Universités : La (ré)forme sans le fond
Dans cet article, je propose de faire le point sur le projet de création d'une université unique Aix-Marseille et sur les grandes lignes de la réforme débattue au parlement.
En tant qu'élu PRG, j'exprime aussi mon point de vue sur les insuffisances de fond qui risquent d'affecter notre vie universitaire française et régionale, faute d'un traitement global de la crise aiguë de l'enseignement supérieur.
Qu'en est-il de la création d'une université unique ?
Les principaux arguments entendus en faveur de la création d'une université unique (trois en une) pour l'aire métropolitaine Aix-Marseille à l'horizon 2009 mettent en avant une meilleure visibilité nationale et internationale, un attrait bénéfique pour notre région, une organisation administrative mutualisée plus performante évitant les anciennes rivalités, un décloisonnement des disciplines et une mise en cohérence des pôles "sciences humaines et sociales" et des "sciences dures" mieux répartis entre Aix et Marseille et des conditions d'études et de recherche mieux adaptées pour les étudiants et les chercheurs.
Ce n'est évidemment qu'un résumé des grandes tendances.
Comment la démarche a-t-elle été engagée ?
L'idée a germé il y a près de dix ans mais le débat a été lancé il y a peu de temps, depuis l'élection présidentielle qui l'a mis à l'ordre du jour via le projet de réforme des universités.
Les présidents des trois universités d'Aix-Marseille ont annoncé leur décision de fusion, ex-abrupto, avant même toute consultation générale, une façon de couper l'herbe sous le pied à des conversations sans fin.
Toutefois, la logique semble être inéluctable et avoir du sens. Mais, faute de discussions élargies et suffisantes, des critiques ont vite pointé contre cette fusion.
D'abord, au sein des universités elles-mêmes, de la part des représentants des personnels et des étudiants qui s'inquiètent de la précipitation de la décision locale et des objectifs de la réforme proposée par le gouvernement visant à rendre les universités autonomes.
Ensuite et plus surprenant, par le biais de la Communauté d'agglomération du Pays d'Aix qui a adopté, en bureau et non en séance publique, une motion s'opposant à une université unique. Le motif invoqué est la disparition du siège administratif aixois au profit de Marseille, la CPA agitant le spectre de la remise en cause de sa contribution de 16M€ sur un total de 71M€ consacrés au renouveau des universités.
Quels sont les véritables enjeux ?
Les politiques de tous bords sont favorables à la constitution d'une université unique pouvant devenir la première de France avec ses 70.000 étudiants (dont 10.000 étrangers), ses 3.700 chercheurs et ses 2.900 ingénieurs, administratifs et techniciens.
A s'en tenir aux diverses réactions qui se sont manifestées, il apparaît que toutes font principalement référence à des problèmes de forme plutôt que de fond. Or, si le projet ne consistait qu'en une fusion à partir des situations actuelles, cela ne changerait que les apparences.
Pour que cette fusion prenne un vrai sens, il faudrait, et il faudra, mettre sur la table tous les élements du débat.
Dans les cinq ans à venir, la réforme de l'enseignement supérieur va changer radicalement le mode de vie de chaque université : pouvoirs accrus du président, responsabilités et compétences élargies pour la gestion du patrimoine immobilier, des ressources humaines et du budget, avec introduction du mécénat d'entreprises qui exigeront évidemment un retour sur investissement.
La réforme évacue l'essentiel
Le problème, c'est le silence volontairement entretenu sur les moyens nouveaux indispensables pour développer l'enseignement, pour construire des locaux dignes de notre époque et pour réhabiliter l'existant dégradé jusqu'à la honte.
La loi ne s'est aucunement penchée sur les conditions et la qualité de l'enseignement, sur une véritable politique d'accueil, de logement et de déplacements des étudiants. Autrement dit, la loi crée des bastions dont elle modifie l'emballage sans se préoccuper du contenu.
La réforme présentée au parlement risque fort d'être à côté de la plaque. En cela, sans le traitement volontariste de tous les aspects de la vie universitaire à titre public, l'entité unique Aix-Marseille souffrira d'un double travers : une autonomie sans moyens nouveaux et ambitieux et un rapprochement qui devra se contenter de faire avec la paupérisation actuelle de nos facultés.
Quelques témoignages éclairants sur les risques de la réforme :

















