. Il ne coûte que 2,80 euros. Par comparaison, en termes de prix, un quotidien régional acheté tous les jours revient à 30 euros par mois.
Personnellement, ayant toujours aimé m'informer, j'achète pas mal de journaux, les plus différents possibles. Voilà pourquoi je soutiens aussi le Ravi chaque mois sur mon blog. Le n° 68 de novembre est sorti depuis quelques jours. Le sommaire est très fourni, avec des articles toujours bien fouillés et des dessins joyeusement incisifs. C'est vraiment l'information autrement. On peut vérifier ci-dessous.
Le sommaire du n° 68 :
http://www.leravi.org/spip.php?article838
Le site :
vendredi 13 novembre 2009
Alexandra m'imagine dans le désert
Plaisante surprise mercredi dans La Provence. Un écho relate l'anniversaire de mon blog. Sa rédactrice, qui aime bien de temps en temps me titiller la moustache, me tire un portrait qui a tout du vrai. Est-ce dû à une attraction particulière pour mon côté rebelle ou au pur hasard d'un air de famille de nos prénoms, je ne sais. Il paraît plus probant que l'arachnéenne journaliste a eu en fait tout loisir de découvrir et d'observer en long mes frondes assidues au conseil municipal. Sinon, comment expliquer cet art à saisir l'essentiel et à l'agrémenter d'une pincée d'esprit qui émoustille illico les zygomatiques ?
Alexandra, donc, du camp des plumes acérées, m'imagine par exemple, exquise facétie, rajeuni de plusieurs décennies mais aussi en pleine traversée du désert alors même que je peux savourer enfin chaque instant de mes admises retraites à l'ombre bienfaisante des palmiers. Et, pour maintenir intacts neurones et synapses, si pour vraiment rien au monde je ne manquerais de m'abreuver à ses articles, je me délecte tout autant d'user de mon clavier pour commenter l'actualité qui n'est jamais parvenue à m'indifférer. Alors, si cela n'est pas tout à fait un air de famille, ça lui ressemble au moins un peu.
(Clic sur l'image pour agrandir) Dans La Provence du 11.11.2009
mercredi 11 novembre 2009
Corrida : La torture enseignée aux enfants (sur TV7)
Pour ou contre la corrida ? On croyait que c'était d'abord une affaire réservée adultes. Grave erreur. Il y a aussi tout un système qui prépare insidieusement des enfants à devenir de futurs fervents de cette pratique.
Pas seulement en les invitant à être spectateurs sur les gradins mais aussi en les habituant, en les instrumentalisant, en les embrigadant, directement au contact des taureaux. Poussés par et avec l'accord de leurs parents, des enfants sont accueillis dans des écoles taurines et participent à un véritable apprentissage de la cruauté, de la violence et de la torture envers les animaux.
Le site TV7 Provence vient de mettre en ligne une émission qui montre et démonte tous les ressorts de cette barbarie. Dans un souci d'équilibre, la rédaction a invité plusieurs personnalités mais seuls les anti-corridas ont accepté le défi, les pro-corridas ayant tous refusé de débattre.
Le programme est composé d'interviews bien documentées et de divers reportages comportant parfois des séquences dures. Cette émission mérite d'être vue jusqu'au bout pour que chacun se fasse une idée précise de cette scandaleuse réalité.
La question posée est donc : va-t-on encore longtemps admettre le pseudo alibi du folklore pour occulter des manipulations criminelles ?
L'émission :
http://www.tv7provence.com/magazine/emissions/la-torture-ca-sapprend-2
Un second volet consacré à la corrida elle-même sera bientôt mis en ligne.
Le site de TV7 Provence :
Les sites anti-corrida :
http://www.flac-anticorrida.org/
Ÿ "L'homme a peu de chance de cesser d'être un tortionnaire pour l'homme, tant qu'il continuera à apprendre sur la bête son métier de bourreau." (Marguerite Yourcenar)
Ÿ "Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent agir et refusent d'intervenir." (Albert Einstein)
Ÿ "La corrida est le symbole cruel de l'asservissement de la nature par l'homme." (Théodore Monod)
mardi 10 novembre 2009
On veut tout savoir sur l'argent des élus
Parcourant le net, je suis tombé sur le site d'un député qui a décidé de livrer tous les détails sur ce qu'il gagne et fait de son argent. Le sujet est sensible car on entend plus souvent des propos à l'emporte-pièce que des réactions étayées. "Tous pourris", "la place doit être bonne", "ils s'en mettent plein les poches", "il n'y a aucune transparence"…
En l'absence de précisions, on peut toujours penser que les parlementaires, ou autres élus d'ailleurs, sont trop payés. Ou y aller de ses critiques pour les sommes que la République leur verse. On pourra ne pas être d'accord avec ma façon de voir mais j'estime que tout élu a droit à une contrepartie décente pour la tâche qu'il accomplit.
Je veux citer ici mon petit cas personnel. Au cours de mes années d'élu, la seule fois où j'ai reçu des indemnités à peu près satisfaisantes a été lorsque j'ai été adjoint dans une majorité. Pendant cette période, j'ai pu décider de travailler à mi-temps afin de me consacrer convenablement à la fois à ma vie professionnelle et à mon mandat d'élu.
Pourtant, ces indemnités ne couvraient pas totalement mes pertes de salaire. Mais c'était un choix. Je l'ai assumé. Bien sûr, j'ai conscience qu'il n'est pas toujours aisé pour tout élu (ou futur élu) d'envisager ce type de solution, ce qui est une injustice car une situation financière fragile ne devrait pas ôter à quiconque le droit et la possibilité d'accéder à un mandat.
Lors de mes mandats dans l'opposition, les indemnités pour les élus de la minorité (instaurées seulement à partir de 1989 à Aix) ne se sont élevées pour les sept dernières années qu'à environ 300 euros par mois (soit un billet de 10 par jour !) pour une durée de travail assez conséquente quand on s'investit complètement. Vu la somme dérisoire, impossible donc de me mettre professionnellement à temps partiel. Je ne raconte tout cela qu'à titre d'exemple pour illustrer le cas d'un élu de base.
