mercredi 23 juin 2010

"Le Ravi" de juin crève le ballon du fric foot…

une_ravi_75Non sans un brin de vantardise, Le Ravi n° 75 de juin (2,80€) érige sa grosse une sur le fric foot, avec cinq pages d'enquêtes qu'il faut lire pour ne pas passer pour un anencéphale. On découvrira aussi une double page dessinée sur le titre de l'OM, un reportage sur les "désobéisseurs de l'Islam" de notre région, des nouvelles de nos villes voisines, un dossier sur les menaces que le projet de réforme des collectivités territoriales fait planer sur le secteur culturel et une interview exclusive de Bruno Genzana, "la girouette qui garde le cap à droite". Le tout illustré d'une fort sympathique collection de dessins originaux et caustiques.

Le sommaire du n° 75 du "Ravi" :
http://www.leravi.org/spip.php?article964
Le site du Ravi :
http://www.leravi.org/

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mardi 22 juin 2010

Marseille 2013 : Les réponses de Bernard Latarjet

ravi_latarjetDes doutes s'expriment sur le projet Marseille 2013. Michel Pezet a été le premier à les mettre sur la place publique. D'abord, dans Le Ravi, puis lors d'une conférence de presse aux côtés de Jean-Noël Guérini qui a confirmé le vote de la participation financière du Conseil général, et encore une fois à la télévision ce samedi midi. Lors de cette conférence de presse du 7 juin, Bernard Latarjet, directeur général de Marseille Provence 2013, n'a pas pu faire autrement que de répondre aux questions des journalistes. Il en a profité pour répondre aussi aux inquiétudes exprimées par Michel Pezet. En voici des extraits mis en ligne sur le site du Ravi.
(Clic sur l'image pour agrandir)

Grands équipements culturels de Marseille
"Je remercie le Conseil général d’abonder de 5 millions d’euros pour la mise aux normes des grands équipements marseillais que sont l’Opéra, la Criée, le Palais Longchamp et le Palais Carli. J’ai reçu des assurances de la part de l’Etat et de la ville de Marseille quant au financement des travaux sur ces équipements pour 2013. Ils devraient être annoncés dans quelques jours."

Le calendrier des travaux
"Pour que ces équipements soient opérationnels pour 2013, il faut que les travaux démarrent le plus vite possible et qu’il n’y ait pas de contretemps de chantier. Ce n’est pas impossible, mais c’est franchement serré."
La grande expo au musée des Beaux-Arts
"La grande expo 2013 devrait avoir lieu au Musée des Beaux-Arts, avec une déclinaison au musée Granet à Aix et au Musée de l’Arles Antique. Mais, si par malheur, le musée du Palais Longchamp n’était pas prêt, tant sur le plan des salles que de la sécurité, toute l’expo serait remise en cause. Il n’y a pas de plan B. Et ce serait un énorme scandale qui jetterait une ombre sur 2013."
Les projets des acteurs culturels
"Le dépôt de dossiers s’arrête le 30 juin. Nous en sommes à 1400 propositions. Nous allons passer le reste de l’année à étudier les propositions et les soumettre au Conseil d'administration. Nous ne communiquerons pas avant la fin de l’année sur les projets retenus."

Mécénat
"Nous sommes en bonne voie pour trouver les quatre grands partenaires qui vont s’ajouter à la Poste. Ils vont s’engager sur 1,5 millions d’euros et une visibilité transversale sur 2013. Deux sont signés, deux sont encore en train de finaliser. Chaque partenaire communiquera quand bon lui semblera. Nous avons plus de mal avec les partenaires projets, qui est l’étage en-dessous."
Territoire Marseille-Provence 2013
"Pour l’instant, certaines villes et quelques intercommunalités du territoire  (comme par exemple le SAN Ouest Provence) n’ont pas encore formalisé leur intégration dans Marseille-Provence 2013, préférant pour l’instant rester en partenaires extérieurs. D’ici la fin de l’année, il faudra qu’ils s’engagent ou qu’ils restent à l’extérieur. Mais ce sera définitif à cette date. Le territoire de 2013 en sera forcément modifié, ainsi que son programme."
Politique
"Je n’ai aucun problème avec les élus politiques, qu’ils soient de gauche ou de droite. Tout se passe bien ici. La seule chose que je puisse remarquer sur la particularité locale, c’est sa propension à l’auto-flagellation." 
                                                     Propos recueillis par Stéphane Sarpaux

