Dans "La Femme du boulanger", en préambule à son interminable récit-torture, le loufoque pêcheur Maillefer justifie son exigence absolue que personne n'a le droit de l'interrompre par le fait que, lorsqu'il était petit, il a reçu une boule de pétanque sur le crâne et qu'il en garde encore des séquelles paralysantes.
Je me demande si les prochaines élections régionales ne vont pas nous faire le même effet. Si l'on a bien saisi, pour l'instant, dans notre région, au premier tour, il y aura plein de listes : NPA, Front de gauche, PS, écologistes, MoDem, UMP et associés, FN, et liste extrême droite dissidente. Chacun veut se compter pour établir un classement pour le second tour en usant du rapport des forces.
Après tout, démocratiquement, on peut le concevoir, le but des manœuvres pour la qualification finale étant de ne pas être hors course. En revanche, politiquement, à gauche et à droite, la stratégie peut s'avérer décevante et même perdante si des listes à faible score ne sont pas en capacité de se maintenir ou de fusionner. Il y aura donc forcément moins de listes au second tour.
Dans la situation actuelle, c'est à gauche qu'il y aura nécessité de fusions. Dans la logique, cela se fera autour du PS, à moins que, par surprise, les écologistes et le MoDem fassent de gros scores et cherchent à s'allier pour dépasser le PS. Vu le système électoral en vigueur, au second tour, une majorité relative est suffisante pour obtenir une majorité de sièges.
En tout état de cause, l'UMP assurera le socle de son score dès le premier tour et n'aura pratiquement pas de réserves de voix pour le second. Pour battre l'UMP en finale, il faudra une union PS + écologistes ou écologistes + MoDem ou encore une fusion large des trois.
Bataille Vauzelle / Mariani
D'ici mars, ça va beaucoup spéculer dans chaque camp et chaque parti pour tenter de virer en tête. On va aussi constater que les alliés potentiels de second tour orienteront leur combat contre l'UMP. Même si Michel Vauzelle ne semble pas cette fois-ci pouvoir rééditer dès le premier tour la grande alliance qui lui a réussi à deux reprises, en tant que sortant, il peut fortement espérer réunir autour de lui pour le second tour.
Hier, l'UMP (euh, Nicolas Sarkozy) a désigné Thierry Mariani alors que deux autres candidats, Guy Tessier et Bernard Deflesselles, s'étaient mis sur les rangs avant lui. L'image très droitière de Mariani risque de lui jouer des tours : les électeurs du FN iront quand même voter FN et des électeurs de droite modérée préfèreront le MoDem ou, pourquoi pas, feront confiance au légitime Vauzelle.
Apprenant la confirmation à peine imposée de Mariani comme tête de liste, Patrick Mennucci a attaqué bille en tête en lui offrant une carte du centre-ville de Marseille, un itinéraire et une photo de l'hémicycle de la Région. Et d'ironiser : "Le candidat sarkozyste a sans doute besoin d'aide pour retrouver le chemin. [...] Car à la stupéfaction générale, il est conseiller régional depuis 2004 ; mieux, il dirigeait la liste de droite dans le Vaucluse où il a été largement battu par Vauzelle".
Et puis encore sur le peu d'assiduité : "Il a boudé le mandat qui lui avait été confié en 2004 : il est peu venu à la Région, 10 fois sur 155 réunions officielles, 2 fois sur 40 commissions permanentes". Cela a obligé Mariani à se justifier : ce dernier a assuré avoir "vite compris, après quelques réunions, que le président Vauzelle ne laisse aucune place à l'opposition, réduite au simple rôle de figurant".
Tiens, on aimerait bien savoir maintenant ce qu'en pensent ses collègues Muselier et Deflesselles et tous les élus de droite qui se sont tapé toutes les séances et les réunions de se voir humiliés jusqu'au mépris par leur nouveau chef.
Voilà pour les batailles au sommet. D'ici peu, d'autres coups fourrés vont se faire jour, à droite comme à gauche et au centre, pour la désignation des chefs de file départementaux. Alors, attention aux boules de pétanque qui volent…
Les règles du système électoral pour les régionales

Si, dès le 1er tour, une liste obtient la majorité absolue des suffrages exprimés, elle obtient d'emblée 25% des sièges à pourvoir (prime majoritaire). Les autres sièges sont répartis proportionnellement entre toutes les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages (y compris celle arrivée en tête).
Si aucune liste n'obtient la majorité, il est procédé à un second tour :
- Les listes ayant obtenu plus de 10% des suffrages exprimés peuvent se maintenir.
- Les listes ayant obtenu moins de 5% peuvent fusionner avec celles qui ont obtenu au moins 10%.
- Les listes ayant obtenu moins de 5% sont éliminées.
Le nombre d'élus pour chaque liste est établi en fonction des résultats obtenus sur l'ensemble de la circonscription régionale. Les sièges sont répartis entre les sections départementales au prorata du nombre de voix obtenues dans ces sections. En cas d'égalité de suffrages ou de moyenne, c'est la liste dont les candidats ont la moyenne d'âge la plus élevée ou le candidat le plus âgé qui sont élus.

Au 2nd tour, la liste arrivée en tête obtient d'emblée 25% des sièges à pourvoir (prime majoritaire). Les autres sièges sont répartis proportionnellement entre toutes les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages (y compris celle arrivée en tête). La liste arrivée en tête obtient ainsi la majorité des sièges sans nécessairement avoir la majorité absolue des suffrages.