Habituellement, les parlementaires ne sont pas très bavards, ils se font même très "pudiques" lorsqu'on aborde la question. Il est donc intéressant de prendre connaissance des explications que donne Jean-Jacques Urvoas pour son mandat national et l'usage qu'il fait de ses indemnités. Un peu de transparence ne fait pas de mal. Récemment, Noël Mamère a aussi publié ses comptes.
Le problème est que si l'Etat ne tait rien sur les indemnités des parlementaires, rien n'oblige ces derniers à en informer directement les citoyens. L'information serait pourtant salutaire, d'autant que le cumul des mandats et les situations obtenues par piston aggravent l'opacité et alimentent l'anti-parlementarisme.
Cela prendra du temps avant de mettre tout à plat mais la clarté passe par la création d'un statut pour tous les élus, tous les fonctionnaires et tous les emplois rémunérés par de l'argent public, et par la publication de tous les comptes. Pour le secteur privé, à voir les niveaux outranciers des rémunérations du haut du panier divulgués un peu plus chaque jour depuis leur emballement indécent, un cadre législatif ne serait pas non plus de trop. Ne désespérons pas...
Les comptes du député PS Jean-Jacques Urvoas :
http://assemblee.blogs.liberation.fr/urvoas/2009/07/le-prix-de-la-transparence.html
Les comptes du député Verts François de Rugy :
(clic sur "Finances du député" en bas de page pour lire sa déclaration détaillée) :
http://www.francoisderugy.fr/post/2009/10/23/Transparence
Et enfin, un moment de grande drôlerie (3'32"),
la vraie interview de Jean Sarkozy :
http://tv.lepost.fr/2009/10/28/1763574_voici-la-vraie-interview-de-jean-sarkozy-sur-france-2.html
lundi 9 novembre 2009
La clinique du Montaiguet soigne aussi les claques
Le sujet est emblématique. Il mérite donc qu'on s'y penche encore sans faiblir. La semaine dernière, le conseil municipal a voté à la majorité la révision partielle (partiale ?) de POS pour autoriser l'installation de la polyclinique Rambot au lieudit Les Bornes, à Pont de l'Arc.
Pas de surprise, l'adjoint à l'urbanisme a présenté un dossier conforme au discours attendu : c'est un bon projet, tout a été prévu, les Aixois seront heureux, ne vous inquiétez pas. Bref, tout va bien, on frise l'idyllique. Quoi ? Vraiment ? Rien à redire sur l'orientation des conclusions du commissaire enquêteur ?
Filtrage des contributions critiques, minoration ou escamotage des insuffisances du projet, risques juridiques liés au contexte et à la faisabilité du transfert, non, rien de tout cela n'a embarrassé la municipalité pour valider une délocalisation qui est très loin d'avoir résolu tous les problèmes en termes d'urbanisme, de circulation, d'environnement et de garanties financières pour le portage de l'opération et on en passe. Toutes choses qui devraient inévitablement faire l'objet de contestations devant les tribunaux.
Au conseil, la mise en scène avait été préparée.
Dans la salle des Etats de Provence, la claque s'était invitée pour soutenir le vote. Très majoritairement, médecins et personnels des deux établissements médicaux qui ont fusionné avaient investi précocément l'espace réservé au public et même le couloir d'entrée, empêchant de facto opposants et visiteurs intéressés par le sujet d'accéder à la salle. La Provence l'a relaté d'ailleurs dans un billet d'humeur. Tout comme l'ont confirmé quelques personnes dévoilant en aparté qu'elles avaient été pressenties pour venir faire nombre et applaudir au choix municipal.
On avait déjà vu cela lors des réunions tenues en début d'année à la mairie annexe de Pont de l'Arc après l'enquête publique. J'en ai été le témoin direct. On ne sait trop comment qualifier de telles pratiques. En tout cas, c'est peu digne d'un débat démocratique qui favorise toutes formes de pression, voire d'intimidation.
Point de vue
La présidente de l'Association des Amis du Montaiguet m'a fait parvenir ce texte où elle exprime son point de vue, mêlant humour et propos sérieux.
C'est bien volontiers que je le publie pour vous en faire profiter.
"Médecin, mes deux seins !"
Du temps où mon grand-père était le pilier du comité des fêtes d’Aix-en-Provence, on voyait courir au Carnaval des "Grosses Têtes" qui illustraient des calembours. C’est ainsi qu’on vit dans les rues une femme de carton-pâte, soutenant à deux mains sa poitrine avantageuse, qui courait derrière un Docteur, de carton-pâte lui aussi. La foule était invitée à deviner le cri de la femme de carton : "Médecin, mes deux seins !"
Du séduisant Georges Clooney au Docteur House, en passant par des milliers de romans-photos, la figure du Docteur n’en finit pas d’exercer sa fascination érotique. Dans l’imaginaire collectif, le Docteur excite le désir… et il répond aussi à nos angoisses. D’autant que ce magicien du corps trouve une place laissée vide par les médecins de l’âme que furent les prêtres. Voilà donc pourquoi on écoute les médecins plus que d’autres simples citoyens avec un a priori favorable. Et une part d’aveuglement bien compréhensible : nous sommes tous mortels, que ne ferions-nous pas pour favoriser l’acte médical qui pourrait nous sauver ?…
Alors, lorsqu'on nous fait imaginer, dans le dépliant publicitaire de la clinique Rambot, qu’elle renaîtra un jour sous forme d’une clinique paradisiaque peuplée de gens heureux batifolant au milieu de champs de coquelicots… on en oublierait presque qu’il s’agit d’images virtuelles sur papier glacé.
Lorsque ce sont des médecins qui affirment que l’implantation au pied du Montaiguet dans le dernier poumon vert situé au Sud est la seule solution… on en oublierait presque qu’il s’agit d’une opération financière.
Lorsqu’on nous dit que la clinique Rambot actuelle est "vétuste" et trop à l’étroit pour ses ambitions… on oublierait volontiers que les médecins qui l’ont gérée en sont responsables.