L'interview choc de Michel Pezet dans Le Ravi :
http://castronovo.canalblog.com/archives/2010/05/21/17962120.html

Son interview dans La Provence :

http://castronovo.canalblog.com/archives/2010/05/31/18060035.html

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dimanche 20 juin 2010

Michel Pezet fait entendre.... sa voix libre

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Samedi midi, la première partie de l'interview télévisée de Michel Pezet par les journalistes de France 3 et France Bleu Provence a porté sur Marseille Provence capitale de la culture 2013, la seconde a été plus politique. Des propos clairs et directs, des formules percutantes, de l'humour… la marque et le style Pezet. Mais, bon, on dira sans doute que je suis (un peu trop) partial. Alors, à chacun de juger.

Pour voir (ou revoir) l'émission du 19 juin 2010 :
http://info.francetelevisions.fr/video-info/index-fr.php?id-categorie=EMISSIONS_LA_VOIX_EST_LIBRE_PROVENCE_ALPES

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vendredi 18 juin 2010

Michel Pezet invité de France 3 ce samedi à 11h30

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Ce samedi à partir de 11h30, Michel Pezet est l'invité de l'émission "La voix est libre" sur France 3 Provence Alpes. Il sera interrogé sur le projet Marseille Provence capitale européenne de la culture 2013.
Une bonne occasion d'écouter la différence…

http://mediterranee.france3.fr/la-voix-est-libre/index.php?page=article&numsite=6203&id_rubrique=6224&id_article=14201

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Ah, si Le Canard et René Dosière n'existaient pas…

(Clic sur les images pour agrandir)
Pour un meilleur confort de lecture,
j'ai découpé le tableau en deux parties et l'ai agrémenté de couleurs
tableau_dosiere_1

C'est à se demander vraiment s'il n'y a que Le Canard enchaîné qui ose faire son boulot pour débusquer, semaine après semaine, les scandales de la République. Les plus hypocrites dans tout ça, ce sont les médias qui reprennent, sans trop se fatiguer ni rougir, les informations du palmipède avec la phrase d'accroche "C'est Le Canard enchaîné qui le révèle, une nouvelle affaire, etc."
Rien que ces derniers temps, plusieurs ministres se sont fait alpaguer sur des histoires de logements, de rémunérations et de frais de déplacements. Une fois démasqués, les voilà contraints d'abord à faire des pirouettes, puis à baisser les yeux et enfin à ravaler leurs prétentions qui ressemblent à de belles escroqueries. Le tout alors que des millions de citoyens crèvent de faim et n'ont ni toit ni emploi.
Parmi les parlementaires les plus actifs, le plus pugnace est sans aucun doute René Dosière, qui s'est spécialisé dans les comptes - tous les comptes - publics et en particulier ceux liés aux dépenses des élus et des hauts fonctionnaires. Ses recherches menées avec ténacité ont aussi plusieurs fois mis au jour les sommes folles dont sont friands les services de l'Etat, à commencer par la présidence de la République.
Le député de l'Aisne tient un blog très instructif qui publie régulièrement l'état de ses investigations. Il y indique entre autres qu'il lui est parfois malaisé d'obtenir tous les renseignements. Autrement dit, on ne lui facilite guère la tâche. Le 10 juin, il a mis en ligne un tableau de synthèse sur les avantages en nature dont disposent les ministres. Il s'agit de données portant sur l'année 2007. Le député travaille à présent à leur actualisation.
Le Canard enchaîné et René Dosière, deux enquêteurs en chef indispensables !

tableau_dosiere_2
Le blog de René Dosière :

http://renedosiere.over-blog.com/
Son activité parlementaire :
http://www.nosdeputes.fr/rene-dosiere
Sa page sur le site de l'Assemblée nationale :
(où il est possible de lui envoyer des messages d'encouragement)
http://www.assemblee-nationale.fr/13/tribun/fiches_id/1155.asp

