le_budgetLe débat annuel sur les orientations budgétaires au conseil municipal a constitué un moment de confrontation radicale entre l'opposition de gauche et l'équipe municipale de droite. Nul besoin de préciser ici que nous ne partageons évidemment pas du tout les mêmes conceptions sur la conduite de la politique de la ville.

Depuis six ans, comme à chaque séance qui précède obligatoirement le vote du budget primitif de janvier, la municipalité nous la joue toujours de la même manière : un rapport technique certes bien présenté mais un vide sidéral en termes de choix politiques.

En gros, on nous répète qu'on maîtrise les dépenses de personnel, qu'on réduit la dette, qu'on n'augmente pas les impôts, qu'on investit comme jamais et qu'on fait dans la proximité. Et bien, nous, nous pensons que c'est tout le contraire car non seulement la ville n'y trouve pas son compte mais son avenir ne cesse de s'assombrir.

Un de mes collègues socialistes et moi-même avons fait part de nos commentaires. Ce qui a eu pour effet d'exaspérer l'adjoint aux finances et de déplaire à la majorité. Mme le maire, elle, est sortie de ses gonds pour tenter de nous faire sa coutumière leçon : "On n'est pas ici pour faire de la politique !" Ah bon ? C'est pour jouer aux billes en se faisant des risettes, peut-être ?

Ce qui irrite Mme Joissains, c'est que nous disions quelques vérités qui ne lui plaisent pas. Et notamment que son document fait apparaître un décalage profond entre son contenu et la réalité vécue par les Aixois. Leurs vrais problèmes ne sont pas abordés et leurs besoins sont passés sous silence.

La poche droite et la poche gauche

D'abord, quoi qu'ils veuillent faire croire, le budget ne connaît pratiquement aucune évolution depuis 2001. Il fait même du surplace et présente une rigidité qui ne permet plus de lancer le moindre véritable projet. Les personnels, malgré les transferts vers la Communauté d'Agglomération du Pays d'Aix, représentent toujours 54% du budget. Au passage, n'aurait-il pas été nécessaire de "croiser" les données générales du budget avec celles de la CPA ? Cela aurait été plus clair pour se faire une idée plus complète des enjeux.

L'autofinancement n'est pas suffisant pour ouvrir de nouvelles marges de manœuvre. Les dépenses d'équipement se feront par le biais de l'emprunt – situé à hauteur de 27M€ – qui va donc de nouveau provoquer de la dette ! Allez comprendre cette contradiction avec la réduction annoncée de la dette !

Ensuite, on nous assène que les impôts sont inchangés. Pourtant, par exemple, le même soir, on nous présente des tarifs et des taxes en hausse, parfois dans des secteurs sensibles touchant au quotidien des Aixois comme les service jeunesse ou les sports. Evidemment, aucune  mention n'est faite, sauf par moi, du coup de bâton produit par la taxe des ordures ménagères qui a fait un bond de 66,67% ! Voilà ce qui s'appelle proclamer qu'on ne touche pas à la poche droite tout en prenant dans la poche gauche.

Silence sur le logement

Pour ce qui est de l'aménagement urbain – comment peut-on évoquer un tel sujet sans même avoir eu le courage de lancer la procédure du Plan local d'urbanisme dont l'objectif est de mettre en place un développement global et maîtrisé sur le long terme – il faudra se contenter d'opérations de constructions privées menées au coup par coup.

On aurait aimé entendre Bruno Genzana, adjoint délégué au Plan local de l'habitat à la CPA, venir vanter, comme à son habitude et avec la même ardeur, les mérites présumés du PLH. Mais non, depuis quelques temps, il s'est mis à pourfendre, hors la présence de Mme Joissains, la politique peu ambitieuse de cette dernière. Allez savoir pourquoi… 

Car, sans aucune politique du logement – 12 HLM construits en 6 ans ! – la crise du foncier s'autoalimente et aggrave le problème. 5000 demandes de logement social public sont en attente. Vraiment, est-ce cela la réussite de cette municipalité ? Rien dans les orientations présentées lundi soir ne laisse présager un quelconque espoir pour les Aixois.

D'ailleurs, ce manque total de vision est à l'unisson de la situation catastrophique de la France gouvernée depuis cinq ans par le même camp politique. La croissance est faible, les déficits sont gigantesques et la dette est colossale. Le nombre de chômeurs reste dramatique et les emplois sont de plus en plus précaires. Etonnons-nous après cela que surgissent des tensions sociales et de l'insécurité dont Aix n'est plus épargnée.

Alors, la municipalité aura beau dire et faire ce qu'elle veut, les Aixois ont bien compris qu'il va falloir changer de cap pour éviter de toucher le fond.