Lorsqu’on nous dit qu’une installation sur des zones non encore constructibles est urgente… on en oublierait presque que quelques médecins acquéreurs des terrains concernés ont créé cette urgence en vendant leurs murs.
Eh oui, la révision de POS aux Bornes votée mardi dernier sous les acclamations de quelques docteurs et du personnel de la clinique en service commandé est un chèque en blanc à quelques hommes en blanc ! "Médecin, mes deux seins !" s’est écriée la Ville d’Aix ; est-elle prête à tout pour leur complaire ?
Martine Coste
(pour ceux qui l’ont connu, mon grand-père s’appelait Séraphin Coste)
vendredi 6 novembre 2009
Je blogue depuis 3 ans, pour être au net avec vous…
Merci pour vos commentaires et vos sympathiques encouragements.
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Evitons les statistiques. Flatteuses peut-être mais trop rébarbatives. A mes yeux, un blog doit avant tout être un support du verbe, pas du chiffre.
Voilà donc trois ans ce jour qu'il est apparu sur le net. Avec des intentions et une envie de faire au mieux. Il aurait pu connaître le sort de tant d'initiatives lancées sur un coup de cœur et vite envolées par manque de temps ou de matière, ou par simple lassitude.
Tenir un blog, c'est comme entretenir une plante. Sans cesse aller quérir de l'eau, sinon rien ne pousse. Il faut donc puiser et encore puiser, parfois même s'épuiser, pour assurer un bon maintien. Alors, combien de temps encore durera la nappe nourricière, je l'ignore. Ce que je sais, c'est que, faisant le constat aujourd'hui, je serai allé au-delà de mes doutes quant à cette survie de trois années.
A cette heure anniversaire, l'envie de coucher mes mots pour en faire le lit de ma prose ne m'a pas abandonné. Car l'exercice est profitable, d'abord pour soi-même. Et pour les autres peut-être, si on s'efforce de ne pas trop les ennuyer.
Les nombreux visiteurs de jour et, plus héroïque, de nuit (si, si, je vous assure) qui viennent butiner et deviser sur mes épanchements de toutes sortes ne me sont pas indifférents. Ce sont eux qui apportent autant d'eau aux racines pour qu'elles ne meurent et autant d'aide à mes épaules pour qu'elles ne flanchent. Encore une fois, merci de cette confiance qui n'empêche en rien l'usage de l'esprit critique.
Depuis le premier jour, ce blog se veut un espace de liberté. Il continuera ainsi. Dites-le autour de vous et diffusez-en l'adresse sans retenue. Et puis revenez, seuls ou bien accompagnés, l'écran vous est ouvert, vous y êtes les bienvenus.
Clin d'œil : Savez-vous vraiment presque tout sur LAC ? (Clic sur ma photo)
jeudi 5 novembre 2009
"Partenariats" entre presse locale et mairies, suite…
Le Canard enchaîné paru ce mercredi publie (et commente) la réaction du pédégé de La Provence suite à l'article de l'hebdo du 21 octobre faisant état de partenariats de publicité entre la presse locale et certaines mairies du Sud-Est, dont celle d'Aix. Intéressant à lire…
(Clic sur l'image pour agrandir)
Lire le premier message sur ce sujet avec l'article initial du Canard : http://castronovo.canalblog.com/archives/2009/10/23/15535279.html
lundi 2 novembre 2009
Clinique du Montaiguet : Un projet trop patraque
Mardi 3 novembre : Le docteur Patrice Halimi réagit à ma question de fin d'article et exprime son point de vue. A lire dans les commentaires.
Pour comprendre pourquoi le projet d'implantation de la polyclinique Rambot au Montaiguet est tordu, il ne faut pas en rester à la seule délibération de révision simplifiée de POS que le conseil municipal examinera demain soir. La manœuvre proposée doit être dénoncée en prenant en compte le large contexte dans laquelle elle s'inscrit.
D'abord, le contexte des choix politiques de cette municipalité. Cela fait plusieurs années que Maryse Joissains retarde la mise en place du Plan local d'urbanisme cherchant tous les prétextes : manque de fonctionnaires pour travailler sur ce type de document, attente de décisions censées être prises par l'Etat, temps électoral, annulation de l'élection. Or, de nombreuses communes, petites et moyennes, de la CPA ont déjà adopté leur PLU. Comment ont-elles réussi avec moins de moyens que ceux de la Ville d'Aix ?
Joissains s'est donc retranchée dans un recours systématique et au coup par coup à des révisions simplifiées de POS parachutées ici et là sans réflexion globale sur les besoins en équipements et infrastructures et les équilibres nécessaires à un développement maîtrisé et harmonieux du territoire. C'est d'ailleurs ce qu'ont bien compris et consigné les CIQ, les associations et bon nombre de contributeurs qui ont participé à l'enquête sur la révision de POS des Bornes. La confirmation de cette mauvaise méthode municipale en sera encore fournie demain puisque l'ordre du jour comporte une douzaine de dossiers liés à la planification urbaine.
Plus politiquement, depuis huit ans, les adjoints successifs à l'urbanisme se sont pliés à la pratique de la prise de décisions dans leur coin faisant fi de concertations approfondies avec la population et les CIQ. Demain, il sera intéressant de savoir combien d'élus de la majorité voteront en toute connaissance de cause. Il est à craindre qu'ils ignoreront tout sur le sujet et qu'ils feront aveuglément bloc derrière le maire en ne se posant aucune question.
Remettre le projet dans son contexte
Dans un second temps, le projet doit être replacé dans son contexte historique. En effet, le projet de restructuration de la clinique Rambot ne date pas de la récente révision de POS. Il faut remonter à 2004 pour se rappeler qu'un protocole d'accord avait été conclu entre la polyclinique et la Semepa, avec accord de la Ville, pour construire un immeuble médical permettant son expansion en proximité immédiate de l'établissement existant sur un parking municipal de 280 places (maintenant ouvert).