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mercredi 16 juin 2010

Les mœurs électorales d'Aix... du tract au tacle

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Si l'élection municipale de 2009 était elle aussi annulée, les mœurs politiques aixoises pourraient bien, encore une fois, barboter un peu plus profond dans les marécages.
J'ai lu et relu attentivement les deux pages parues hier dans La Provence. Onze mois après le scrutin de juillet 2009, nous dit-on, la décision du Conseil d'Etat portant sur le nouveau recours en annulation tarde à venir. Mais si l'on considère que la précédente annulation, prononcée pour d'autres motifs que ceux de la présente contestation, a nécessité quinze mois, ce "retard" n'est pas incongru en soi s'agissant d'une ville de la taille d'Aix.
Le point de situation fait par le quotidien n'est cependant pas inutile. D'autant que, outre le rappel des circonstances et des faits, le dossier apporte un ensemble d'éclairages sur les procédures et, surtout, sur les postures actuelles et à venir des parties en présence.
Si le travail de fourmi auquel s'est livré Alexandre Medvedowsky pour étayer son recours auprès du tribunal administratif a été infructueux à l'exception de la réduction de l'écart de voix du second tour, la réplique de Maryse Joissains a convaincu le tribunal qui lui a accordé la victoire.
L'appel formulé par Alexandre Medvedowsky devant le Conseil d'Etat reprend l'essentiel de son raisonnement en première instance, avec une insistance plus marquée sur l'aspect litigieux qu'auraient revêtu des paquets de procurations et de nombreuses disparités de signatures sur les feuilles d'émargement.
On peut aisément imaginer qu'un second contrôle par le Conseil d'Etat finisse par retenir ces arguments. Il ne manque pas d'exemples d'annulations acquises sur de tels critères et parfois pour moins. On en est là et seule la plus haute juridiction en droit pourra statuer et en tirer ses propres conclusions.
Les jurisprudences en matière électorale forment un abondant corpus jamais clos. On a vu, entre autres, des inversions de résultats, des annulations avec ou sans inéligibilité ou même des annulations consécutives (le dernier cas en date étant celui de Corbeil-Essonnes).
Quoi qu'il arrive pour Aix, la surprise, si surprise il y a, viendra peut-être des motifs retenus ou rejetés mais pas du fait qu'une élection ne puisse être rejouée une troisième fois.

De bien crapoteuses manières

Venons-en maintenant à ce que j'ai appelé le barbotage. C'est bien connu, lorsqu'il s'agit de conquérir ou de conserver des pouvoirs, on voit malheureusement surgir de bien crapoteuses manières.
Sans retracer d'illustres et méprisables épisodes qui ont trop souvent ponctué la vie politique aixoise depuis plusieurs décennies, des agissements plus frais dans nos mémoires de ces deux dernières années le démontrent à souhait. Comme par exemple l'affaire du tract ignominieux et inadmissible touchant à la sphère privée présumée de certains candidats en 2008.
François-Xavier De Peretti avait porté plainte pour diffamation. Maryse Joissains avait aussi répliqué par une plainte pour dénonciation calomnieuse mais qui avait été classée sans suite. En juin 2008, l'élection fut cassée suite au recours formé par Stéphane Salord portant précisément sur la nature du tract et les propos de Maryse  Joissains.
En novembre 2009, rebelote. Après sa réélection, Maryse  Joissains déclarait qu'elle disposait désormais de quatre témoignages et qu'elle savait qui avait écrit et diffusé le tract. Et là encore, aucune suite connue donnée par la justice.
Quant à ses propos jugés graves et diffamatoires par Alexandre Medvedowsky notamment du fait qu'il avait été conseiller d'Etat, ce dernier n'a pas obtenu gain de cause.
Voilà à présent, c'est La Provence qui le rapporte, que dans l'éventualité d'une nouvelle annulation, Maryse Joissains fait entendre, parmi d'autres reproches, que "certains colistiers d'Alexandre Medvedowsky ou leurs proches pourraient avoir des ennuis avec la justice".
Décidément, Aix n'est pas Le Puy-en-Velay, ville réputée à juste titre pour faire dans la dentelle. Et, finalement, on ne sait plus s'il faut respirer un bon coup ou se pincer douloureusement le nez tant ça dégage. En tout cas, pour sûr, ça promet !

