lundi 14 décembre 2009

Berlusconi hué et sifflé... à Aix aussi

Place de l'Hôtel de Ville, le 16 décembre 1994. Ce jour-là, se tenait à Aix le 15ème sommet franco-italien. François Mitterrand et Silvio Berlusconi débarquèrent l'un après l'autre sur la place très sécurisée, accueillis officiellement par le maire Jean-François Picheral. Etaient également présents Edouard Balladur, premier ministre, et Alain Juppé, ministre des affaires étrangères.

Un nombreux public, dont j'étais, avait bravé le froid pour assister à cet événement inédit. Mitterrand était à six mois de la fin de son mandat et ses traits confirmaient sa santé chancelante. Emmitouflé jusqu'au cou, il ne laissait entrevoir qu'un visage émacié et "gris". Et même si son pas était très lent, beaucoup l'ont remarqué, le personnage n'en restait pas moins impressionnant.

A l'arrivée très martiale de Berlusconi, élu président du conseil au mois de mars de la même année, mais il devait démissionner quelques mois plus tard, et président du club milanais de football, des cris de contestation ont fusé de la part de certains spectateurs. Déjà à l'époque, ses prises de positions politiques étaient critiquées et ses déplacements n'étaient pas sereins. Il était souvent sifflé et hué. Ce fut aussi le cas, copieusement, à Aix.

Chaque fois qu'il est revenu au pouvoir, par deux fois, Berlusconi n'a jamais cessé d'être conspué. Au fil du temps, sa mainmise sur les médias, ses passages devant les tribunaux, les lois votées pour se protéger de la justice, ses fanfaronnades à répétition et ses frasques privées plus récemment étalées sur la place publique ont amplifié les sujets d'une fronde de plus en plus virulente à son égard. Ce qui s'est passé hier à Milan, sa ville natale, où il a été atteint physiquement, en est la forme la plus aiguë et la plus dramatique.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Silvio_Berlusconi

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vendredi 11 décembre 2009

"Identité" : La pêche en eaux vaseuses de Sarkozy

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Dessin de Carali dans Siné Hebdo

    

Venant du président que l'on a et du ministre que l'on sait, le lancement trompetté du récurrent appât de l'"identité nationale" pour aller à la pêche aux voix dans des eaux vaseuses à troubler des élections régionales me révulse. Je me joins aux critiques qui pleuvent de la part de tous ceux qui, ayant aperçu le gros hameçon, s'en indignent aussi.

Car, comme on pouvait sans douter, il est vite apparu que le but de la manœuvre vise surtout à ramener dans les filets assez de votes extrémistes pour renflouer la barque de la droite présidentielle et tenter de lui éviter ainsi un naufrage dans les profondeurs.

Avoir une carte nationale d'identité n'est pas avoir une carte d'identité nationale.

Dans le premier cas, il s'agit d'un document juridique attestant une appartenance à un territoire historiquement formé et, en corollaire, géographiquement défini. C'est l'expression d'une vision objective et civique entrant dans une conception citoyenne à partager.

Dans le second cas, il est plutôt requis de discourir d'une tentative visant à réduire des caractéristiques et des ressentis identitaires à des stéréotypes figés. C'est le dogme d'une perception subjective et ethnique (façon tribale ?) débouchant sur une entité standardisée et statique. Tout oppose ces deux conceptions, l'une ouverte et hospitalière, l'autre murée et hostile.

Alors, hein, quel débat ? Et pour quoi faire ? Les évidences ne suffisent-elles pas ou plus ? La nation nommée France ne constitue-t-elle pas le déni le plus éloquent à toute entreprise de fossilisation, d'uniformisation et de claustration de la multitude et de la diversité des êtres ?

Face à cela, la logorrhée électoraliste gouvernementale et le titre aux amalgames infâmes du ministre qui la déverse exhalent la pestilence de la vilenie. Ces artifices répugnants sont à rejeter avec la plus grande énergie. Car, derrière cette duperie, l'objectif est bel et bien de convoquer des instincts de peur, d'attiser des pulsions de haine et de répandre des ferments de discorde, pour ne pas dire plus.

Et ça, ce n'est ni l'humanisme, ni la France, ni la République.

logo_france_bleu_provenceSur le même sujet, voici l'édito de Jean-Laurent Bernard diffusé sur France Bleu Provence le 9 décembre 2009 qui me semble frappé au coin du bon sens.

Bonjour.

Le débat voulu par le président Sarkozy sur l'identité nationale s'apparente de plus en plus à un mélange de pétard mouillé et de boomerang. Officiellement destinée à pousser les électeurs vers une réflexion sur une question presque simple "qu'est-ce qu'être Français?", en pratique, cette opération prend des allures de basse besogne électoraliste. Non que le sujet soit interdit ou tabou, juste que les deux mots "identité" et "nationale" sont tout sauf anodins.

Dans une région qui flirte avec les extrêmes, avec une forte immigration, avec une pauvreté endémique, on ne lâche pas dans la nature des réflexions qui agitent quelques beaux esprits dans des salons où ne parviennent jamais les murmures de la rue et de la vraie vie.

Hier encore, un jeune Africain est venu mourir au fond d'un container entreposé dans une société de Marseille. Il avait sans doute tenté la traversée en clandestin pour approcher l'eldorado français. Qu'avait-il à faire de l'identité nationale ?

Se posent-ils la question de l'identité nationale celles et ceux qui sont officiellement accueillis à échéances régulières comme citoyens français ? Ils ont franchi tous les obstacles, les contrôles, sans jamais parvenir à faire comprendre aux plus farouches défenseurs de la chasse aux immigrés qu'ils sont fiers d'avoir désormais leur carte d'identité nationale.

Depuis, le gouvernement a rajouté des questions subsidiaires, comment mieux vivre ensemble, qu'est ce que l'unité nationale ? Las, le mal est fait. C'est le doute qui l'emporte. Avec obligation pour les étrangers de France, les fils et filles et d'étrangers d'avoir encore et toujours à se justifier.

En période de crise, alors que les communautarismes commencent à sérieusement inquiéter, ce vieil étendard de la peur devait encore être agité. Bien sûr, il ne faut surtout pas être béat devant une soi-disant intégration réussie et parfaite. Le chantier est immense. Il est inutile d'agiter nos craintes de l'autre. Elles sont là. Font partie de ce que nous sommes. Laissons faire ceux qui sont français tout simplement. Quelle que soit leur origine. Nous devons vivre ensemble. Inutile d'en faire une poudrière.

Bonne journée

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mercredi 9 décembre 2009

Municipale : Alors, main ou pas main dans les urnes ?

urne_voteDans moins d'une semaine - le 15 décembre - le tribunal administratif de Marseille devrait enfin faire connaître sa décision sur l'annulation ou pas de l'élection municipale d'Aix de juillet dernier qui s'est jouée à 187 voix d'écart.

