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Qu'on se le dise ! Laurence Parisot n'est pas un monstre froid comme l'était l'horrible patron baron Seillière. Non, non, elle, elle parle d'un ton calme et articule avec une lente volupté des mots aussi doux et tentateurs que "concurrence, compétitivité, conquête de nouveaux marchés, chiffres d'affaires, profits, croissance, à nous les croissants, à vous les miettes"… Sa voix trahit de tels accents de généreuse sincérité qu'elle en émeut jusqu'aux micros placés devant elle.
Lorsqu'elle épanche ses inquiétudes, on sent qu'elle a indéniablement de la commisération pour le sort des plus faibles. Son seul objectif, c'est le bonheur de tous les gueux de France, ceux qui transpirent et qui expirent. Pour eux, elle prône les valeurs du travail et se décarcasse à fonds gagnés pour leur créer plein d'emplois, même et surtout de tout petits emplois, histoire de leur procurer une pitance de survie.
Elle n'éprouve que de l'amour pour les grévistes, qui ont bien de la chance d'avoir un boulot, qui ont peur de le perdre, qui ont en plus le culot de se plaindre, qui font tout pour contrarier les stock-options et le gouvernement. Elle retient ses larmes pour tous les chômeurs qui ne peuvent pas battre le pavé à l'unisson de ces fainéants de nantis.
Elle parvient à arracher nos longs sanglots lorsqu'elle estime que les arrêts de travail "font courir un grave danger aux entreprises françaises qu'ils menacent dans leur rentabilté". C'est pourquoi, elle en appelle à la reprise du travail et en fait "une affaire de responsabilité mais aussi de solidarité nationale". Là, ça gicle !
Niagara lacrymal
Il y a une semaine, Parisot a surpris tout son beau monde en dévoilant son avis exclusif sur le caractère indécrottable des Français. Elle a déploré la "galère" de la grève, qu'elle a associée à "un ringardisme" et "au goût un peu masochiste pour le conflit et la lutte". Comment avons-nous pu ignorer aussi longtemps ses si bienfaisants talents de psychanalyste ? Je vous le demande, hein ?
Pour ne pas trahir le charme infini de sa pensée, voici exactement ce qu'elle a geint : "Quelle galère ce matin, comme c'est pénible, difficile, contrariant ! Comme c'est aussi gênant vis-à-vis du reste du monde. Je ne cesse de penser à ceux qui nous regardent aujourd'hui et qui se disent mais 'qu'est-ce que c'est que ce ringardisme' ? "
"Il faut que nous soyons tous capables d'abandonner ce goût, à mon avis un peu masochiste, pour le conflit, pour la lutte", s'est-elle étranglée, prônant que, sur le terrain de la négociation, il fallait "trouver un terrain d'entente, entreprise par entreprise".
Et ce n'est pas tout. "C'est quelques centièmes de croissance en moins que nous sommes en train d'organiser cette semaine, la désorganisation générale coûte", nous a-t-elle sussuré, estimant "absolument pas souhaitable" que le conflit perdure. Ce serait "une catastrophe dans les relations entre les entreprises et leurs clients". Oui, parfaitement, elle a dit les "clients", pas les pue-la-sueur.
Finissant son prêche et tendant de pleines boîtes de mouchoirs à son auditoire envoûté, la vénérable patronne en chef a salué "la mobilisation des Français pour venir travailler. Je ne suis pas étonnée, car aujourd'hui les Français veulent travailler".
Les Français, je ne sais pas. Mais, moi, entendre ça, ça me fend le cœur. Car, je l'avoue, je suis trop sensible. Les jolis mots et merveilles de Parisot m'ont touché et ça m'a fait chialer. Encore un coup comme ça, Lolo, et je craque ! Et là, je ne vous dis que ça, ce sera un Niagara lacrymal.