Trois articles de La Provence :
http://www.laprovence.com/article/region/a-aix-les-elections-toujours-sous-la-menace-du-conseil-detat
http://www.laprovence.com/article/politique/les-municipales-daix-annulees-pour-propos-injurieux-et-diffamatoires
http://www.laprovence.com/article/region/municipales-daix-maryse-joissains-contre-attaque

Mon article sur le tract ordurier :
http://castronovo.canalblog.com/archives/2009/11/25/15919408.html

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lundi 14 juin 2010

Aix, ses élus et ses élites : Aujourd'hui, Salord

Dans la rubrique "la vie des grands fauves", après les palpitantes tribulations d'Alexandre Medvedowsky à Moscou et les non moins vibrantes équipées de Maryse Joissains à Paris, re-voici les déchirantes odyssées de Stéphane Salord pour les Comores.
J'avais relaté il y a déjà un mois et demi l'information concernant son limogeage de la fonction de consul honoraire. A son tour, la presse locale vient de consacrer plusieurs articles à cet épisode. Réjouissons-nous de la grandeur des exploits extérieurs de nos élites, notre attente de les voir œuvrer aussi à Aix n'en pourrait être que mieux récompensée.

(Clic sur les images pour agrandir)
Dans "Le Ravi" de juin :
salord_texte_ravi_capture
salord_dessin_ravi
Dans "La Provence" :
salord_provence_1
salord_provence_2
Mon article du 30 avril sur le limogeage de Salord :
http://castronovo.canalblog.com/archives/2010/04/30/17736148.html

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vendredi 11 juin 2010

Collectivités locales : Le jeu de loi des deux Joissains

joissains

"Le raid des élus du Pays d'Aix à l'Elysée", tel était le titre en une renvoyant à deux pages départementales et à un article en page régionale de La Provence d'hier, le tout illustré de pas moins de dix photos, pour rendre compte de la manifestation menée par Maryse Joissains. Voyons cela de plus près.
Ÿ Maryse Joissains a été reçue avec une délégation limitée à dix élus (sur une quarantaine) par le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy.
Résultat du "raid" : "la délégation a pu exprimer ses inquiétudes". Un "assaut" qui laisse un peu raide.
Ÿ Dans mon précédent article, parce que Sophie Joissains avait voté pour le projet de loi sur les collectivités territoriales, je m'interrogeais sur sa présence à ce déplacement parisien. Quand on consulte sa page sur le site Internet du Sénat, on ne trouve aucune trace d'une quelconque prise de parole de sa part lors de l'examen du texte qui a pourtant été débattu en plusieurs séances étalées neuf jours.
Faut-il alors comprendre qu'elle aurait voté favorablement sans en mesurer l'importance ? Il y a tout lieu de le croire. Sinon comment expliquer son revirement - car c'est gonflé quand même - en accompagnant les contestataires à Paris ? D'où l'on apprend qu'elle serait maintenant prête à voter contre la loi en deuxième lecture au Sénat fin juin. La sénatrice Joissains a-t-elle eu conscience que son vote "aveugle" a contribué à faire passer le texte qui n'a franchi la majorité qu'à 19 voix près (174 pour, 155 contre) ?
Ÿ Interrogé par La Provence sur la fronde des élus, Renaud Muselier parle "d'une véritable erreur politique". Ajoutant au sujet de Maryse Joissains : "La logique aurait sans doute été de s'exprimer au sein des commissions ou à l'Assemblée, ce que n'a jamais pris la peine de faire Maryse Joissains." […] "Ce n'est pas très élégant de voter contre son camp quand on a été aussi soutenu qu'elle l'a été lors de ses moments difficiles." Beau règlement de comptes !
Renaud Muselier dit vrai à seulement 99,99% sur l'implication de Maryse Joissains dans le débat sur la loi. Car les comptes-rendus des discussions en commission des lois relèvent qu'elle n'a pris la parole qu'une seule fois le 12 mai, sur un aspect mineur de la réforme (lire son intervention ci-dessous), et qu'elle n'a fait aucune intervention dans l'hémicycle lors des huit journées de débats répartis en seize séances.
S'agissant du "vote contre son camp", Renaud Muselier va prendre un autre coup de sang si Sophie Joissains vire aussi casaque. Enfin, toujours selon Renaud Muselier, les soutiens à Maryse Joissains, en particulier lors de la municipale de juillet 2009, auraient été prépondérants dans sa réélection. Ce que dénie le maire d'Aix : "L'an dernier, ils sont venus, ça m'a fait plaisir… Mais, je ne suis pas certaine qu'ils m'aient apporté ne serait-ce qu'une voix." Une non, mais une petite centaine pour son sauvetage sûrement…
Ÿ Jamais à court d'outrance, Maryse Joissains explique son "combat" actuel contre cette réforme en usant une fois encore d'arguments très discutables. Selon elle (son interview du 9 juin), "la réforme a été préparée par la technocratie nationale, par des hauts fonctionnaires super-payés qui bénéficient de statuts intouchables et d'un train de vie sans contrôle quand les élus, eux, sont montrés du doigt." […] "Cette réforme a été pensée par le chef de l'Etat mais elle a été dévoyée par la haute administration centrale."
L'incartade est grosse ! La faute reviendrait aux fonctionnaires et exonèrerait donc le président de la République de toute responsabilité politique ? Il serait donc manipulé et ne dirait rien, lui qui sait tout, qui décide tout, qui fait tout ? Il aurait donc laissé passer sans broncher un texte défendu par le premier ministre au Sénat et à l'Assemblée nationale ? Vite un chapiteau, que l'on applaudisse la farce !
Selon ce raisonnement peu glorieux, Maryse Joissains serait alors elle aussi sous l'emprise de ses fonctionnaires à la mairie et la CPA. Qui peut cautionner pareille embrouille ? La vérité est qu'il est plus facile de tirer sur des fonctionnaires que d'admettre les bévues, sinon les fautes, politiques du président qu'elle soutient.
Ÿ Pour finir, je voudrais abonder dans le sens du commentaire de Nicolas Rey dans La Provence qui compare la manifestation de mercredi à celle pour le tracé de la ligne LGV. L'opération "allons voir à Paris si nous y sommes" ressemble fort à une manœuvre fort opportune pour jouer les gros bras localement. Ayant constaté l'unanimité des maires de la CPA, en avance sur elle contre le projet de loi sur les collectivités, Maryse Joissains a flairé le bon coup. Une façon de paraître à l'unisson des communes pour ménager les tensions de plus en plus ouvertes depuis quelques temps au sein de la CPA.
Et qu'on n'aille pas penser à mal, la perspective d'une décision du Conseil d'Etat entraînant éventuellement une nouvelle annulation de l'élection municipale n'est que pure coïncidence…