Du côté d'Alexandre Medvedowsky, tout le monde y croit vraiment dur comme fer. Chez Maryse Joissains, on veut encore croire doigts croisés que la requête sera rejetée et qu'il n'y aura donc pas un troisième match électoral.

Dès le soir même du second tour estival, Medvedowsky avait annoncé qu'un recours serait déposé sur la base d'irrégularités constatées dans les opérations de vote. A quoi s'ajoutait, selon lui, une série de manœuvres dans la conduite de la campagne électorale, concernant notamment des attaques contre la décision du Conseil d'Etat qui avait annulé le scrutin de mars 2008 et des propos tenus dans les tracts de Joissains relatés également dans la presse.

Juridiquement, ce volet ne relève pas de la compétence du tribunal administratif. C'est l'affaire du procureur de la République. Il en a d'ailleurs aussi été saisi mais il a débouté Medvedowsky. En revanche, le contentieux proprement électoral est un dossier relevant bien de la juridiction administrative de Marseille.

Là, les motifs et les moyens exposés dans le recours méritent d'être regardés avec attention. Car, le moins que l'on puisse en penser est qu'ils soulèvent de multiples points présentant des aspects assez troublants : entre autres, le nombre très élevé de procurations et les conditions jugées singulières d'utilisation de certaines d'entre elles, et des différences de signatures d'électeurs entre les deux tours.

Joissains a bien sûr répondu au contenu du recours. Dans son mémoire, elle réfute de nombreux points de la requête, s'abritant notamment derrière l'argument que cette élection était organisée par la délégation spéciale mise en place par le préfet et non pas par elle puisqu'elle n'était plus maire.

Voilà résumés à grands traits les éléments de discussion qui devraient logiquement faire l'objet de l'arbitrage du tribunal.

Selon ce que nous rapportent diverses sources, le doute semble s'être installé dans le camp de Joissains qui, après avoir annoncé qu'elle ne ferait pas appel, a ensuite changé de cap en déclarant qu'en cas d'annulation elle irait en Conseil d'Etat, dont elle tente de se défendre d'avoir vivement critiqué la décision de juin dernier. Tout bien pesé, il faut dire que la perspective (la crainte ?) d'avoir à revoter quasiment en même temps que pour les régionales a sans doute influencé ce revirement qui permettrait ainsi de retarder une éventuelle troisième élection municipale.

En juin, l'annulation pour des motifs jurisprudentiels inédits avait surpris. Cette fois encore, la "victoire" ayant été acquise à un très faible écart, plus infime qu'en mars 2008, il sera du ressort du tribunal administratif d'établir et de statuer si les faits consignés dans la requête ont pu, ou pas, entacher les résultats jusqu'à modifier le sens du scrutin.

On a vu des élections annulées pour des écarts plus significatifs dus à de la fraude manifeste. Qu'en sera-t-il incessamment pour Aix-en-Provence dont l'affrontement de juillet dernier était déjà le second match ?

Lire les deux recours connus :

1. Recours d'Alexandre Medvedowsky

2. Réponse de Maryse Joissains

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lundi 7 décembre 2009

Quand la justice fouille les poubelles marseillaises...

poubelles_ca_debordeOrdures, déchets, collecte, tri, incinération, marchés publics, des mots qui font souffler des vents nauséabonds sur notre région et, plus particulièrement, du côté de Marseille.

Les récentes "révélations" sur d'éventuels troubles au bon ordre et à la transparence visent la Communauté urbaine de Marseille et, par ricochet, Alexandre Guérini, frère du président du Conseil général des Bouches-du-Rhône.

La justice vient de s'en mêler comme elle ne l'avait sans doute jamais autant fait auparavant. Est-ce un hasard dû à l'approche des élections régionales ? Ou est-ce simplement une procédure normale ? Si ces informations émergent maintenant en abondance et semblent s'accélérer tout à coup, il paraît nécessaire de noter que certaines enquêtes ont été entamées en avril dernier.

Quoi qu'il en soit, elles pourraient créer un climat politique particulier susceptible de provoquer des effets sur l'échéance électorale de mars prochain. Pour l'instant, c'est la gauche qui est pointée du doigt. On a ainsi vu Renaud Muselier se précipiter dans un premier temps pour faire porter le chapeau à Eugène Caselli, président de la CUM. Il a sans doute voulu signifier que la droite n'a rien à se reprocher dans ce domaine. Après ce numéro de cirque spectaculaire accompli sous les caméras, plus rien. Silence dans les rangs de Jean-Claude Gaudin. Etrange ? Pas tant que cela en fait car il pourrait y avoir retour de bâton.

gif_balaiEn effet, les problèmes et le flou liés à la gestion des déchets ne datent pas d'hier. Et tout n'était pas blanc lorsque le maire de Marseille était président de la CUM. Pour s'en faire une idée, il suffit d'aller consulter le rapport d'observations définitives sur la gestion des déchets de Marseille Provence Métropole établi par la Chambre régionale et territoriale des comptes en 2007.

Ce rapport comporte 73 pages dont 42 - pas moins - sont précisément dédiées à la gestion des déchets. Ce qu'on y lit est peut-être la raison pour laquelle les élus de droite ont décidé de ne pas trop en faire et de se muer en observateurs mutiques.

Le rapport est très argumenté, analyses, chiffres et tableaux à l'appui. Il concerne des périodes allant de 2002 à 2004. Difficile de tout citer, alors j'ai fait un petit tri pour vous.

Au passage, rappelons que le gouvernement a annoncé son intention de "réformer" les chambres régionales et territoriales des comptes pour les regrouper en les faisant passer de 22 à 7 ou 8 chambres inter-régionales, mais aussi en supprimant des postes de magistrats, en réduisant leurs moyens et leurs compétences et en les plaçant sous la tutelle directe des préfets, ce qui revient confier à ces derniers un contrôle politique a priori sur le type et l'opportunité des enquêtes à mener.

Après tant de découvertes gênantes effectuées par ces chambres indépendantes sur le rôle des élus et la gestion de l'argent public, on comprend mieux le sens et la portée d'un tel démantèlement.

Quelques phrases significatives du rapport d'observations définitives

publié en novembre 2007

sur la gestion de la CUM Marseille Provence Métropole

(la gestion des déchets est traitée à partir de la page 29)

La CUM exerce ses compétences dans le cadre du plan départemental d'élimination des déchets ménagers. […]

Page 31

Le taux de valorisation réalisé en 2004 par la CUM est proche de l'objectif fixé puisqu'il est de 22%. En revanche, seulement 41% de la population étaient desservies en collecte sélective en porte à porte au 31 décembre 2005. […]

Le nombre de marchés passés par les principales directions de la CUM concernées par la gestion des déchets reflètent la complexité de ce système : 51 marchés concernant la collecte traditionnelle (avec ou sans propreté) peuvent être recensés de 2001 à 2004 et 55 pour le recyclage et le traitement des déchets.