D'ailleurs, en 2005, ce projet initial avait donné lieu à une révision partielle de POS confirmant l'orientation médicale du quartier et fait l'objet d'un permis de construire permettant de développer globalement 5.000 m² de structure médicale modernisée et adaptée à la mise en place de l'offre de soins répondant aux besoins de Rambot qui devait bénéficier dans cette structure de 3.500m².
Ceci pour dire que le projet devait se faire sur place. Or, en totale contradiction avec ces démarches, en novembre 2007, la municipalité a lancé une révision expresse de POS au lieudit Les Bornes pour permettre un déménagement prochain de la polyclinique. Si, en 2008, l'ARH (Agence régionale d'hospitalisation), devenue il y a peu ARS (Agence régionale de santé), a donné son accord pour ce transfert, l'agence s'est bien gardée de lui apporter les moindres fonds au titre du plan de financement Hôpital 2012.
On devrait se demander pour quelles raisons. Par exemple, pourquoi, en passant du site actuel à celui du Montaiguet, le nombre de lits a-t-il crû de 319 à 340, outrepassant donc les objectifs du projet initial, au mépris même de l'équilibre privé / public ?
Délais, faisabilité et financement
Enfin, deux autres aspects méritent d'être analysés avec sérieux.
La question des délais et de la faisabilité : les porteurs du projet annoncent dans leur féerique plaquette que la livraison est prévue à l'horizon 2011 avec transfert en juin 2012. Pourtant, au mieux, le permis de construire ne pourrait pas être déposé et délivré avant 2010. Il faudrait 2 ans pour voir naître les infrastructures d'accès, publiques ou financées par la polyclinique et 3 ans pour la construction de l'établissement lui-même.
Cela mènerait à 2015… si aucun recours ne devait entraver le processus. Or, il y a fort à parier que de multiples procédures seront engagées devant les tribunaux. Ce qui fera tomber l'autorisation de l'ARH valable jusqu'en 2012.
Le portage et le financement : depuis une dizaine d'années, la polyclinique actuelle n'a enregistré aucun bénéfice et n'a par conséquent pas pu enrayer le délabrement de l'établissement mettant en péril le respect de certaines normes. On a du mal à imaginer des apports de fonds des grands opérateurs hospitaliers privés qui, pour diverses raisons dont la crise, ont du mal à investir dans leurs établissements existants.
Or, le coût minimum pour un projet tel que celui des Bornes va chercher dans les 80 millions d'euros, hors les dépenses d'aménagements de voirie, de ronds-points et de réseaux. Rien de tout cela n'a été chiffré, ni par la polyclinique ni par la Ville pour les parts respectives qu'elles comptent prendre en charge. La crise financière ne va certainement pas aider, d'autant que la polyclinique avait sollicité l'ARH à hauteur de 45 millions d'euros, qui lui ont été refusés !
La municipalité avance-t-elle les yeux fermés ? Quelles garanties a-t-elle prévues avant de valider ce vaste projet de restructuration d'une zone foncière protégée qui doit éviter l'écueil du purement spéculatif ? A-t-elle pris conscience qu'un tel projet ne peut se concevoir que dans le cadre d'une stratégie d'intérêt général reposant sur une vision globale sur l'ensemble du territoire de la commune ?
On le voit, les questions ne manquent pas. Mais, nous donnera-t-on des réponses ?
PS : Incidemment, il serait intéressant de savoir aussi comment le docteur Patrice Halimi peut à la fois se faire l'ardent défenseur de la cause environnementale et sanitaire et, concerné parce qu'exerçant au sein du regroupement Rambot-La Provençale, soutenir un projet si mal engagé dans un secteur naturel qui risque de souffrir gravement d'un point de vue écologique.
(Clic sur l'image pour agrandir) L'article de La Provence du 31.10.2009
vendredi 30 octobre 2009
Clinique du Montaiguet : Le bras de fer s'annonce…
(Clic sur l'image pour agrandir)
Un des arguments plaidant contre l'installation à Pont de l'Arc
C'est donc à la séance publique du conseil municipal de mardi prochain que Maryse Joissains veut faire passer en force la révision simplifiée de Plan d'occupation des sols pour installer le projet de polyclinique au lieudit Les Bornes, contrefort du massif du Montaiguet à Pont de l'Arc.
Si l'enquête publique menée en début de cette année a conclu à un avis favorable, le commissaire enquêteur n'a pu esquiver d'émettre un grand nombre de réserves et de conditions. En effet, plus de 600 contributions ont été enregistrées dont une majorité de critiques argumentées, notamment pour contester le choix du lieu, la dénaturation du paysage, les dégâts environnementaux et les afflux de circulation qui seraient considérablement aggravés. Et cela sans vision globale telle qu'elle devrait figurer dans un Plan local d'urbanisme qui… n'existe toujours pas.
Début octobre, l'adjoint à l'urbanisme a présenté le projet aux élus de l'opposition et déclaré que des modifications avaient été apportées à la mouture initiale qui, évidemment, font l'impasse sur le fond même du dossier. Au final, l'élu semble s'être comporté comme le porte-parole des initiateurs et des promoteurs du projet, allant jusqu'à reprendre leur propagande "d'éco-clinique".
Joissains prétend que "l'opposition ne vient pas du quartier mais est orchestrée par trois ou quatre personnes qui habitent autour". Beau mensonge censé dénigrer les opposants et réduire au silence le débat démocratique. Or, voici que paraît une déclaration, cosignée par de nombreuses associations, qui met les points sur les "i", avant que la bataille administrative et judiciaire ne prenne le relais. A noter, par ailleurs, que des médecins ont aussi émis d'importantes réserves sur certains aspects de la faisabilité du projet.
Déclaration
du Collectif pour l’Aménagement des Quartiers Sud
et la Protection de la Campagne Aixoise
Face à la campagne de désinformation à propos de la révision simplifiée de POS concernant la zone des Bornes, au Montaiguet, nous, Aixois, avons décidé de saisir l’opinion sur le dossier de la délocalisation de la polyclinique Rambot (P.P.R).
Ne reproduisons pas les erreurs du dossier de la gare routière !