(Clic sur l'image pour agrandir)
La seule intervention de Maryse Joissains en commission des lois
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mercredi 9 juin 2010

Loi sur les collectivités : Joissains contre, Kert pour !

assemblee_nationaleHier a eu lieu le vote sur l'ensemble du projet de loi de réforme des collectivités territoriales avec 516 suffrages exprimés sur 565 votants, 276 pour l'adoption, 240 contre. Il y a donc eu 49 abstentions dont 22 députés du groupe Nouveau centre, membre de la majorité, et 26 UMP. La procédure utilisée a été celle du scrutin public, ce qui veut dire avec vote nominatif. Parmi les votes contre, on trouve Maryse Joissains et Richard Mallié. En revanche, Christian Kert a voté pour.
Cela fait plusieurs semaines que des élus locaux de tous bords, beaucoup de maires, s'insurgent contre cette réforme qu'ils voient comme une amputation de leurs compétences. Il y a quelques jours encore, quasiment tous les maires de la CPA réitéraient leur opposition à ce qu'ils considèrent être un "sacrilège" touchant la démocratie de première proximité. Plus largement, l'union des maires des Bouches-du-Rhône s'est elle aussi prononcée contre ce funeste projet de loi. Bref, l'exaspération est générale.
"Monsieur le Président, vous nous avez ficelé une cagade, nous n'en voulons pas !" Ainsi s'est exprimée Maryse Joissains devant les maires. Il faut le dire ici, un lieu où les propos ne sont pas toujours tendres à son égard, dans cette affaire, Maryse Joissains a eu le courage d'aller contre son camp, comme elle l'avait annoncé. Là, je dis bravo, tout en relevant cependant qu'en janvier elle avait voté pour la fusion des conseils régionaux et généraux.
Quant à Christian Kert, qui participé à plusieurs réunions avec les élus locaux et au côté de Maryse Joissains, et le seul à ne pas applaudir, il avait indiqué qu'il ne voterait favorablement qu'en vertu de l'ultime mouture du texte, une réserve qu'il avait consignée sur son blog. A mon avis, ce subterfuge était destiné à esquiver les critiques lors de ces réunions. Car, à peine huit jours après, on se demande bien quelle évolution capitale il a pu relever pour qu'à l'Assemblée nationale il suive le chemin de la docilité. Lui qui rêve du centre, vous savez cette voie qui mène souvent au fond du couloir à droite (paroles de Edgar Faure), a plié son étendard.
Sur son blog, pas plus tard que lundi, il en avait d'ailleurs fait un aveu manifestant ainsi une belle souplesse d'échine : "J’oubliais : le plus prestigieux des centristes, c’est peut-être le Président de la République lui-même qui, nous recevant à l’Elysée, nous déclarait tout de go : "vous savez, je suis aussi – si ce n’est plus – centriste que vous. Regardez ce que que j'ai fait pour L'Europe". Sarkozy centriste et on ne le savait pas !
Cela faisant, dans le genre foutage de gueule, il fait bien la paire avec Renaud Muselier, l'homme qui saute souvent à l'élastique sans élastique, qui, d'un coup de menton, avait déclaré devant les élus locaux qu'il ne voterait pas la loi s'il sentait qu'elle "met les maires en danger". "Je ne voterai pas une loi qui déstructure la République. Je serai vigilant sur le droit des sols et des finances, qui sont le nerf de la guerre." Pourtant, comme Christian Kert, il était présent à la réunion des élus de la CPA et n'a pas applaudi non plus... Plus polichinelle, on ne fait pas. Plus bourrin, non plus !
A noter qu'à l'inverse de Maryse Joissains hier à l'Assemblée nationale, en février au Sénat, Sophie Joissains a voté pour l'ensemble du projet de loi. Présentes toutes deux aux mêmes réunions des élus locaux, Sophie Joissains pourra-t-elle encore l'être lors de la manifestation de protestation que conduira Maryse Joissains devant l'Elysée ?