Page 33

La faiblesse des temps de travail journaliers réellement effectués par les agents en comparaison avec les temps de travail théoriques qui pourraient être demandés aux agents (7h30 pour la journée et 7h pour la tournée de nuit) est révélatrice d'un profond dysfonctionnement. Le système du "fini-parti", qui permet aux agents de partir une fois leur travail terminé, a conduit à Marseille à des temps de plus en plus réduits.

Page 34

L'évolution des dotations budgétaires attribuées aux directions de la propreté urbaine et du traitement des déchets de 2003 à 2005 traduit une hausse importante des coûts des prestations effectuées par les entreprises privées : la dotation de la direction de la propreté urbaine a doublé en deux ans, en passant de 28M€ en 2003 à 56,4M€ en 2005. En ce qui concerne le traitement des déchets, les dotations sont passées de 34,6 à 52,4M€, soit une augmentation de 51,4%. Le renouvellement des marchés les plus importants en 2003 et 2004 a été effectué en doublant voire en triplant les coûts pour la communauté ce qui explique en partie la hausse des dépenses de fonctionnement de la CUM déjà évoquée par la chambre.

Page 37

Evaluation difficile du coût de ce service public : La chambre remarque, à cet égard, que les données figurant dans les comptes administratifs de 2003 et 2004 apparaissent peu réalistes. Il n'est toutefois pas contesté que les coûts de la gestion des déchets communautaires (hors frais de personnel) ont été multipliés par deux en quatre ans. Cette hausse s'explique en majorité par l'augmentation importante des montants de certains marchés sur cette période. La chambre rappelle à la CUM la nécessité de disposer d'informations exactes sur le coût de cette compétence, en conformité avec la réglementation précitée.

Page 45

L'échec de la mise en place de la collecte sélective dans le cadre des marchés : La CUM explique les mauvais résultats de cette collecte sélective, la première mise en place à Marseille, par l'absence d'intérêt des habitants à l'époque pour la valorisation des déchets, ce qui entraînait un mélange des deux collectes et par conséquent l'impossibilité de valoriser les déchets propres et secs. Cependant, la chambre constate que l'entreprise titulaire du marché a pu bénéficier d'une rémunération supérieure à celle prévue initialement dans le marché sans justifier d'un quelconque résultat pendant deux ans.

Page 48

L'analyse des offres : La chambre remarque que plusieurs membres des services techniques de la direction de la propreté urbaine étaient présents lors des deux réunions de la commission d'appel d'offres, choix des candidatures le 21 janvier 2004 et analyse des offres le 7 avril 2004. La chambre observe également que le procès-verbal de cette CAO a été signé par un conseiller communautaire qui ne fait pourtant pas partie de cette commission.

La chambre rappelle que si la présence dans une CAO de plusieurs personnes compétentes dans la matière faisant l'objet de l'appel d'offres est désormais possible depuis 2006, elle ne doit pas influencer de manière significative les membres ayant voix délibérative.

Lire le document de la CRTC :

http://www.ccomptes.fr/fr/CRC22/documents/ROD/PAR200731.pdf 

Pour mémoire aussi, l'épique blog aixois "Poubelle la vie" :

http://poubelle-la-vie.over-blog.com/ 

Et l'article du Canard enchaîné sur les enquêtes qui fâchent :

(Clic sur l'image pour agrandir)

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vendredi 4 décembre 2009

L'affaire qui fait trembler le système Guérini

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L'affaire qui fait trembler le système Guérini

      

Révélations : à Marseille,

un juge enquête sur des marchés douteux.

   

Par Hervé GATTEGNO, envoyé spécial à Marseille

Dossier publié dans Le Point le 26 novembre 2009

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Au bout du fil, la voix est apeurée, presque paniquée : "Je veux bien vous voir, mais pas à mon bureau. Dans un café ? Jamais de la vie ! On va nous voir : Ils l'apprendront dans l'heure qui suit. Mieux vaut sortir de la ville. Retrouvez-moi chez un ami, ce sera plus tranquille : je vous donne l'adresse…" 

Comme ce chef d'entreprise, ceux qui savent les détails de l'affaire dont toute la ville parle ne veulent se confier qu'à l'abri des regards. Elus, patrons ou fonctionnaires, tous font jurer de taire leur nom, d'éviter tout signe distinctif qui les compromettrait. Ici, depuis que la justice menace d'ébranler ce qu'ils appellent "le système", le silence n'est plus d'or mais de plomb. Tant pis pour la légendaire faconde méridionale : si on "tchatche", c'est en rasant les murs.

Ce qu'ils chuchotent ? De sombres histoires d'appels d'offres truqués, de signatures extorquées, de politiques achetés et de procédures falsifiées. Le récit d'épisodes troubles qui pourraient éclabousser de hautes personnalités. Exagération marseillaise, cette version provençale de "Main basse sur la ville" ? Peut-être pas. Rassuré sur son anonymat, loin des oreilles indiscrètes, le même chef d'entreprise raconte :

"J'ai été convoqué dans un bureau avant l'appel d'offres auquel je concourais. On m'a expliqué que le marché serait divisé en lots et comment les lots seraient répartis entre les quatre candidats. Je n'avais guère le choix : j'ai dû accepter des contreparties. Embaucher des employés qu'on m'a recommandés, promettre de contribuer à des campagnes électorales à venir…

– Rien de plus ?

(Il baisse les yeux)

Qui est ce "on" qui vous aurait convoqué ?

– L'un de ceux dont tout le monde parle.

– Alors, pourquoi ne pas dire son nom ?

– Je ne suis pas un délateur. Et on va m'accuser de complicité. Mais qu'on me dise comment j'aurais dû faire !

– Vous auriez pu alerter la justice sur-le-champ…

– Si je suis appelé à témoigner, je parlerai. Enfin, je crois …" 

D'autres témoins privilégiés l'assurent : qu'une brèche s'ouvre et les révélations vont pleuvoir. Signe avant-coureur de l'orage attendu : alors qu'un imbroglio dans le choix d'une société d'enlèvement des ordures répandait des effluves nauséabonds sur la ville, un reportage de la chaîne locale de France 3 au ton inhabituellement corrosif annonçait, la semaine dernière, l'ouverture d'une enquête judiciaire sur les marchés publics de la communauté urbaine. Le commentaire mettait en avant l'implication de Jean-Noël Guérini, le puissant président (PS) du conseil général des Bouches-du-Rhône, et le rôle joué en coulisse par son frère Alexan­dre, homme d'affaires prospère et patron de plusieurs déchetteries dans le département.

"Insinuations malveillantes", a répondu le baron socialiste marseillais. Mais il se retranche depuis dans son bureau, repousse toutes les sollicitations – y compris celles du Point – et limite ses apparitions publiques. Vendredi soir, il a écourté une remise de médailles du travail au siège du département : plusieurs élus présents assurent l'avoir vu trembler en lisant son discours. Quelques instants plus tard, il assistait seul au match OM-PSG. La victoire de l'équipe marseillaise n'a pas suffi à le dérider.