Animés par le même souci, la défense du seul intérêt général, nous contestons la révision simplifiée aux Bornes, en nous fondant sur les motifs objectifs suivants :
Ÿ sur le droit : étant donné les éléments qui nous ont été communiqués au cours de la procédure, si la polyclinique était construite aux Bornes, ce ne serait qu’après des décisions judiciaires, au terme d’un processus long et complet ;
Ÿ sur les atteintes à l’environnement : circulation, nuisances, destruction d’espaces naturels, patrimoniaux et agricoles ne font pas de ce projet un projet écologiquement soutenable ;
Ÿ sur le bouleversement apporté à l’économie générale du POS : trop de révisions simplifiées de POS ont été imposées sans réelle concertation ni vision d’ensemble.
C’est pourquoi nous exigeons le gel de tous les aménagements dans les quartiers Sud en attendant l’établissement du PLU qui fixera les grandes orientations de l’urbanisme pour l’avenir d’Aix-en-Provence.
Signataires actuels :
CIQ Luynois, CIQ Luynes-Malouesse,
CIQ des chemins de La Blaque et Mazargues, CIQ Les Milles,
CIQ Saint Jérôme-Cuques, CIQ Encagnane, CIQ du Pigonnet
CIQ Pont des Trois-Sautets, CIQ des Trois-Pigeons,
Association des Amis du Montaiguet et du Pont de l’Arc
NB : Tous les articles sur la saga de ce dossier figurent à la rubrique "Pont de l'Arc"
(colonne de droite du blog)
mercredi 28 octobre 2009
Le Carnaval d'Aix perd sa fondatrice, Marcelle Isoard
C'était une amie. Les Aixois l'aimaient. Son visage et sa faconde étaient familiers à beaucoup. Elle avait fondé le Carnaval d'Aix et l'avait présidé pendant 25 ans.
Institutrice, puis directrice d'école au Jas de Bouffan, Marcelle Isoard s'était impliquée en politique pour mener à bien "son" projet : faire revivre le Carnaval dans toute sa splendeur.
En 1983, adjointe au maire déléguée au Jas, elle a ainsi déployé tous ses talents pour fédérer une multitude de bénévoles autour de cette initiative pour expérimenter une première édition dans son propre quartier.
Puis, d'année en année, la fête a pris de l'ampleur, agrémentée d'animations, de danses et de musiques spectaculaires, mais surtout grâce au long corso de chars confectionnés selon les savantes techniques de la tradition italienne. C'était une véritable entreprise qui déferlait chaque printemps sur le cours Mirabeau.
J'ai toujours soutenu ce pari fou de manifestation populaire et me suis trouvé aux côtés de cette dame respectée, dévouée et infatigable qui mettait en œuvre toute son énergie et sa ténacité pour que la réussite fût au bout. Combien de milliers d'enfants, de parents et de familles de deux ou trois générations ont applaudi ces moments de liesse, seule la mémoire de chacun pourra en restituer la vérité.
Marcelle avait la générosité chevillée au cœur. Et elle ne cessait de renouveler les thèmes annuels grâce à son sens créatif inépuisable. Ses amis étaient nombreux. Elle les choyait pour qu'ils forment une famille, celle de la solidarité et du bonheur simple et partagé.
Je garderai personnellement le souvenir d'une grande dame aixoise qui savait aimer les autres. Elle est partie hier sans musique, sans flonflons, dans le silence et la discrétion des humbles.
J'adresse mes pensées affectueuses à sa fille Brigitte (à son mari Philippe et à leur fils Florian), que j'ai aussi secondée il y a douze ans pour la fondation du Festival international de danse classique d'Aix.
Nous dirons au revoir à Marcelle mardi prochain à 14h à la Cathédrale d'Aix.
mardi 27 octobre 2009
Régionales 2010 : Ça va canarder en PACA
Dans "La Femme du boulanger", en préambule à son interminable récit-torture, le loufoque pêcheur Maillefer justifie son exigence absolue que personne n'a le droit de l'interrompre par le fait que, lorsqu'il était petit, il a reçu une boule de pétanque sur le crâne et qu'il en garde encore des séquelles paralysantes.
Je me demande si les prochaines élections régionales ne vont pas nous faire le même effet. Si l'on a bien saisi, pour l'instant, dans notre région, au premier tour, il y aura plein de listes : NPA, Front de gauche, PS, écologistes, MoDem, UMP et associés, FN, et liste extrême droite dissidente. Chacun veut se compter pour établir un classement pour le second tour en usant du rapport des forces.
Après tout, démocratiquement, on peut le concevoir, le but des manœuvres pour la qualification finale étant de ne pas être hors course. En revanche, politiquement, à gauche et à droite, la stratégie peut s'avérer décevante et même perdante si des listes à faible score ne sont pas en capacité de se maintenir ou de fusionner. Il y aura donc forcément moins de listes au second tour.
Dans la situation actuelle, c'est à gauche qu'il y aura nécessité de fusions. Dans la logique, cela se fera autour du PS, à moins que, par surprise, les écologistes et le MoDem fassent de gros scores et cherchent à s'allier pour dépasser le PS. Vu le système électoral en vigueur, au second tour, une majorité relative est suffisante pour obtenir une majorité de sièges.
En tout état de cause, l'UMP assurera le socle de son score dès le premier tour et n'aura pratiquement pas de réserves de voix pour le second. Pour battre l'UMP en finale, il faudra une union PS + écologistes ou écologistes + MoDem ou encore une fusion large des trois.
Bataille Vauzelle / Mariani
D'ici mars, ça va beaucoup spéculer dans chaque camp et chaque parti pour tenter de virer en tête. On va aussi constater que les alliés potentiels de second tour orienteront leur combat contre l'UMP. Même si Michel Vauzelle ne semble pas cette fois-ci pouvoir rééditer dès le premier tour la grande alliance qui lui a réussi à deux reprises, en tant que sortant, il peut fortement espérer réunir autour de lui pour le second tour.
