L'interview de Michel Pezet dans le Ravi de juin
Comme précisé en début du mois, le Ravi a longuement interviewé Michel Pezet. Et le résultat est dense avec des sujets touchant à la fois à la politique et à l'actualité.
Entre autres, Michel Pezet livre son avis sur l'affaire Guérini et le conseil général et ses réflexions sur les défauts de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône.
Sur ce dernier point, la presse pense que le rapport de la commission d'enquête a été remis hier à Martine Aubry mais il ne serait pas rendu public avant le 28 juin, jour de l'ouverture du dépôt des candidatures pour les primaires. Faut-il y voir l'hypothèse d'un petit calcul cherchant à diluer la portée des conclusions sous l'effet de la médiatisation de la campagne électorale ?
Le Canard enchaîné en a fait une brève et Libémarseille un article détaillé qu'on peut consulter en cliquant sur le lien.
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L'article de Libémarseille
http://www.libemarseille.fr/henry/2011/06/quand-solf%C3%A9rino-ausculte-locculte-ps-marseillais.html
On peut écouter l'intégralité de l'interview sur le site du Ravi :
http://www.leravi.org/spip.php?article404
Michel Pezet : Il dure plus longtemps
Portrait par Michel Gairaud
Qui suis-je ? "Je dure plus longtemps, plus loin, plus puissant. Je suis partout et malgré les pièges tendus, j'avance sans me détourner de mon chemin." Vous ne voyez pas ? Un indice : "Je suis rose, je suis mignon, je suis attachant. Je garde le rythme. Année après année, je suis devenu une légende." Toujours rien ? C'est pourtant simple ! "Je suis, je suis... le célèbre lapin Duracell ! Celui qui, depuis 73, ne s'est jamais arrêté." Vous croyez qu'il fallait répondre Michel Pezet ? Réflexion faite, même si on le voit plus souvent une pipe à la main qu'avec un petit tambour autour du cou, la comparaison tient la route.
En 1973, il a déjà 31 ans, avec un long parcours politique et professionnel : première grève à la fac de droit d'Aix-en-Provence contre la guerre d'Algérie pour ses dix-huit ans ; premier serment d'avocat pour ses vingt-trois ans ; première campagne législative et élection comme député suppléant pour ses vingt-cinq ans... Sauf à consacrer entièrement cette page à détailler son CV, et à griller une bonne demi-douzaine de piles alcalines, nous devons résumer.
Michel Pezet a présidé le conseil régional, siégé à l'Assemblée nationale, il est toujours chargé de la culture au conseil général. Élu en 1977 au conseil municipal de Marseille, c'est la rencontre avec Gaston Defferre. Je t'aime, moi non plus. Gaston lui confie la direction de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, un poste d'adjoint, la présidence du groupe PS en mairie. Bref, il le positionne comme l'un de ses successeurs. Mais Pezet revendique une part d'autonomie. À la mort de Defferre, on l'accuse même d'avoir abattu le vieux chef.
Cent fois, on a cru ses batteries définitivement déchargées. Battu aux municipales, malgré l'investiture du PS en 1989, au profit de Vigouroux ; mis en cause dans l'affaire dite des "fausses factures du Sud-Est" ; condamné pour "recel de fonds" dans l'affaire Urba ; marginalisé dans les années 1990 dans la position de dissident; battu aux municipales en 2008 à Aix-en-Provence ; toujours critique vis-à-vis de la fédération socialiste du "13" ; souvent à la limite de la rupture avec Jean-Noël Guérini, il continue d'avancer.
Politique, plaidoiries : à soixante-neuf ans, il maintient partout le rythme. Son nom circule même comme un recours possible si Guérini venait à trébucher. Mais quel est donc son secret ? Mystère ! Mais lançons une hypothèse. Peut-être que Pezet, c'est comme la pile Wonder : il ne s'use que si l'on sert.
L'interview de Michel Pezet
L'une des conséquences de l'affaire DSK a été de mettre en lumière une gauche très argentée. Etes-vous choqué par tout ce qu'on apprend ?
Nous savions que Dominique Strauss-Khan était un joyeux fêtard, qu'il aimait beaucoup courir un peu comme votre lapin Duracell. Mais de là, à devenir violent, personne ne pouvait l'imaginer, si cela est avéré bien sûr. Par contre, les revenus de son couple, ce n'est pas une trouvaille. Il est d'ailleurs possible d'avoir de l'argent et d'être de gauche, tout comme on peut être pauvre et voter à droite. Mais investir une maison luxueuse dans ce contexte, je trouve cela d'une imbécillité totale.
Dans cette situation, doit-on s'attendre à une belle pagaille pour les primaires du PS ?
Les premiers sondages montrent que ce qui vient d'arriver ne profite pas spécialement à la droite. En interne au PS, se dessine un complot "tous sauf Hollande". Si c'est au niveau des choix programmatiques, je m'incline. Si c'est autre chose, c'est agaçant ou imbécile.
Vous avez un candidat ?
Je n'ai pas encore fait de choix définitif. Je suis assez proche de François Hollande, parce qu'il incarne cette sociale démocratie, celle du courant Rocard, dont j'ai toujours été partisan.
Qu'attendez-vous de l'enquête interne qui suit son cours sur la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône ?
