On sent comme un gros coup de colère dans le communiqué rédigé par un collectif d'habitants de Beisson. Le thème exposé concerne le devenir urbain et social de leur quartier. C'est bien volontiers que je reproduis leur texte.

Le communiqué du Collectif d'habitants

Incompétence et mépris sont les deux mamelles de la politique des quartiers menée par la municipalité et l'office HLM Pays d'Aix Habitat. La municipalité et l'office ont un projet pour la cité Beisson qui tourne le dos au bon sens le plus élémentaire.

Ce projet consiste à détruire sans concertation plusieurs barres d'habitation, alors que celles-ci, de très bonne qualité puisque construites en pierre de Rognes, mériteraient simplement d'être rénovées.

Tout comme les 18 appartements murés et abandonnés par l'office HLM Pays d'Aix Habitat qui pourraient, une fois réhabilités, accueillir des personnes en attente de logement. C'est faire peu de cas des milliers d'Aixoises et d'Aixois qui sont confrontés au drame du manque de logement !

Autre aberration de ce projet : faire disparaître les commerces du quartier ! Alors que partout en France on se bat pour maintenir et développer les commerces de proximité qui font la vie et l'animation d'un quartier, qui permettent autant de briser la solitude que de faciliter la vie aux personnes âgées, ce projet prévoit au contraire leur fermeture, préalable à la destruction des bâtiments d'habitation.

Ce projet manque tellement de bon sens que l'Agence de rénovation urbaine, organisme d'Etat dépendant du ministère de la ville a mis en suspens l'aide financière qu'il pourrait apporter, pointant le manque de concertation, l'incertitude sur la reconstruction des logements et des commerces et l'absence d'intérêt urbanistique du projet.

De plus, quand on connaît l'état calamiteux des finances de l'office HLM Pays d'Aix Habitat, si nous laissons faire un tel projet, Aix-en-Provence réussira le tour de force inédit en France de détruire plus d'appartements HLM qu'elle n'en aura construits !

Mais peut-être que le but de cette opération n'est que la destruction du quartier Beisson qui se trouve sur un site panoramique exceptionnel qui serait vendu aux promoteurs ? A moins que le bruit qui court que la cité Corsy serait concernée par un projet identique soit avéré, il s'agirait alors d'une véritable opération d'épuration sociale. Quelles que soient les motivations des promoteurs du projet, qu'il s'agisse de spéculation immobilière ou d'épuration sociale, les habitants des quartiers populaires n'en feront pas les frais.

A Beisson, un collectif d'habitants refusant le fatalisme et la résignation interpelle l'ensemble des Aixois, son maire et au-delà pour qu'un autre regard soit porté sur les quartiers populaires de la ville et que les aspirations de leurs habitants soient enfin entendues.

Collectif du quartier Beisson

Contacts : collectif-beisson@hotmail.fr

beisson_perimetre_anru

(Clic sur l'image pour agrandir)

L'étude ANRU à Beisson est représentée par le périmètre jaune

Petit historique

Pour mémoire, en 2004, la Ville d'Aix et la Communauté d'agglomération du Pays d'Aix inscrivaient dans le Plan local de l'habitat (PLH) la rénovation urbaine des quartiers de Beisson et de Corsy (mais aussi du quartier des Pins de Vitrolles).

On pouvait y lire ceci : "La Ville d’Aix-en-Provence a souhaité, dans le cadre de son Contrat de ville et du renouvellement urbain soutenu par l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU), promouvoir des projets de requalification urbaine et de gestion urbaine et sociale de proximité. A ce titre, une étude pré-opérationnelle technique et financière de renouvellement urbain a été déclarée d’intérêt communautaire. Les équipes pluridisciplinaires choisies devront proposer différents scénarii de requalifications aux élus d’Aix et constituer le dossier qui sera présenté à l’ANRU fin 2005.

Les restructurations doivent amener au désenclavement et à l’ouverture des quartiers Beisson et Corsy, à des réhabilitations et à la résidentialisation de certains groupes, à des démolitions et reconstructions introduisant une mixité urbaine et sociale, à la restructuration d’équipements de proximité et publics, à la qualification des espaces extérieurs, à la reprise ou à la création de maillages viaires pour améliorer les accès et les liaisons avec les quartiers environnants…"

De l'aveu même de Maryse Joissains, le projet a pris un retard important mais elle n'y serait pour rien : "Le dossier de l'Anru pour la requalification de Corsy et Beisson, c'est pareil… Ce n'est pas de ma faute s'il y a un fonctionnaire de la Ville qui n'a pas fait son travail. J'ai dû reprendre le dossier. J'ai été reçue par Fadela Amara, qui va faire passer le dossier dans une deuxième mouture exceptionnelle."

Le problème, c'est que depuis deux ans l'Etat n'a cessé de réduire les moyens. Les habitants de Beisson sont mécontents de la tournure que prend la procédure sur d'autres points. Notamment, selon eux, sur des objectifs qui ne leur paraissent pas adaptés, les conséquences des choix qui sont ou pourraient être faits et sur l'absence de concertation. C'est dit.