Hier, l'UMP (euh, Nicolas Sarkozy) a désigné Thierry Mariani alors que deux autres candidats, Guy Tessier et Bernard Deflesselles, s'étaient mis sur les rangs avant lui. L'image très droitière de Mariani risque de lui jouer des tours : les électeurs du FN iront quand même voter FN et des électeurs de droite modérée préfèreront le MoDem ou, pourquoi pas, feront confiance au légitime Vauzelle.
Apprenant la confirmation à peine imposée de Mariani comme tête de liste, Patrick Mennucci a attaqué bille en tête en lui offrant une carte du centre-ville de Marseille, un itinéraire et une photo de l'hémicycle de la Région. Et d'ironiser : "Le candidat sarkozyste a sans doute besoin d'aide pour retrouver le chemin. [...] Car à la stupéfaction générale, il est conseiller régional depuis 2004 ; mieux, il dirigeait la liste de droite dans le Vaucluse où il a été largement battu par Vauzelle".
Et puis encore sur le peu d'assiduité : "Il a boudé le mandat qui lui avait été confié en 2004 : il est peu venu à la Région, 10 fois sur 155 réunions officielles, 2 fois sur 40 commissions permanentes". Cela a obligé Mariani à se justifier : ce dernier a assuré avoir "vite compris, après quelques réunions, que le président Vauzelle ne laisse aucune place à l'opposition, réduite au simple rôle de figurant".
Tiens, on aimerait bien savoir maintenant ce qu'en pensent ses collègues Muselier et Deflesselles et tous les élus de droite qui se sont tapé toutes les séances et les réunions de se voir humiliés jusqu'au mépris par leur nouveau chef.
Voilà pour les batailles au sommet. D'ici peu, d'autres coups fourrés vont se faire jour, à droite comme à gauche et au centre, pour la désignation des chefs de file départementaux. Alors, attention aux boules de pétanque qui volent…
Les règles du système électoral pour les régionales
Si, dès le 1er tour, une liste obtient la majorité absolue des suffrages exprimés, elle obtient d'emblée 25% des sièges à pourvoir (prime majoritaire). Les autres sièges sont répartis proportionnellement entre toutes les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages (y compris celle arrivée en tête).
Si aucune liste n'obtient la majorité, il est procédé à un second tour :
- Les listes ayant obtenu plus de 10% des suffrages exprimés peuvent se maintenir.
- Les listes ayant obtenu moins de 5% peuvent fusionner avec celles qui ont obtenu au moins 10%.
- Les listes ayant obtenu moins de 5% sont éliminées.
Le nombre d'élus pour chaque liste est établi en fonction des résultats obtenus sur l'ensemble de la circonscription régionale. Les sièges sont répartis entre les sections départementales au prorata du nombre de voix obtenues dans ces sections. En cas d'égalité de suffrages ou de moyenne, c'est la liste dont les candidats ont la moyenne d'âge la plus élevée ou le candidat le plus âgé qui sont élus.
Au 2nd tour, la liste arrivée en tête obtient d'emblée 25% des sièges à pourvoir (prime majoritaire). Les autres sièges sont répartis proportionnellement entre toutes les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages (y compris celle arrivée en tête). La liste arrivée en tête obtient ainsi la majorité des sièges sans nécessairement avoir la majorité absolue des suffrages.
lundi 26 octobre 2009
Poubelle la vie… à Aix
(Clic sur l'image pour agrandir) Ça se passe à Aix
Non, ni Naples, ni Marseille. Cette scène baroque se passe bien à Aix. Ici et là, des habitants balancent n'importe quoi sur les trottoirs et transforment un coin de rue en dépotoir... au développement durable. Dire que cela manque de civisme est un euphémisme. Pourtant, les moyens existent pour se débarrasser d'encombrants. Il suffit de les apporter dans les multiples sites publics prévus à cet effet.
La collecte des ordures a ses règles et ses équipements mais cela semble encore et toujours échapper à des malotrus quand ces derniers ne vont pas jusqu'à faire preuve d'un culot sans nom. Evidemment, le spectacle est affligeant en plus d'être malsain à tous points de vue. Et le résultat est que cela pourrit la vie des disciplinés qui subissent ce coupable laisser-aller.
Il y a pile deux ans, des riverains, excédés, du quartier des Cardeurs avaient déjà tenté de lutter contre la décharge sauvage permanente qui avait poussé sous leur nez. Ils avaient même adressé une pétition à la mairie. Quelques progrès et puis de nouveau le tas d'ordures. Deux ans et plusieurs épisodes après, hélas et à leur grand désespoir, ils sont contraints de faire le même constat : l'incivisme perdure et les reliefs se renouvellent au quotidien.
Alors, depuis un mois, pour inverser la tendance, ils ont ouvert un blog dédié qui ne manque pas d'originalité. Chaque jour, ce blog publie des photos et des vidéos de l'état des lieux, accompagnées avec humour de détails qui en disent long. Aux dernières nouvelles, les riverains ont confectionné des affichettes pour informer les indélicats et ont décidé de s'organiser en réactivant le comité d'intérêt de quartier.
J'encourage vivement mes lecteurs à aller visiter ce blog très instructif garanti sans odeurs (masque non obligatoire donc).
Voici l'adresse du blog :
http://poubelle-la-vie.over-blog.com/
vendredi 23 octobre 2009
Expo Picasso : La combine qui a mis la puce à l'oseille
Que les détails qui suivent risquent de choquer ou d'en énerver quelques-uns n'est pas la chose la moins sûre qui soit. De quoi s'agit-il ? Faisons un petit retour sur l'exposition Picasso Cézanne de l'été. Loin de moi l'idée qu'elle n'aura pas réjoui des dizaines de milliers de visiteurs. Non, il n'est pas question de cela.
Pourtant, ce qui est donné à voir, comme on dit, c'est un peu comme pour de bons plats. On ignore assez souvent ce qui s'est passé dans les cuisines. La dernière révélation sur la recette a été servie mercredi par Le Canard enchaîné. Mais déjà en mai dernier, Le Monde et Libération faisaient une présentation nuancée de la mise sur pied de l'expo.