Le système de la démocratie interne n'est pas facile parce que les sections sont énormes. Aucun débat démocratique n'est possible quand vous êtes près de 400. Lorsque j'ai pris la fédération au "baron" de l'époque [Gaston Defferre, NDLR], j'ai découvert des sections de 2.000 personnes sans salle pour les réunir. J'ai essayé de casser tout ça et de limiter les sections à 200 personnes. Il faut retrouver un esprit de dialogue. Je pense que cette enquête va permettre de redistribuer les cartes, de mettre les choses à plat et d'adopter un fonctionnement un peu plus démocratique.
Martine Aubry osera-t-elle vraiment affronter la puissante "fédé 13" ?
Si elle est candidate aux présidentielles, elle devra veiller à son image. Elle ne peut pas accepter qu'il y ait des critiques extrêmement fortes envers une fédération. Elle a bien mis sous tutelle celle de l'Hérault. Cela dit, même s'il y a des erreurs, un manque de discussion, je ne crois pas qu'il faille aller jusque-là dans les Bouches-du-Rhône.
Pourquoi ne pas vous être présenté face à Jean-Noël Guérini au conseil général comme certains vous y invitaient ?
C'était sympathique de penser à moi. Rien n'empêchait Jean-Noël Guérini d'être candidat. A partir du moment où la première secrétaire du parti, Martine Aubry, souhaitait laisser la situation en l'état, je me suis incliné. Je reconnais que j'ai parfois été plus indiscipliné...
Entre le rapport Montebourg et l'affaire judiciaire qui concerne son frère, mais dans laquelle son nom revient souvent, Jean-Noël Guérini aurait-il dû abandonner la présidence du conseil général ?
C'est une décision personnelle. Dans un premier temps, il envisageait de présenter sa démission s'il était mis en examen. Puis, s'il était renvoyé devant le tribunal correctionnel. Il continue à dire que ce n'est pas parce que son frère s'appelle Guérini et lui aussi qu'il est coupable. Cela peut se concevoir. Mais je pense que Jean-Noël Guérini aurait eu tout à gagner en disant "je laisse passer l'orage, je continue mon travail de sénateur et de simple conseiller général".
Autre affaire, celle qui concerne Bernard Granié [Président PS du SAN Ouest Provence et condamne en première instance pour corruption, NDLR] dont vous êtes l'avocat. Pourquoi ne lui avez-vous pas conseillé, à lui aussi, d'abandonner ses fonctions ?
Techniquement, ce qu'on lui reproche n'est pas possible. Même si l'avocat général, qui cherche à tout prix à le faire tomber, ne pense pas la même chose.
Un mot sur l'omniprésence du syndicat FO dans la politique marseillaise et ses conséquences ?
La politique, c'est toujours un rapport de force. Sauf que, aujourd'hui, face à FO territoriaux à Marseille, personne ne résiste, que ce soit M. Gaudin à la mairie ou M. Caselli à la communauté urbaine. Et cela parce qu'ils ont peur d'affronter un syndicat puissant, capable de déclencher une grève à tout moment. Il faut savoir dire stop. Mais je ne peux pas en vouloir à FO. D'ailleurs, puisqu'ils obtiennent tout ce qu'ils réclament, pourquoi s'arrêteraient-ils ?
Muselier, Gaudin et maintenant Caselli défendent le projet d'une grande métropole. Y êtes-vous favorable ?
C'est un sujet biaisé qui est devenu plus tactique qu'autre chose. Ce n'est pas un rêve positif. Qui aujourd'hui a envie d'aller vivre dans une métropole ? Je suis favorable à la subsidiarité. Il faut confier la responsabilité à ceux qui sont le plus proches de ce que l'on doit faire.
Comment expliquez-vous qu'on organise mieux les territoires ailleurs qu'à Marseille ?
On a perdu beaucoup de temps. Dans les années 1970, je pensais vraiment qu'il fallait créer une agglomération. Gaston Defferre n'en voulait pas parce que les municipalités concernées étaient communistes, et il pensait perdre sa majorité. Maintenant, il ne sert à rien de rajouter quelques communes à la communauté urbaine. Mais réfléchir à une grande métropole avec Martigues, Aix-en-Provence et Aubagne pourrait vraiment apporter des ressources. Si Marseille était vue par ses voisins comme une Rolls Royce politique et économique, tout le monde viendrait.
Autre dossier, dont vous avez la charge au conseil général, celui de Marseille 2013. Pourquoi avoir protesté lors du remplacement du directeur, Bernard Latarjet ?
Lorsqu'il a fallu remplacer Bernard Latarjet, il paraissait logique qu'on nous informe en premier, en tant que membre du conseil d'administration, qu'il y ait au moins un échange. On a appris par la presse le nom de son successeur. Cela a rendu fous de rage Maryse Joissains ou Roger Meï, le maire de Gardanne. Et je les comprends.
Les élus ont du mal à jouer collectif avec cette capitale européenne de la culture. Ils veulent tous que chaque euro investi leur rapporte directement. N'est-ce pas une vision très étroite, à court terme, d'un événement censé fédérer une ville et tout un territoire ?
Comme pour la métropole, les élus ont une telle peur d'être dévorés par Marseille ! Chacun est dans son village gaulois. Mais si Marseille était suffisamment attractive, ils la rejoindraient. Or la ville est en déficit, a des emprunts, n'a pas de dynamique. C'est une réalité.
Faire de la politique, ce n'est que gérer des problèmes ?
J'ai peur que ce soit vrai. Mais c'est aussi se demander pourquoi ces problèmes existent et quelle réponse globale et positive on peut y apporter. Les gens sont dans une grande souffrance et nous demandent une réponse immédiate sur leur quotidien.


