Officiellement, l'information judiciaire qui inquiète le clan Guérini est ouverte contre X. Mais les qualifications retenues laissent clairement augurer la mise en cause de décideurs locaux : "Atteinte à la liberté d'accès et à l'égalité des candidats dans les marchés publics, trafic d'influence et détournement de fonds publics", a écrit le quotidien régional La Provence. S'y ajoutent les délits de "corruption", "prise illégale d'intérêt" et "blanchiment d'argent", plus lourds encore de suspicions. Quant à la cible des investigations en cours, elle ne fait plus de doute depuis la révélation (par lepoint.fr) des perquisitions, conduites le 19 novembre au domicile et dans les bureaux d'Alexandre Guérini lui-même. De nombreux documents comptables y ont été saisis ainsi qu'une Mercedes. Certains éléments pourraient révéler des abus de biens sociaux au préjudice de ses sociétés : SMA Vautubière,  SMA Energie, SMA Environnement, SMA Développement.

Entourées du plus grand secret depuis leur origine – un courrier anonyme adressé à la justice au début de l'année –, les recherches remontent en fait au mois de février. D'abord dans le cadre d'une enquête préliminaire ordonnée par le procureur de Marseille Jacques Dallest. Rompu à la gestion des affaires délicates, cet ancien chef du parquet d'Ajaccio, qui lança jadis les poursuites contre le préfet Bonnet, saisit les gendarmes de la section de recherches. Ceux-ci établissent des surveillances discrètes sur Alexandre Guérini et plusieurs de ses proches, examinent leurs comptes bancaires, scrutent leur train de vie.

Des écoutes téléphoniques sont mises en place : elles sont assez fructueuses pour justifier l'ouverture d'une information judiciaire, le 14 avril suivant. Le dossier, qui porte notamment sur des marchés de traitement des déchets et sur les agréments donnés à des maisons de retraite, est alors confié au juge d'instruction financier Charles Duchaîne.

Ecoutes téléphoniques.

Sous son autorité, les gendarmes continuent, des mois durant, d'espionner les appels téléphoniques de leur groupe de suspects. Il leur suffit de tendre l'oreille et de noter. Des lieux de rendez-vous, des noms, des chiffres. "Un secret, écrivait Pagnol, ce n'est pas quelque chose qui ne se raconte pas. C'est une chose qu'on se raconte à voix basse, et séparément." A plus forte raison quand on ignore que la ligne est surveillée.

Ainsi les enquêteurs savaient-ils, le jour des perquisitions, qu'Alexandre Guérini se trouvait à ce moment-là au Brésil – quand nombre de ses amis le croyaient aux Etats-Unis. De même connaissaient-ils l'adresse d'un petit appartement HLM qu'il loue toujours dans le quartier des Catalans et dont ils ont aussi forcé la porte : le premier logement qu'occupèrent ses parents, à peine débarqués de Corse en 1956, et obtenu grâce à l'intervention d'un oncle conseiller général.

En un demi-siècle, les deux fils Guérini ont grandi. Chacun de son côté, mais toujours proches. Jean-Noël a pris la lumière ; Alexandre est devenu son ombre. L'aîné a collectionné les mandats et les honneurs, le cadet s'est lancé dans les affaires. Dans leur tandem, il y a le madré et le rugueux, celui qui charme et celui qui impressionne.

Leurs trajectoires sont restées liées. Quand Jean-Noël présidait l'office HLM, Alexandre dirigeait une petite société d'entretien qui révisait la plomberie des immeubles. Et, quand le premier prit du poids au sein de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, le second entra au conseil fédéral et à la commission des adhésions ; sa voix compte toujours dans le choix des investitures au moment des élections. "Parfois, elle compte même double", ricane un élu. Seule sa passion pour le turf semble toute personnelle : il a acquis au moins trois chevaux de course (Vent du Sud, Lord du Sud et Irish Heroes) et figuré parmi les meilleurs éleveurs français.

Reconverti dans le traitement des ordures ménagères, Alexandre Guérini sait en tout cas lier la politique à l'intérêt de ses affaires. Durant les municipales de 2008, il lui est ainsi arrivé de délaisser son frère ­dont il était pourtant le directeur de campagne à Marseille – pour assurer avec l'aide d'un groupe de militants la défaite du maire de La Fare-les-Oliviers, petit bourg des environs de Sa­lon-de-Provence où il possède une décharge ; l'édile en avait refusé l'agrandissement…

Quatre ans auparavant, un épisode moins visible s'était joué à La Ciotat, où il détient un autre dépôt d'ordures – au travers de la société SMA – dont il réclamait l'extension. Le conseil général des Bouches-du-Rhône a exercé son droit de préemption sur le terrain voisin au titre de "la politique de protection des espaces naturels sensibles" et de "la préservation de la qualité des paysages", selon une délibération du 22 novembre 2004 signée… Jean-Noël Gué­rini. Mais le département a ensuite cédé le terrain à la communauté de communes Auba­gne-La Ciotat, qui a donné son feu vert à l'agrandissement de la décharge.

Discrétion. 

Les anciens propriétaires du terrain ont alors saisi la justice pour dénoncer cette manœuvre. "La protection des espaces verts n'a été qu'un vil prétexte pour justifier la préemption, dont l'objet a été détourné au profit de l'extension de la décharge publique", écrivait au tribunal leur avocat. Avec cette allusion explicite : "La personnalité du fondateur de SMA et sa détention du capital attirent l'attention"… Six ans après, la procédure est toujours en cours.

De cela comme du reste, Alexandre Guérini ne veut pas parler. Discret jusqu'à l'obsession, lui qui a toujours pris soin d'éviter les photographes même les soirs d'élection – et qui ne laisse pas même entendre sa voix sur son répondeur téléphonique semble s'être fait invisible. "Il attend sa convocation par les gendarmes", souffle un de ses proches. Il a renoncé à son projet de figurer sur la liste du PS aux régionales du mois de mars et ne répond plus aux appels sur son portable (sollicité à plusieurs reprises par Le Point, il n'a donné aucune suite à nos demandes d'entretien).

Peu avant les perquisitions, il avait réservé ses (maigres) déclarations à une publication confidentielle au nom évocateur : Bak­chich Hebdo. Il s'y flattait de son influence au point de prétendre pouvoir "faire un élu" d'un colleur d'affiches, mais se décrivait comme "un petit qui se bat contre les gros". D'évidence un autoportrait d'une modestie excessive.