Dans Le Monde…
Le journal écrivait ceci : "Dans l'exposition "Picasso et les maîtres", qui a triomphé cet hiver au Grand Palais, à Paris, Paul Cézanne était presque absent. Etrange, si l'on songe à l'importance que Cézanne a pour Picasso entre 1906 et 1909, et aux allusions au solitaire d'Aix-en-Provence qui apparaissent de temps en temps dans l'oeuvre du génie espagnol. Ce n'était pas un oubli, mais l'effet d'une répartition géographique : il était entendu que les rapports entre les deux artistes seraient traités, non pas à Paris, mais dans une exposition qui a lieu tout l'été à Aix-en-Provence, ville natale de Cézanne."
L'article note que la confrontation entre Picasso et Cézanne, en manque de grands tableaux notamment cézanniens, ne permet que "des parallèles parfois forcés" entre les œuvres des deux maîtres.
Et de conclure : "Il est vrai que la grande raison d'être de l'exposition en aurait été affaiblie : la raison touristique et économique. En 2006, le Musée Granet et la ville d'Aix-en-Provence avaient réussi une belle opération de récupération avec Cézanne, en lui consacrant une exposition qui avait attiré les foules. De son vivant, il avait été moqué et insulté par ses concitoyens. Désormais, il est devenu pour leurs descendants un argument commercial : 60 millions d'euros de recettes pour la ville et sa région grâce à lui en 2006, a rappelé la maire d'Aix-en-Provence, Maryse Joissains Masini, lors de son discours d'inauguration. Son espoir avoué ? Que Picasso rapporte autant cette année. De ce point de vue, l'imprécision de l'exposition et la genèse du cubisme sont questions négligeables."
Dans Libération…
Tonalité un peu plus grinçante pour Libé : "Les deux Méridionaux se ressemblaient aussi par la volonté de briser les cadres classiques, le tempérament rebelle, la virilité conquérante. Malheureusement, le musée d’Aix ne trouve pas la rencontre. Les collections ne se séparent pas facilement de ces chefs-d’œuvre. Il y a de très beaux tableaux, mais le croisement ne se fait que par bribes dans un accrochage dont l’inesthétique le dispute à l’incohérence. En cours de route, Cézanne est purement et simplement abandonné. Terminer l’exposition sur la corrida, sous prétexte qu’Aix est une étape vers les arènes, c’est une blague. Son coût, en coproduction avec la Réunion des musées nationaux, est de 9 millions d’euros, hors assurance. La collectivité en a investi dix millions pour impulser alentours une soixantaine de projets satellites. Aix est devenu Cézanneland."
Le Canard enchaîné en dit plus…
Et puis arrive Le Canard de ce mercredi qui y va aussi de sa révélation tonitruante sur l'accord conclu entre le groupe Hersant Médias et la municipalité aixoise. Après avoir exposé les difficultés financières des quotidiens locaux du Sud-Est, Le Canard raconte que le groupe a pris des contacts avec des municipalités UMP : Nice, Toulon et Marseille.
Le journal ironise sur un accord de partenariat, une alliance, entre le site Internet de la Ville de Marseille et celui du journal La Provence. "Il prévoit rien moins qu'une signalétique commune et le partage de certaines informations" renvoyant les lecteurs et les internautes d'un site à l'autre, une stratégie censée "doper la fréquentation du site du journal et, du même coup, ses rentrées publicitaires".
L'été dernier, le groupe s'enhardit et démarche plusieurs mairies UMP des Bouches-du-Rhône. C'est d'ailleurs ce que résume le titre de l'article "Le groupe Hersant lance la presse de proximité politique". Et Aix, alors ? Nous y sommes. Le système ne consiste pas à proposer à la municipalité d'acheter des milliers de journaux pour les distribuer gratuitement mais à établir une "proposition de partenariat" avec "ses axes mutualistes de communication". Et précisément, l'expo Picasso Cézanne tombait à pic pour inaugurer cette judicieuse "combine". Coût pour la Ville : 80.000€. Les éléments de l'affaire sont à découvrir dans cet extrait de l'article.
(Clic sur l'image pour agrandir)
L'article du Monde (25 mai 2009) :
L'article de Libération (30 mai 2009) :
http://www.liberation.fr/culture/0101570365-aix-s-emmele-les-pinceaux
jeudi 22 octobre 2009
Inégalités et sentiment d'injustice
C'est comme la fièvre. D'abord ça couve sournoisement, puis ça érupte. On ne connaît ensuite la température qu'en la mesurant. C'est ce processus qu'essaie d'analyser Jean-Paul Delevoye, le médiateur de la République. Dans un point de vue publié hier dans Le Monde, il alerte sur les signes d'inquiétude qui, selon lui, traduisent l'ampleur du sentiment d'injustice ressenti par la population en termes d'inégalités entre ses membres. A lire.
(Les termes en gras sont de moi)
Le sentiment d'injustice chez nos concitoyens inquiète par son ampleur
par Jean-Paul Delevoye
"Selon que vous serez puissant ou misérable...", l'adage de La Fontaine est devenu le préambule de nombreuses critiques dénonçant l'injustice d'une société qui tarde à prendre conscience des inégalités entre ses membres et peine à les combler.
Je ne sais si les inégalités ont augmenté ou non ces dernières années, si notre société est objectivement plus injuste qu'hier, si ses dysfonctionnements sont plus criants qu'autrefois. Les sociologues et les économistes ne semblent pas en mesure de porter un diagnostic incontestable et je n'ai pas, en tant qu'autorité indépendante, à me prononcer sur les politiques publiques menées. En tant que médiateur de la République, je n'ai pas été confronté à une nette augmentation du nombre de réclamations en cette période de crise.
En revanche, j'ai pu observer une douleur plus profonde chez les personnes qui me saisissent. Je souhaite aujourd'hui attirer l'attention de tous sur cette tension émotionnelle palpable. Le sentiment d'injustice chez nos concitoyens m'inquiète par son ampleur, son intensité, son mode d'expression autant que par les réactions et les actions qu'il déclenche.
