Bakchich Hebdo, Le Canard enchaîné, Libération, La Provence...  désormais, toute la presse en parle ouvertement. Le conflit qui a pourri les rues de Marseille a fourni une visibilité plus grande à ce qui est en passe de devenir une affaire judiciaire.

            

====================================================

          

Article publié le 30 novembre 2009 sur le site de Bakchich.info

            

Début octobre, un juge a été saisi pour enquêter sur les marchés publics des ordures à Marseille. Depuis les révélations de Bakchich, l’enquête s’accélère et les perquisitions se succèdent.

La semaine passée, des perquisitions avaient eu lieu dans l’entreprise et au domicile dAlexandre Guérini, propriétaire de deux des plus importantes décharges de la région et frère du président du Conseil général, Jean-Noël Guérini. Lundi 30 novembre au matin, selon les informations du Point.fr, ce sont les locaux dudit Conseil, le "Vaisseau Bleu", qui ont été perquisitionnés à leur tour, ainsi que ceux de la Communauté urbaine.

Hier aussi, la section de recherche de la gendarmerie a pu fêter la première audition du dossier. Michel Karabadjakian, directeur général adjoint à la propreté de la Communauté urbaine de Marseille (CUM) a passé deux longues heures soumis au feu roulant des pandores. Au moins le garçon aura-t-il une belle histoire à raconter à son pote Alexandre Guérini (cf.Alex et ses bons copains, en fin d'article), qui demande, lui, à être entendu par le juge. Le traitement de faveur infligé à M. K fait suite aux perquisitions réalisées le même jour dans les locaux du conseil général des Bouches-du-Rhône et de la CUM.

La procédure judiciaire ouverte en avril et qui vise Alexandre Guérini retient notamment les qualifications pénales de "corruption", de "blanchiment d’argent" et de "prise illégale d’intérêt", en plus d’éventuelles "atteintes à l’égalité des candidats dans les marchés", "trafics d’influence" et "détournements de fonds publics". 

             

---------------------------------------------------------------

            

Article publié le 18 novembre 2008 dans le journal Bakchich Hebdo

(Journaliste : Xavier Monnier)

CG13

(Clic sur l'image pour agrandir) Le superbe dessin de PieR

            

X La chute de la maison Guérini X

               

Trafic d’influence, voire corruption. Ordures. Par tombereaux. Depuis que les sardines tentent avec entêtement de boucher le Vieux-Port, les conversations se troublent à peine plus qu’une mauresque quand ces vilains mots s’enchaînent. De l’acquis. Jean-Noël Guérini, président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, et son frère Alexandre, patron de la SMA La Vautubière, proprio de deux des plus importantes décharges de la région, répartiraient les marchés des ordures. Sans jamais les prendre en charge directement. L’histoire des patrons socialistes des Bouches-du-Rhône se susurre. Et la justice, jusque-là, se tenait à l’écart des bennes à ordures.

Un vent mauvais…

Mais un vent inhabituel s’est maintenant levé sur la ville. Une information judiciaire pour trafic d’influence, détournement de fonds publics, marchés truqués voire corruption sur plusieurs dossiers liés au marché des ordures. En ligne de mire les deux G. Début octobre, avant même la crise des ordures, Charles Duchaîne, un magistrat de la Juridiction interrégionale spécialisé (Jirs) enquête. Ça tombe bien, un brin retors, volontiers provocateur, "Duduch" aime résister aux pressions. Wait and sea, comme on dit ici.

L’affaire de l’appel d’offres sur le marché des poubelles annulé par la Communauté Urbaine a charrié ce vent mauvais vers le Palais de justice quelques dossiers. "Nous avons bien quelque chose sur le gestion des ordures à Marseille, liée aux frères Guérini, souriait un magistrat du parquet. Nous avons reçu des courriers, bien sûr anonymes. Peu, mais assez précis et circonstanciés. Il a fallu lancer une enquête préliminaire, mettre en place des écoutes". Des courriers, datés et précis, que Bakchich a pu consulter. Toujours la même fable, celle des frères Guérini régnant sans partage, sur l’ordure. Sauf que désormais un juge est saisi.

S’il laisse souvent sa très belle Mercedes à la cave, et se la joue discrète, des amis d’Alex sont cités en ville, éclaboussés, ils ont subitement des noms d’embruns (cf. Alex et ses bons copains, en fin d'article).

Dans l'imaginaire marseillais, le nom de Guérini n’est pas rien. Deux autres frères ont régné ici, sur le Milieu. Antoine et Mémé, de la Libération au crépuscule des années Defferre, fin 70. "Mais dans notre village, en Corse, il y a cinquante familles Guérini", s’énerve Alex, qui a reçu Bakchich Hebdo, "on ne va pas s’excuser de notre nom. Tout cela ce n’est qu’une construction politique pour salir mon frère, et empêcher un petit entrepreneur d’exister face aux géants du marché". Difficile de plaider le pot de terre contre le pot Defferre.

"Nono et Alex ont leur caractère, plutôt direct", confie un élu PS

Une vieille huile marseillaise, croisée aux abords de l’abbaye Saint-Victor, sourit. Le spectacle avec vue sur le Vieux-Port, enchante : "On sent que ça bouge. Les élus et responsables, sous la coupe de Nono, commencent à se demander ce qui se passe. Et n’attendent qu’un signe pour le lâcher. Le système vacille".

Mais voilà qu’un élu rose passe. Pas de présentation. "Si je dis que je suis avec Bakchich, en deux minutes on téléphone à Guérini et je me fais avoiner… Les gens sont peu de choses. Pour une voiture de fonction, ils sont prêts à avaler des boas. Et puis Nono et Alex ont leur caractère. Plutôt direct et sont capables de virer du jour au lendemain. Ça crée un climat".

Énorme employeur (8.000 postes), gorgé de subventions, le Conseil général a le budget qui va avec, 1,87 milliard d’euros. Un magot suffisant pour ne se faire que des amis.

Et l’Elysée scrute plus que Solférino cette météo. Le Château a un tropisme marseillais. Christian Frémont, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, qui s’est naguère échiné comme préfet de région ici. Ancien préfet de police de Marseille, Bernard Squarcini, a quitté le Vieux-Port pour diriger la DCRI. Et légué la surveillance de la ville à un proche, le préfet Claymans. Eux savent qu’il vaut mieux regarder quand la bouillabaisse bout.

---------------------------------------------------------------

Alex Guérini a plein de bons copains

Alex n’a pas caché à Bakchich qu’Antoine Rouzaud, le monsieur poubelles de la CUM "est un ami". Mais qui n’est pas ami dans cette communauté universelle ?

Jean-Pierre Roncin, un expert venu de la mairie (alors FN) de Marignane, pour s’occuper des "transports et de l’aménagement des espaces" est aussi un camarade. En devenant directeur, cet artiste a révélé à Karim Zéribi, un élu de Marseille : "Moi, le transport, j’y connais pas grand-chose…". Pas grave, il apprendra.

Toujours à la CUM, Michel Karabadjakian, (auditionné hier lundi) qui dirige "la propreté l’écologie et le maritime" est sur la liste des potes. Et au Conseil général, Gérard Lafond, le directeur général de "la construction, l’environnement, l’éducation, et du patrimoine" pourrait figurer dans le Facebook d’Alex. Ce technicien de grande qualité possède, parait-il, le grand art de convaincre.

"Bien sûr que je les connais. Comme tout le monde. Comme toutes les sociétés les connaissent. Mais moi quand je les appelle ce n’est pas pour le business, c’est pour que ma ville soit propre et qu’ils se bougent le cul." Entre militants, c’est interdit ?