A eux deux, les Guérini contrôlent sans partage le PS local comme jadis leurs homonymes gangsters (sans lien de parenté avec eux, mais originaires du même village corse de Calenzana) gouvernaient le milieu marseillais. Défait aux municipales de 2008 par le député (UMP) Renaud Muselier dans le 3e secteur de la ville, le président du conseil général a dû renoncer – pour cette fois – à ravir la mairie à Jean-Claude Gaudin. Mais il a pris sa revanche en réussissant un coup de force : minoritaire en voix, la gauche s'est emparée de la présidence de la communauté urbaine, qui détient aujourd'hui le vrai pouvoir sur les grands investissements locaux, des transports à la propreté et au traitement des eaux et des déchets.

Revirement.

Il y a installé un homme à lui : Eugène Caselli, ancien guichetier de la Caisse d'épargne au tempérament affable, à qui il a adjoint d'office plusieurs collaborateurs de confiance – dont le directeur de cabinet Franck Du­montel, mis en examen par ailleurs dans l'affaire des subventions détournées au conseil régional. Et, pour rompre avec les années Gaudin, une réorganisation des services techniques a aussitôt suivi, supervisée par Alexandre Guérini en personne.

Conséquence : plusieurs dirigeants phocéens de Force ouvrière, syndicat ultra-majoritaire parmi les employés municipaux et les éboueurs, ont été nommés à des postes clés – au passage, le conseil général a racheté la villa de l'un d'entre eux. Dans le même temps, Jean-Noël Guérini opérait un revirement spectaculaire sur les dossiers de la propreté, au cœur des affrontements de la dernière campagne municipale.

Le leader du PS est ainsi revenu sur son serment d'abolir la règle ancestrale du "fini-parti", qui permet aux agents de cesser le travail à la fin de leur tournée et non en vertu d'un horaire. Plus stupéfiant encore : il a levé son opposition au projet d'incinérateur de Fos-sur-Mer, lancé par Gaudin pour éliminer les tonnes de déchets de l'agglomération mar­seillaise et dont le chantier est presque achevé ; il avait pourtant promis haut et fort de l'arrêter au nom du principe de précaution.

Héraut de la contestation contre l'incinérateur, le conseiller général Antoine Rouzaud, autre pilier du système Guérini, a même été fait vice-président de la communauté urbaine et délégué à la propreté, l'assainissement et les déchets. Les élus socialistes opposés à l'incinérateur ont parlé de "trahison". On les a fait rentrer dans le rang. Et l'audit commandé par la collectivité sur ce dossier délicat a été confié à un cabinet d'avocats travaillant pour le conseil général…

Au début du mois, c'est le même Rouzaud qui a involontairement mis le feu aux poudres. En déplorant publiquement que les élus de la commission d'appel d'offres aient refusé d'accorder l'un des juteux marchés des poubelles du centre-ville à la société Bronzo (filiale de Veolia), pourtant désignée par le rapport des services techniques, il a donné le signal du soupçon. Comment les fonctionnaires auraient-ils pu préférer une offre supérieure de 4 millions d'euros à celle du principal concurrent (le groupe danois ISS), qui s'engageait à mobiliser 50 agents de plus ? "Le rapport des services, c'est le point névralgique sur lequel je n'ai aucune prise, admet François-Noël Bernardi, président (socialiste) de la commission d'appel d'offres. Je me porte garant des travaux de ma commission, mais uniquement de cela…" 

"Gomorra".

Résultat : les employés de Bronzo ont bloqué le ramassage des ordures durant six jours et Eugène Caselli, après avoir prétendu saisir la justice, a déclaré l'appel d'offres "sans suite" au nom de "l'intérêt général" – autrement dit le marché a été annulé. Dans l'intervalle se répandait un récit troublant : au cours d'une réunion du PS départemental à Berre ­l'Etang, Caselli et Guérini se seraient violemment disputés au sujet de ce dossier. "Je n'irai pas en prison pour vous !" aurait lancé le premier devant plusieurs élus médusés. Rapportés par Le Canard enchaîné, ces propos ont été démentis par Guérini. Mais Caselli, lui, n'en a rien fait. Plusieurs témoins assurent au Point l'avoir entendu ajouter ce jour-là : "Je ne veux pas que ma mère voie ma photo dans le journal à la page des faits divers…"

Le 9 novembre, en pleine séance du conseil de la communauté urbaine, dans l'hémicycle du palais du Pharo qui surplombe le Vieux-Port, Renaud Muselier, le leader de l'opposition, est allé encore plus loin. "Nous sommes à Marseille, pas à Naples !" s'est-il exclamé avant de déposer, théâtral, sur le bureau d'Eugène Caselli un exemplaire de "Gomorra", le livre de Roberto Saviano qui décrit la corruption des marchés napolitains – et notamment ceux du traitement des déchets – par la Camorra. Ulcéré, Caselli a jeté le livre par terre. La scène a rapidement fait le tour de Marseille.

Depuis, les langues ont commencé à se délier. Dans la ville intriguée, les premiers soubresauts de l'enquête accélèrent la propagation des rumeurs comme une poussée de mistral. Personne ne jurerait que ce vent-là suffira à chasser tous les nuages. Ni que l'affaire ne s'achèvera pas par une tempête.

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jeudi 3 décembre 2009

Perquisitions et élections sèment un vent de panique

Petit rattrapage pour qui aurait raté l'édito de Jean-Laurent Bernard hier matin sur France Bleu Provence. Intéressant.

logo_france_bleu_provenceBonjour.

L'avalanche judiciaire qui semble menacer une partie non négligeable de la vie publique en Provence a semé un joli vent de panique dans l'ensemble de la classe politique. Les descentes de police pour saisir des documents et du matériel informatique ne signifient pas qu'il y a culpabilité, mais au moins enquête. Ni vous ni moi n'avons l'habitude d'être réveillés par des fonctionnaires assermentés qui viendraient retourner nos logements en emportant avec eux des éléments potentiellement troublants.

Et lorsque certains élus balaient d'un revers de main ces perquisitions arguant qu'elles ne signifient rien, ils oublient un peu vite qu'elles ne sont pas banales. Elles sont même extra ordinaires. Au sens premier du mot.

Dans des entreprises, des mairies, conseil général ou communauté urbaine, les juges fouillent depuis des mois d'un bout à l'autre de la région. Le Parti socialiste et l'UMP serrent les dents en espérant passer à travers les gouttes. On peut aussi être dubitatif devant cette brusque accélération de la machine judiciaire, les élections approchent, souhaitons juste que la sacro-sainte indépendance de la justice ne soit pas calquée sur le rythme électoral.

Ensuite, sauf si les personnes qui font l'objet d'une surveillance sont totalement innocentes, celles et ceux qui se savent plus ou moins dans l'illégalité, pour rester pudique, prennent forcément des précautions. Et en plus, tout se sait.

Donc, les téléphones sur écoute et autres disques durs d'ordinateurs ne sont pas une découverte. Pourtant les enquêteurs semblent y trouver des indices, des preuves qui permettent année après année de faire tomber des tricheurs ou des truands.