Le vote "pour" de Joissains sur la fusion des conseils :
Joissains_vote_pour
Le détail des votes des députés :
http://www.assemblee-nationale.fr/13/scrutins/jo0570.asp
Le détail des votes des sénateurs :
http://www.senat.fr/scrupub/2009/scr2009-148.html

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vendredi 4 juin 2010

Les pions de Medvedowsky et l'espion de Medvedev

Si vous êtes amateur d'histoires d'espionnage, cette lecture va vous transporter dans un monde qui ne vous laissera pas indifférent. Ici, aucun détail inventé ou romancé, tout ce qui est rapporté est vraiment arrivé, les personnages sont tous connus. 
Pour renflouer un peu ses caisses, l'Etat a décidé de céder de nombreux biens immobiliers publics. C'est ainsi que le 11 mars dernier a été officiellement signée la vente du siège de Météo France. L'affaire a nécessité du temps et des coups de baguette magique en coulisses. 
Car, si le marché miraculeux a pu être conclu au profit de la Russie, c'est grâce à l'intervention convergente de quelques prestidigitateurs, dont un dénommé Vladimir Kojine, ancien du KGB et proche de Dmitri Medvedev, et un intermédiaire assez connu des Aixois, Alexandre Medvedowsky. 
La narration détaillée de cette truculente aventure nous est offerte par Vincent Jauvert le 28 mai sur son blog du Nouvelobs. Palpitant, jubilatoire, émouvant…                    (Les mises en gras et en fond jaune sont de moi.)

L'affaire de la cathédrale du Kremlin à Paris
Une enquête de Vincent Jauvert

A la veille de l'ouverture du sommet Europe-Russie, voici l'enquête que je publie cette semaine dans le "Nouvel Observateur". Elle concerne la vente au Kremlin par l'Etat français du siège de Météo-France, quai Branly, en vue d'y construire une cathédrale orthodoxe du Patriarcat de Moscou.

meteo_france
(Clic sur l'image pour agrandir)
Avec Tour Eiffel en arrière-plan, le siège de Météo France, Quai Branly,
un bâtiment de 8470 m², construit en 1948,
vendu 60M€, où travaillaient 430 salariés