Eric Maurin, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), fait l'analyse suivante : le déclassement est une réalité bien circonscrite, touchant une frange de la population. La peur du déclassement, quant à elle, touche tout le monde, notamment ceux qui ont le plus à perdre et le moins à craindre. Au travers d'expériences douloureuses, épisodiques mais dont on craint qu'elles ne deviennent régulières, ces personnes ont été confrontées aux difficultés de notre société. Pour les classes moyennes et supérieures, l'injustice était un cas de conscience autrefois : elle est aujourd'hui un triste présage. Demain, une amère réalité ?
En parallèle, les personnes les plus démunies subissent de plein fouet les conséquences de la crise économique. La violence de ces situations engendre la violence des réactions. Le recours à la violence physique et psychologique, ayant prouvé son efficacité, se systématise : séquestrer un patron est l'assurance de voir les caméras arriver, le débat porté sur la place publique, l'opinion sensibilisée, l'action publique déclenchée.
Je n'excuse pas ces actes mais souhaite qu'on s'interroge sur les motifs de cette colère : comment ces salariés peuvent-ils comprendre que leur usine ferme, leur laissant peu d'espoir de retrouver du travail dans la région et/ou dans leur domaine de compétence, pendant que les traders continuent de toucher des bonus aux montants astronomiques ? Un économiste expliquerait sûrement à raison que ces deux événements ne sont pas liés et taxerait peut-être de démagogie ce rapprochement, mais la personne qui vient d'être licenciée, qui se pose la question non pas de son confort de vie mais de sa survie et de celle de ses proches, peut-elle l'entendre ?
Face à ces injustices perçues, douloureusement subies par certains, une société demande logiquement des comptes à ses gardiens, ceux qu'elle a chargés de contrôler, réguler, réduire ces injustices. Il en ressort parfois la dangereuse impression d'une collusion entre les puissants et le pouvoir, la force et la justice.
Cette impression fragilise le pacte social qui veut que la République protège le plus faible du plus fort et assure les conditions premières du vivre ensemble. Si les membres de la société ne croient plus en leurs institutions et leurs représentants, ils envisagent alors de faire respecter eux-mêmes leurs droits ou se tournent vers d'autres aux discours séducteurs.
Lorsque je ne crois plus à la force du droit, je revendique le droit à la force. Je n'ai pas le droit de séquestrer mon patron. Oui, mais j'ai le droit de nourrir ma famille. Je n'ai pas le droit de conduire sans permis. Oui, mais j'ai le droit d'aller travailler pour gagner ma vie. L'apparition de certaines officines proposant des formations à la désobéissance civile et gangrenant certaines professions n'a rien de rassurant. Que penser alors de la crainte des responsables syndicaux et associatifs d'être bientôt dépassés par leur base ?
Je vois néanmoins en cette crise de confiance une chance que nos institutions républicaines doivent saisir pour démontrer l'efficacité et la nécessité de leur action. "Si l'Etat est trop fort, il nous oppresse, s'il est trop faible, nous périssons", disait Paul Valéry. La crise économique est passagère. La crise des comportements résulte d'évolutions sociologiques et historiques lourdes ; les solutions semblent moins évidentes à imaginer et à mettre en oeuvre. Quoi qu'il en soit, elles ne pourront faire l'impasse sur les deux points suivants.
Il faut privilégier le service du citoyen au confort du système, la défense des causes à la sauvegarde des structures. Dans une société en pleine mutation, nos institutions doivent prendre le pouls des changements et accompagner les citoyens dans la nouvelle voie qui leur est proposée ou qu'ils ont eux-mêmes tracée. Dans leur propre relation à l'administré, nos institutions doivent intégrer ces changements : passage d'une société industrielle à une société de services, d'une société rurale à une société urbaine, d'une société standardisée à une société multiculturelle et multiconfessionnelle.
Aucune politique ne peut être acceptée et appliquée telle la parole divine et infaillible : le temps de l'explication et de l'acceptation de la décision est bien plus important que le temps de la décision elle-même. Ce temps est nécessaire pour installer une véritable pédagogie des enjeux liés à la décision publique. En somme, nos institutions doivent se détacher de toute pratique que l'on pourrait qualifier de corporatiste ou protectionniste et prendre le risque de l'ouverture et de la transparence.
Nos institutions doivent ensuite conjuguer traitement massif, efficace, rationalisé des administrés et respect de l'individu. Un usager de service public est d'abord un individu qui souhaite que soient considérées son histoire et sa situation personnelles, sans être réduit à un identifiant, ou un numéro à douze chiffres. Cette société anxiogène qui privilégie parfois la violence, ne croyant plus aux vertus de la discussion, a plus que jamais besoin de dialogue. L'écoute est un facteur d'apaisement et j'encourage le développement de lieux d'écoute et d'information sur tout le territoire. Je ne forme pas ici un simple voeu pieux : j'en fais déjà l'expérience concrète chaque jour dans mon institution.
Sur 65.000 dossiers traités chaque année, 50% consistent en des demandes d'information et d'orientation, et montrent la difficulté pour les gens de frapper à la bonne porte, de trouver l'information au bon endroit au bon moment. Au pôle Santé sécurité des soins que je viens de créer, 90% des personnes qui me sollicitent désirent avant tout comprendre ce qui s'est passé, comment les faits se sont enchaînés jusqu'à l'accident médical. Après avoir été écoutées et renseignées, nombre d'entre elles abandonnent toute démarche contentieuse.
Le dernier exemple provient du témoignage d'un directeur de prison dans le sud de la France : depuis la mise en place de permanences de mes délégués au sein de son établissement, il a constaté une diminution de 30% des faits de violence.
Notre société a besoin de soupapes de décompression pour endiguer cette violence physique et psychologique née du sentiment d'injustice. Nos institutions doivent veiller à ce que personne, fort ou faible, ne se sente méprisé. "Selon que vous êtes puissant ou misérable", la République vous doit un égal respect.
L'article original (Le Monde, 21 octobre 2009) :