L'omerta qui fait l'unanimité dans la classe politique régionale depuis le début de cette démonstration de force judiciaire témoigne moins d'un malaise que d'une espèce d'autoprotection. Se garder d'accabler son adversaire. Pas forcément par crainte de se retrouver un jour dans la position de l'arroseur arrosé, mais tout simplement parce que si la justice fait tomber un concurrent, inutile d'en rajouter, seul le résultat compte en politique.

Bonne journée. 

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mardi 1 décembre 2009

La justice met le nez dans les poubelles de Guérini

Bakchich Hebdo, Le Canard enchaîné, Libération, La Provence...  désormais, toute la presse en parle ouvertement. Le conflit qui a pourri les rues de Marseille a fourni une visibilité plus grande à ce qui est en passe de devenir une affaire judiciaire.

            

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Article publié le 30 novembre 2009 sur le site de Bakchich.info

            

Début octobre, un juge a été saisi pour enquêter sur les marchés publics des ordures à Marseille. Depuis les révélations de Bakchich, l’enquête s’accélère et les perquisitions se succèdent.

La semaine passée, des perquisitions avaient eu lieu dans l’entreprise et au domicile dAlexandre Guérini, propriétaire de deux des plus importantes décharges de la région et frère du président du Conseil général, Jean-Noël Guérini. Lundi 30 novembre au matin, selon les informations du Point.fr, ce sont les locaux dudit Conseil, le "Vaisseau Bleu", qui ont été perquisitionnés à leur tour, ainsi que ceux de la Communauté urbaine.

Hier aussi, la section de recherche de la gendarmerie a pu fêter la première audition du dossier. Michel Karabadjakian, directeur général adjoint à la propreté de la Communauté urbaine de Marseille (CUM) a passé deux longues heures soumis au feu roulant des pandores. Au moins le garçon aura-t-il une belle histoire à raconter à son pote Alexandre Guérini (cf.Alex et ses bons copains, en fin d'article), qui demande, lui, à être entendu par le juge. Le traitement de faveur infligé à M. K fait suite aux perquisitions réalisées le même jour dans les locaux du conseil général des Bouches-du-Rhône et de la CUM.

La procédure judiciaire ouverte en avril et qui vise Alexandre Guérini retient notamment les qualifications pénales de "corruption", de "blanchiment d’argent" et de "prise illégale d’intérêt", en plus d’éventuelles "atteintes à l’égalité des candidats dans les marchés", "trafics d’influence" et "détournements de fonds publics". 

             

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Article publié le 18 novembre 2008 dans le journal Bakchich Hebdo

(Journaliste : Xavier Monnier)

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(Clic sur l'image pour agrandir) Le superbe dessin de PieR

            

X La chute de la maison Guérini X

               

Trafic d’influence, voire corruption. Ordures. Par tombereaux. Depuis que les sardines tentent avec entêtement de boucher le Vieux-Port, les conversations se troublent à peine plus qu’une mauresque quand ces vilains mots s’enchaînent. De l’acquis. Jean-Noël Guérini, président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, et son frère Alexandre, patron de la SMA La Vautubière, proprio de deux des plus importantes décharges de la région, répartiraient les marchés des ordures. Sans jamais les prendre en charge directement. L’histoire des patrons socialistes des Bouches-du-Rhône se susurre. Et la justice, jusque-là, se tenait à l’écart des bennes à ordures.

Un vent mauvais…

Mais un vent inhabituel s’est maintenant levé sur la ville. Une information judiciaire pour trafic d’influence, détournement de fonds publics, marchés truqués voire corruption sur plusieurs dossiers liés au marché des ordures. En ligne de mire les deux G. Début octobre, avant même la crise des ordures, Charles Duchaîne, un magistrat de la Juridiction interrégionale spécialisé (Jirs) enquête. Ça tombe bien, un brin retors, volontiers provocateur, "Duduch" aime résister aux pressions. Wait and sea, comme on dit ici.

L’affaire de l’appel d’offres sur le marché des poubelles annulé par la Communauté Urbaine a charrié ce vent mauvais vers le Palais de justice quelques dossiers. "Nous avons bien quelque chose sur le gestion des ordures à Marseille, liée aux frères Guérini, souriait un magistrat du parquet. Nous avons reçu des courriers, bien sûr anonymes. Peu, mais assez précis et circonstanciés. Il a fallu lancer une enquête préliminaire, mettre en place des écoutes". Des courriers, datés et précis, que Bakchich a pu consulter. Toujours la même fable, celle des frères Guérini régnant sans partage, sur l’ordure. Sauf que désormais un juge est saisi.

S’il laisse souvent sa très belle Mercedes à la cave, et se la joue discrète, des amis d’Alex sont cités en ville, éclaboussés, ils ont subitement des noms d’embruns (cf. Alex et ses bons copains, en fin d'article).

Dans l'imaginaire marseillais, le nom de Guérini n’est pas rien. Deux autres frères ont régné ici, sur le Milieu. Antoine et Mémé, de la Libération au crépuscule des années Defferre, fin 70. "Mais dans notre village, en Corse, il y a cinquante familles Guérini", s’énerve Alex, qui a reçu Bakchich Hebdo, "on ne va pas s’excuser de notre nom. Tout cela ce n’est qu’une construction politique pour salir mon frère, et empêcher un petit entrepreneur d’exister face aux géants du marché". Difficile de plaider le pot de terre contre le pot Defferre.

"Nono et Alex ont leur caractère, plutôt direct", confie un élu PS

Une vieille huile marseillaise, croisée aux abords de l’abbaye Saint-Victor, sourit. Le spectacle avec vue sur le Vieux-Port, enchante : "On sent que ça bouge. Les élus et responsables, sous la coupe de Nono, commencent à se demander ce qui se passe. Et n’attendent qu’un signe pour le lâcher. Le système vacille".

Mais voilà qu’un élu rose passe. Pas de présentation. "Si je dis que je suis avec Bakchich, en deux minutes on téléphone à Guérini et je me fais avoiner… Les gens sont peu de choses. Pour une voiture de fonction, ils sont prêts à avaler des boas. Et puis Nono et Alex ont leur caractère. Plutôt direct et sont capables de virer du jour au lendemain. Ça crée un climat".

Énorme employeur (8.000 postes), gorgé de subventions, le Conseil général a le budget qui va avec, 1,87 milliard d’euros. Un magot suffisant pour ne se faire que des amis.

Et l’Elysée scrute plus que Solférino cette météo. Le Château a un tropisme marseillais. Christian Frémont, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, qui s’est naguère échiné comme préfet de région ici. Ancien préfet de police de Marseille, Bernard Squarcini, a quitté le Vieux-Port pour diriger la DCRI. Et légué la surveillance de la ville à un proche, le préfet Claymans. Eux savent qu’il vaut mieux regarder quand la bouillabaisse bout.

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Alex Guérini a plein de bons copains

Alex n’a pas caché à Bakchich qu’Antoine Rouzaud, le monsieur poubelles de la CUM "est un ami". Mais qui n’est pas ami dans cette communauté universelle ?

