logo_MarseilleA écouter tous ceux qui détiennent du pouvoir en location à la tête ou sein de collectivités, quand il y a des affaires, mieux vaut pour tous ne pas trop en parler.
C'est le principe du "nous-pas-intérêt-à-agiter-les-ordures-chez-les-autres-sinon-gare-à-nos-propres-effluves".
La posture empruntée d'entrée par Jean-Claude Gaudin lundi au conseil municipal de Marseille en est l'illustration parfaite (J'ai suivi cette séance en direct sur internet) avec la lecture d'une déclaration hypnotique.
"Une affaire judiciaire concernant des incriminations de blanchiment, abus de biens sociaux, détournement de fonds et de biens publics, recel, corruption active, a de nouveau attiré sur notre département et notre ville un soupçon global sur notre capacité collective à l'honnêteté. […] Faisons avancer Marseille en travaillant et débattant honnêtement et dignement comme nous avons toujours fait."
"Applaudissements de tout l'hémicycle"
, a rapporté La Provence.
Déclaration grandiose ! Seulement voilà, aucun nom n'a été prononcé et on n'évoque qu'"une" affaire, pas les affaires. On n'en sait donc pas plus sur ce qui se passe ? Pourtant, a ajouté le maire, cela "a attiré de nouveau un soupçon global sur notre capacité collective à l'honnêteté."
"De nouveau",
tiens, tiens, il y aurait eu quelque chose précédemment ? "Honnêteté", il n'y a donc jamais eu d'élus ou de fonctionnaires d'aucune collectivité mis en cause voire condamné ? Et puis, le joli mot "dignement", sans doute utilisé pour faire honte par avance à ceux qui auraient la tentation de se vautrer dans des conduites d'égoutiers. Raté. Lundi, il y avait au moins deux égoutiers qui avaient omis de chausser leurs bottes.
D'abord, Yves Moraine, ci-devant président du groupe majoritaire, qui balance sur "des élus et des hauts fonctionnaires du conseil régional mis en examen pour des détournements de fonds." Coucou Sylvie Andrieux. Puis, Bruno Gilles, par ailleurs sénateur, qui, répondant à une élue socialiste lui demandant d'arrêter de la pointer d'un index menaçant, plonge à pieds joints dans le graveleux avec cette formule toute bigardienne "mon doigt, je le mets où je veux".
Et Renaud Muselier ? Rien de sa part ? Ben, si, pardi. Déjà, il n'avait pas applaudi le beau discours de son maire. Puis, à la sortie, raconte La Provence, regrettant que le maire ait invité les élus à ne pas s'exprimer sur le sujet, il a confirmé qu'il entendait bien poser des questions sur l'affaire des déchets lors de la réunion de la communauté urbaine de vendredi. Là, on comprend mieux que le nom d'Alexandre Guérini sera prononcé.
Et l'opposition dans tout ça, alors ? Eugène Caselli a relevé "l'attitude extrêmement digne" de Jean-Claude Gaudin. Car le conseil municipal, a-t-il estimé, n'est pas "le lieu propice à la polémique". Mais, admet-il toutefois, il n'est "pas contre un débat" au sein de Marseille Provence Métropole, débat "qui devra rester dans les limites républicaines".
Et Patrick Mennucci ? Lui aussi a apprécié la volonté du maire de ne pas débattre. "J'en avais discuté avec lui. Jean-Claude Gaudin n'avait pas envie que la séance devienne une foire d'empoigne et je n'aurais pas laissé passer une mise en cause du PS."
Et que pense Jean-Noël Guérini de toute cette affaire ? Pareil. Le 2 décembre, dans une interview à La Provence, reprise son blog, il a déclaré : "Je ne suis concerné ni de près ni de loin par les affaires et les entreprises de mon frère." Il a également annoncé qu'il s'exprimerait sur le sujet avant la fin décembre. "Le moment venu, je parlerai parce que j'ai des choses à dire." On bout d'impatience.
Pour finir, comme l'avait fait Michel Vauzelle pour prendre les devants dans les accusations liées à l'affaire des subventions, Eugène Caselli a porté plainte contre X à titre conservatoire dans l'affaire de marchés publics présumés frauduleux.  Ouais, verra bien qui verra le dernier.
Et au fait, que devient Alexandre Guérini au milieu de tout ça ? Deux jours après sa mise en détention provisoire, il a demandé à son avocat de faire appel de son placement, "contestant avec force toute implication dans les faits qui lui sont reprochés." Yaka.