Avec ses mécanismes occultes contraires à l'éthique publique, la corruption est une menace et un véritable défi pour la démocratie. Pour la combattre, la justice se heurte souvent à des failles de notre système politique...

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Marcel Masson (Cercle Condorcet), Adrien Roux et Pierre Lagay (président du Cercle)
Je ne vous parlerai pas d'un certain avionneur qui distribue de l'argent liquide en échange de bulletins de vote en sa faveur, ni d'un certain président de conseil général qui s'est promené avec le chéquier lors de ses virées dans les communes. Non, je veux simplement relever que, s'il y a des corrompus, il y a forcément aussi des corrupteurs.
C'était précisément l'objet de la passionnante conférence-débat qui s'est déroulée mardi à l'Institut d'études politiques pour laquelle le Cercle Condorcet avait invité Adrien Roux, diplômé de l'IEP d'Aix, doctorant en droit pénal près Aix-Marseille Université (Laboratoire de droit privé et de sciences criminelles), à intervenir sur le thème "Ethique et politique : les défis posés par la corruption publique et les failles de notre système politique".
Cette conférence, devant un public nombreux, s'inscrivait dans le droit fil d'une autre réunion sur "les failles françaises dans la lutte contre la corruption", organisée en septembre dernier par l'association Anticor 13 à la Faculté de droit.
Plusieurs grosses pointures, qui savent mieux que quiconque de quoi il s'agit, étaient venues débattre face à un grand amphithéâtre plein à craquer. Parmi ces personnalités, on trouvait Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, Jean-Claude Roger, administrateur de l'association Anticor 13, Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart, Xavier Monnier, du site Bakchich, Sébastien Boistel, journaliste au Ravi, Pierre Pujol, ex-journaliste à La Marseillaise, Jacques Dallest, ancien procureur de la République de Marseille.
Ils ont traité des sujets majeurs tels que les contours flous du clientélisme et les emprises locales de la criminalité organisée et en ont démonté les mécanismes qui ont cours dans de nombreux domaines de la vie publique en liaison avec les pouvoirs de l'argent et qui gangrènent la démocratie jusqu'à l'os.
On en a entendu de bien croustillantes : histoires de trafics, de conflits d'intérêts, de financements occultes, de pots-de-vin, d'ententes, d'arrangements, de copinages, de clientélisme, de favoritisme et de services mutuellement rendus.
Si certains risque-tout se font parfois épingler, d'autres sont toujours à l'air libre et continuent leurs jeux favoris à la barbe de tous. Comme on le sait, la justice est lente. Ils peuvent donc la déjouer sur plusieurs années en versant des cautions – ils ont souvent accumulé des fortunes qui leur permettent de se payer de bons avocats. Il s'agit là de ceux qui se font pincer. Mais combien y en a-t-il qui agissent dans la clandestinité et qui échappent à la vigilance des enquêteurs ?
Il y a un an, à la veille des élections municipales, un ouvrage, Délits d'élus, s'est donné pour but de "faire une photo instantanée des élus qui ont mis les doigts dans la confiture". Tout un programme ! Les auteurs y ont dressé la liste de 400 politiques aux prises avec la justice. J'ai d'ailleurs eu la surprise d'y voir mon blog référencé au sujet de l'affaire du contrat illégal d'Alain Joissains.
En février 2014, un autre livre, Les barons, ces élus qui osent tout, avait lui aussi classé en quelque 330 pages une liste de personnages bien comme il faut : "les familles sans complexe, les tontons flingueurs, les desesperados, les dinosaures et les mégalos". Au chapitre 2 des familles sans complexe, l'auteur, Jean-Baptiste Forray, a consacré pas moins de 22 pages à la famille Joissains. Mon nom y est cité, et pour cause, l'auteur m'avait sollicité pour un long entretien avec lui à Aix. Rien ne manque dans cette saga sans fin. Depuis, Maryse Joissains a été réélue maire et Alain Joissains a vu son contrat définitivement annulé.
Le site Anonymal :
http://www.anonymal.tv/
Cette vidéo date de mars 2014 (depuis, Jean-Michel Baylet a bénéficié d'un non-lieu)
Une étude très instructive d'Adrien Roux :
"Lutte contre la corruption : immobilisme français, leçons italiennes" :
http://www.laurent-mucchielli.org/public/Lutte_contre_la_corruption_-_immobilisme_francais_lecons_italiennes.pdf
A propos de délits d'élus :
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/55919/delits-delus-le-livre-qui-egratigne-les-politiciens/