Jean-Pierre Roncin, un expert venu de la mairie (alors FN) de Marignane, pour s’occuper des "transports et de l’aménagement des espaces" est aussi un camarade. En devenant directeur, cet artiste a révélé à Karim Zéribi, un élu de Marseille : "Moi, le transport, j’y connais pas grand-chose…". Pas grave, il apprendra.

Toujours à la CUM, Michel Karabadjakian, (auditionné hier lundi) qui dirige "la propreté l’écologie et le maritime" est sur la liste des potes. Et au Conseil général, Gérard Lafond, le directeur général de "la construction, l’environnement, l’éducation, et du patrimoine" pourrait figurer dans le Facebook d’Alex. Ce technicien de grande qualité possède, parait-il, le grand art de convaincre.

"Bien sûr que je les connais. Comme tout le monde. Comme toutes les sociétés les connaissent. Mais moi quand je les appelle ce n’est pas pour le business, c’est pour que ma ville soit propre et qu’ils se bougent le cul." Entre militants, c’est interdit ?

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lundi 30 novembre 2009

Les "Gérard", des récompenses à pourrir de rire…

C'est lundi. Pour aujourd'hui, j'ai hésité entre encore un vilain sujet à nous pourrir la semaine et un billet plus aérien pour rire dans une semaine. Allez, lâchons-nous.

J'ai toujours été frappé par ce phénomène récurrent, le foisonnement d'humoristes et de comiques en période de maladive morosité. Et, depuis quelques années, crise aidant, c'est carrément l'inflation.

Bien sûr, tout est loin d'être bon là-dedans. On voit pas mal de nullards qui pensent avoir trouvé le filon en nous gratifiant d'anecdotes sans intérêt et de pétomaneries genre grivoiseries inconsistantes et bien grasses, si vous voyez qui je veux dire, censées à la fois plaire à tout le monde et ne fâcher personne.

Pourtant, en dépit de la médiocrité submergente, et à mille lieues au-dessus d'elle, on se sent déjà un peu mieux lorsqu'on décèle du construit, du rentre-dedans et de l'efficace. C'est plutôt vers cette catégorie que penchent mes petites préférences. Tout cela dépend des goûts. Pour ne parler que des vivants et même bons vivants, j'aime bien les Guy Bedos, Christophe Alévêque, Stéphane Guillon, Didier Porte et François Morel qui ont un sens de la formule qui tue.

Rayon presse, j'apprécie aussi Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo et Siné Hebdo qui n'y vont pas par quatre chemins pour balancer. A la télé, parmi ceux qui me font rire, il y a les gugusses ose-tout aux gros sabots de Groland et, moins connus du grand public, les chansonniers du Théâtre des Deux Anes qui, chaque mois, font une revue de presse aussi désopilante que caustique.

Il faut dire que nous sommes gâtés. On dirait que certains politiques font vraiment tout pour prêter flanc à la satire. Et comme leurs consternantes turpitudes en tous genres contribuent largement à faire baisser le niveau de la morale publique et du débat estimable, il n'est donc guère étonnant ou choquant que nos talentueurs y trouvent matière nutritive pour s'en donner à cœur joie et remettre tout le monde à sa place. Jamais on n'aura autant brocardé des personnalités de premier rôle, des ministres, et même un président, avec cette férocité qui pourrait bien cacher un cri de désespoir.

La prochaine salutaire gaudriole sur les faux-culs et le pire du grand barnum qu'est devenue la télévision se déroulera exactement dans une semaine. C'est lundi en effet qu'aura lieu la cérémonie annuelle des Gérard, joyeux pastiche des soirées de remise de récompenses. Ce soir-là, pour les plus méritants, pas de statuettes, pas de coupes, pas de médailles, pas de chèques, pas de bouquets de fleurs. Non, non, juste des trophées en forme de parpaings finement dorés à la bombe pour rendre la moquerie plus railleuse. Et des vainqueurs à pourrir de rire.

Ce sera un peu notre vengeance et nous pourrons sourire sans risque.

         

Les_Gerard

          

Parmi la quinzaine de catégories retenues par le décapant jury de l'Académie des Gérard, voici une sélection qui devrait assurer aux lauréats un avenir en béton :

Ÿ Gérard du titre d'émission d'Arte qu'on comprend pas, alors qu'il est même pas en allemand

Ÿ Gérard de l'animateur à qui plus personne ne veut faire la bise car à force de lécher le cul de ses invités, il a une haleine de tout-à-l'égoût

Ÿ Gérard de l'animateur qu'on confond toujours avec un autre animateur

Ÿ Gérard du gros has-been qu'on a récupéré dans les poubelles du PAF pour lui donner une dernière chance, et bizarrement, c'est toujours aussi ringard

Ÿ Gérard de l'invité idiot

Ÿ Gérard de la personnalité qui bénéficie le mieux des réseaux de son mari

Ÿ Gérard de l'animatrice tête à claque

Ÿ Gérard de l'animateur tête à claque

Tout sur les "Gérard" :

http://www.paris-premiere.fr/content/emissions/les-gerard/ceremonies.html

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vendredi 27 novembre 2009

Office HLM d'Aix : Des sanctions… et des mystères

logo_OPAC

         

Certains jours, je me gratte la tête, que j'ai dure mais encore assez alerte pour ne pas faire de fixette. Et je me demande si je ne ferais pas mieux de convertir mon blog chéri en simple chronique judiciaire. Je ne sais si cela plairait mais je dois bien avouer que l'accumulation de tant de turpitudes aixoises m'encouragerait parfois à virer de cap.

Tenez, hier même, on apprenait donc la dernière. Jusqu'à la prochaine, s'entend.

Il a fallu exactement quatre ans pour qu'une procédure initiée par François-Xavier De Peretti auprès du procureur de la République soit enfin jugée devant le tribunal correctionnel. L'élu avait déposé plainte au sujet d'un marché public de l'Office HLM Pays d'Aix Habitat présidé par Maryse Joissains.

Pour dire l'essentiel, il était question d'un appel d'offres portant sur la désignation d'un architecte-conseil auprès de l'office, attribué à un candidat plutôt mal placé en termes de prix. Et c'est là que les choses prennent un mauvais tour.

Le directeur de l'OPAC, Dominique Bindler, déjà le cinquième nommé au cours des quatre premières années du mandat municipal, recasé laborieusement il y a peu au poste de directeur du Centre de formation des apprentis, était soupçonné d'avoir aidé au choix de l'architecte gagnant.

Des personnels haut placés de l'office public avaient pourtant tenté de s'opposer à cette manière de faire. En vain. Maryse Joissains est mise au courant. Un employé revendique l'avoir informée mais Dominique Bindler assure que c'est lui-même qui a vu le maire. Peu importe.

