Contrecoup évident du caractère inédit de la présidentielle de 2007, ça bouge dans tous les partis. A l'UMP, c'est plutôt la grogne contre Sarkozy. Au Nouveau centre, on fait semblant de se distinguer de la majorité pour mieux y rester. Au Parti socialiste, c'est la poursuite de la guerre des chefs avant un congrès.
Au Parti radical de gauche, ce week-end à Paris, lors du Congrès statutaire, et en présence de quelque 400 délégués, on a fait un état des lieux, on a disserté et disséqué. Je n'y étais pas mais j'ai reçu tous les documents de sa préparation. La parole y a été libre. Nombre de militants se sont exprimés.
Les faits saillants
Des points forts ont émergé et ont donné lieu à des discussions plutôt animées.
Ÿ Les intervenants ont tous regretté l'échec de la gauche à la présidentielle de 2007 alors que les radicaux de gauche avaient défendu dès le premier tour Ségolène Royal.
Ÿ Jean-Michel Baylet, qui a initié depuis un an un dialogue avec le Parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo, a estimé "possible" une alliance avec des centristes. "J'attends de voir comment vont se passer les discussions avec les uns et les autres".
Ÿ Au cœur des débats figuraient bien sûr les élections européennes de 2009. Pour cette échéance, Jean-Michel Baylet voit dans le parti "une forte volonté d'être présent" à ce scrutin car "nous sommes un parti engagé et militant de l'Europe". "De quelle manière, avec quelle alliance c'est une question que nous allons poser", a-t-il dit.
Ÿ Des militants ont insisté pour que le PRG continue ses alliances à gauche, "excluant totalement toute compromission ou alliances avec Nicolas Sarkozy ou un parti soutenant son gouvernement". "François Bayrou est dans l'impasse centriste" et le Parti radical valoisien "vote tous les textes" de Nicolas Sarkozy. D'autres ont estimé possibles des contacts avec les centristes en fonction des situations. Le cas des européennes a fait dire à certains que le PRG n'a aucune affinité avec l'extrême gauche, le PCF et les "nonistes du PS. "La porte des radicaux est ouverte, mais à condition de quitter la tutelle de la droite". Enfin, une autre variante a été proposée, "une alliance des radicaux de gauche avec des courants écologistes".
Ÿ Mais l'offre de service pour 2009 de Bernard Tapie - exclu du PRG suite à son soutien à Nicolas Sarkozy – a été balayée par Baylet : "Bernard Tapie n'est plus membre du PRG, ses déclarations n'engagent que lui". "Je pensais qu'il avait renoncé à la politique. Je peux toujours discuter avec lui, mais cela m'étonnerait qu'on discute de cela !".
Ÿ De son côté, question stratégie générale du parti, Christiane Taubira, figure phare du PRG, ne se prononce pas mais souligne que "les radicaux de gauche portent une audace sur la construction de l'Europe qui est singulière" et "avec l'ancienne UDF, c'est le seul parti à gauche qui est cohérent sur ses engagements européens".
Ÿ La ligne définitive sera débattue et tranchée lors d'une prochaine Convention consacrée aux européennes.
Ÿ Pour les régionales de 2010 et la présidentielle de 2012, le PRG devrait s'en tenir aux accords traditionnels à gauche.
Les autres questions en débat
Ÿ Allié, depuis sa fondation en 1972, du PS, au point d'être taxé de "satellite", le PRG a aujourd'hui des états d'âme après la défaite en 2007 de la candidate socialiste Ségolène Royal, qu'il soutenait dès le premier tour, et le score de François Bayrou qu'il voit sur ses plates-bandes.
Ÿ Quant aux annonces par Royal de sa candidature à la tête du PS et en 2012, Baylet a affirmé : "Je ne me mêle pas des problèmes internes du PS", mais "ce qui nous intéresse c'est de parler avec les socialistes de la manière dont nous choisirons, j'espère tous ensemble, notre candidat ou candidate pour la prochaine présidentielle. Cela ne peut pas se passer comme la dernière fois, a-t-il prévenu, où nous avons soutenu Royal dès le premier tour de 2007. Nous aurons notre mot à dire." Pour gagner la présidentielle, "il faut que la gauche et les radicaux fassent un grand travail doctrinal, et revenir à l'idéologie."
Ÿ Baylet a affirmé que le projet de réforme de la Constitution "va dans le bon sens" et que les parlementaires radicaux de gauche le voteront si certains de leurs amendements sont acceptés. "Nous nous prononcerons à l'aune du texte présenté, il est clair qu'il va dans le bon sens. Notre a priori est favorable", a-t-il ajouté. Selon lui, "il y a beaucoup de choses dans ce texte qui étaient réclamées depuis longtemps par la gauche, et par les radicaux en particulier, ne serait-ce que l'ordre du jour partagé par l'Assemblée". "Nous avons préparé un certain nombre d'amendements". "Si après des négociations, que nous sommes en train de mener, nous obtenons un certain nombre de réponses favorables, il est clair que nous voterons ce texte, qui a globalement notre assentiment", a affirmé Baylet.
Ÿ Le député Gérard Charasse a indiqué que les parlementaires PRG réclament notamment "la reconnaissance du principe de la laïcité" et de "la loi de 1905 qui en est le socle". Ils demandent aussi une "dose de proportionnelle aux législatives", "le droit de vote des étrangers aux élections locales", "l'encadrement de la venue du président de la République devant les deux assemblées", la "soumission du pouvoir de nomination du président à l'accord et non à l'avis des parlementaires à une majorité qualifiée". Rappelant que la ratification de la réforme constitutionnelle nécessite une majorité des trois cinquièmes, il a souligné que "les voix des parlementaires radicaux sont largement convoitées par le gouvernement". "Nous avons bien l'intention de peser dans ce débat" et "notre vote dépendra du sort réservé à ces amendements", a conclu Charasse.
Ÿ A l'issue des trois jours du Congrès, Jean-Michel Baylet, président du parti depuis 1996, a été réélu dimanche sans problème, étant seul candidat en lice (3 votes contre et 1 abstention). Il a réaffirmé l'appartenance du PRG au camp de la gauche : "Nous voulons être et nous sommes à gauche", il faut "rechercher encore et toujours l'union de la gauche, à laquelle il faut une doctrine adaptée au siècle. Je mènerai combat pour l'union", s'est-il engagé.