Une décision est prise : un avocat spécialiste des marchés publics est sollicité pour trouver une porte de sortie présentable, autrement dit, rendre plus conforme ladite candidature. Malchance, dans son rapport, le spécialiste ne peut éviter d'évoquer des irrégularités dans la passation du marché. Résultat : ledit marché est annulé juste avant le dépôt de plainte. Il reste cependant des documents écrits. Et l'affaire prend la route de la justice.

Avant-hier donc, Dominique Bindler, passant en première instance pour entendre le jugement, a été condamné à six mois de prison avec sursis et à 10.000 euros d'amende pour délit de favoritisme, les principes d'égalité des candidats et de transparence n'ayant pas été respectés. Le candidat a, quant à lui, écopé de 5.000 euros d'amende.

Cela faisant, le tribunal a eu la main plus lourde que celle de la présidente qui avait réclamé une amende mais pas la prison avec sursis pour le premier et seulement une interdiction d'exercer une profession dans le cadre de l'infraction commise pour le second. Les deux condamnés ont immédiatement fait savoir qu'ils allaient faire appel de la décision.

Lors de l'audience d'octobre, la présidente du tribunal avait laché : "Quel dommage qu'elle (Maryse Joissains) n'ait jamais été entendue". Mais que voulait-elle donc dire ? Il faudra attendre la prochaine séance pour un jugement définitif.

Ce qui vient de se passer est finalement une bonne illustration dans le feuilleton qui touche l'office depuis huit ans.

         

D'autres énigmes à résoudre…

          

gif_point_dinterrogationSans revenir ici sur l'absence criante de politique de construction de logements sociaux par l'office public HLM, dont c'est pourtant la mission première, ni sur la gestion faillitaire et l'état catastrophique de l'établissement présidé par Maryse Joissains jusqu'à ces derniers mois, d'autres mystères demeurent.

Contentons-nous de n'en citer que trois.

D'abord, rappelons ces deux cambriolages similaires et non moins rocambolesques dans les bureaux du nouveau et coûteux siège du Jas de Bouffan qui avaient vu s'envoler quelques ordinateurs. Pas n'importe lesquels. Ceux qui contenaient les listings des attributions de logements. Pas de nouvelles depuis. Bizarre, bizarre.

Puis, revenons sur l'affaire de l'énigmatique enveloppe contenant des informations confidentielles frauduleusement extraites du fichier STIC concernant Dominique Bindler, déposée dans la boîte aux lettres du domicile de Maryse Joissains. Qui a eu cette idée saugrenue ? Pourquoi ce parcours loufoque ? Et quel en était le véritable objectif ? Extravagant, hein ?

Enfin, au mois de mai dernier, alors que commençait à pointer à l'horizon politique l'éventuel risque d'une campagne électorale estivale, Maryse Joissains déclarait qu'elle allait saisir le procureur pour la découverte de fausses factures au sein de l'office. Après tout, surprise pour surprise, on n'en est plus vraiment à un éclat près. Mais on aimerait bien savoir où en est l'enquête, si elle a eu lieu. Troublant, non ?

Pourtant, il faudra bien qu'un jour le silence soit brisé.

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mercredi 25 novembre 2009

Tract ordurier : Les curieux propos de Joissains...

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"Je dispose de quatre témoignages qui ont été rédigés sous contrôle d'huissier."  […] "Aujourd'hui, je sais qui a écrit ce tract et l'a diffusé. Je me donne une dizaine de jours pour saisir le Parquet. Je déposerai plainte contre X mais je donnerai des noms."

Ainsi s'est exprimée Maryse Joissains dans La Provence samedi dernier au sujet de ce qui a contribué à envenimer puis à faire annuler l'élection municipale de mars 2008.

A première lecture, ces déclarations faites à l'indicatif visent à établir que l'énigme est résolue : l'ex-candidate redevenue maire sait qui a écrit le tract et elle donnera des noms. Il ne reste plus à la justice qu'à confondre le ou les auteurs et à juger.

En relisant bien, cela sonne étrangement. Et le doute s'installe. Reprenons donc les expressions une à une.

"Je dispose de quatre témoignages" : selon Joissains, plusieurs personnes auraient entendu dire, vu, ou su qui était à l'origine du tract. Questions. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps, et surtout après la décision du Conseil d'Etat de juin 2009 qui a annulé l'élection municipale de mars 2008, pour témoigner ? Qui sont ces quatre personnes ? Qui les a retrouvées ou contactées et comment, sauf à penser qu'elles auraient agi spontanément et concomitamment après l'annulation ?

"Aujourd'hui" : est-ce à dire qu'il a fallu plus d'un an et demi pour obtenir et réunir ces présumés éléments de preuve ?

"Je sais qui a écrit ce tract et l'a diffusé" : dire cela signifie par conséquent que le ou les auteurs et les diffuseurs sont identifiés, avec certitude et nommément. Pour mémoire, les deux plaintes initiales respectives de Maryse Joissains et de François-Xavier De Peretti n'avaient pas abouti faute d'éléments probants. On avait aussi cru comprendre qu'en défense au tribunal administratif puis au Conseil d'Etat, Joissains avait plaidé une diffusion nulle ou, à tout le moins, très restreinte. Alors, il faudrait savoir.

"Je me donne une dizaine de jours pour saisir le Parquet" : Joissains doute-t-elle ou agite-t-elle une menace ? Si elle détient des preuves, pourquoi ne pas agir sans perdre de temps ?

"Je déposerai plainte contre X mais je donnerai des noms" : cette annonce-là est peut-être la phrase la plus inouïe. A-t-on jamais vu quelqu'un qui connaît les noms des responsables (on ne peut imaginer qu'il s'agisse de ceux des témoins) porter plainte contre X ?

Au final, que faut-il comprendre et comment interpréter ces déclarations ?

N'auraient-elles pas, simple hasard bien sûr, un certain rapport avec la perspective de la prochaine décision du tribunal administratif portant sur l'annulation, ou pas, de l'élection de juillet ? Ne serait-ce pas là une manière de prendre les devants pour jouer une fois de plus l'intimidation, puis la victimisation ? Ou encore une grossière manœuvre de communication tendant à créer un climat à trois semaines de la décision du tribunal, voire, pour plus tard, si le Conseil d'Etat devait statuer une nouvelle fois, puisque Joissains déclare maintenant qu'elle "ira devant lui" le cas échéant ?

Réagissant à ces propos, De Peretti, visé par le tract au premier chef tout comme certains de ses colistiers, a émis deux hypothèses.

gif_bombe"Si les témoignages sont crédibles, je la remercie de pouvoir m'aider à débusquer ceux qui ont fait cela. En revanche, s'il s'agit d'une procédure incertaine, d'une manœuvre politique qui n'a pour but que d'influencer l'opinion aixoise ou le juge administratif chargé d'examiner le nouveau recours, je lui promets une disqualification morale, judiciaire et politique. Sans précédent."

On ne saurait mieux dire. A mon avis, ça sent fort la poudre noire…

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