France-Russie : opération Cathédrale

Copenhague, 18 décembre 2009. Ce jour-là, les grands de ce monde se penchent sur le sort de la planète. Le changement climatique et ses catastrophes annoncées. Soudain, Dmitri Medvedev demande à rencontrer Nicolas Sarkozy - seul à seul. Le président russe veut-il parler à son homologue français de l'échec historique qui s'annonce ? A-t-il une idée pour trouver une issue à cette conférence qui s'enlise ?
Non, en ce jour crucial pour l'avenir de l'humanité, il veut s'entretenir d'un sujet bien plus important pour lui : la construction d'une cathédrale orthodoxe russe à Paris. L'affaire est très avancée, explique Medvedev à Sarkozy. Et il est impératif de la conclure, vite. De lever les «menus» obstacles qui empêchent encore le projet d'aboutir. Et quel projet !
Pour cette cathédrale, les services du Kremlin ne guignent rien de moins que 8400 mètres carrés magnifiquement situés sur les bords de Seine, quai Branly, à deux pas de la Tour Eiffel. Le siège de Météo France, que Bercy a mis en vente en septembre. L'Etat russe s'est immédiatement porté candidat au rachat. Et, pour peaufiner son dossier, il a fait appel à de grands architectes, comme Jean-Michel Wilmotte.
La partie pourtant n'est pas encore gagnée. Car la Russie n'est pas le seul pays en lice. Outre des opérateurs privés, d'autres Etats amis de la France sont très intéressés : le Canada, et surtout l'Arabie Saoudite, qui rêve de construire sa nouvelle ambassade sur un emplacement aussi prestigieux. Les Saoudiens sont apparemment très déterminés.
Or, dans quelques jours, la commission d'appel d'offres doit départager les candidats. En cette mi-décembre donc, à Copenhague, Dmitri Medvedev va droit au but : son ami Nicolas pourrait-il faire en sorte que le vainqueur soit Moscou - et non Riyad ? Pour le jeune président russe, un lieu de culte en plein Paris vaut bien un tel forcing : l'«opération cathédrale» est prioritaire. Elle participe d'une stratégie globale, établie de longue date : la légitimation du régime poutinien par l'Eglise. Edifier une cathédrale russe à Paris - une première depuis la chute des Romanov - permettrait au pouvoir actuel de se présenter en continuateur de la Grande Russie impériale.
S'installer sur ce terrain exceptionnel du quai Branly symboliserait le retour de l'influence russe en France, et plus largement en Europe occidentale, au niveau qu'elle avait atteint à la fin du XIXe siècle, au temps d'Alexandre III et de l'alliance franco-russe… Bref, cette cathédrale montrerait à qui en douterait encore que le clan Poutine est aussi respecté qu'un tsar, si ce n'est aussi respectable.
L'«opération cathédrale» a été amorcée deux ans auparavant. Et elle commence mal. L'été 2007, le patriarche de Moscou, Alexis II, décide d'entreprendre son premier voyage en Occident. Il choisit la France. Il souhaite rencontrer Nicolas Sarkozy, fraîchement élu, et lui parler de l'affaire en tête à tête. Mais le Quai-d'Orsay et le ministère de l'Intérieur sont hostiles à une telle rencontre. Car les fonctionnaires français surveillent de près les agissements du patriarcat russe en France et ils n'aiment pas ce qu'ils voient.

Le «putsch» de Biarritz

Avec l'aide du Kremlin (et sur son ordre ?), l'Eglise russe tente en effet, depuis l'élection de Poutine, de mettre la main sur un immense patrimoine : les multiples lieux de culte orthodoxe construits par l'aristocratie tsariste avant la révolution de 1917 et gérés, depuis, par l'émigration russe et ses descendants. Le but est triple : accroître le patrimoine étranger de l'Eglise, empêcher que la nouvelle émigration russe ne quitte le giron spirituel de Moscou, et reprendre le contrôle de l'ancienne.
Dans les années 1920, les Russes qui avaient fui l'URSS avaient décidé de ne plus dépendre du patriarcat de Moscou, devenu, par la force des choses, complice du pouvoir communiste. Ils ont rejoint l'autre phare de l'orthodoxie : Constantinople. Quatre-vingts ans plus tard, leurs descendants ne veulent pas, dans leur grande majorité, revenir en arrière, en tout cas pas encore… Ils entendent pratiquer une orthodoxie plus «libérale», moins nationaliste que celle en vogue dans la Russie d'aujourd'hui.
Or, d'après la loi française, ces fidèles sont les seuls à pouvoir décider d'un changement d'obédience. Pour cela, il faut un vote des conseils paroissiaux, où ils sont majoritaires. Face à un tel barrage, le patriarcat et le Kremlin ont d'abord cherché des compromis, puis ont tenté partout de passer en force.
En décembre 2004, à Biarritz, ils ont organisé un «putsch» contre le conseil paroissial local. Ils ont fait venir (avec l'aide des services secrets russes ?) des «fidèles» de l'Espagne voisine. Ils ont monté un conseil parallèle, qui s'est empressé de voter le rattachement à Moscou. Mais l'autre conseil, le vrai, a porté plainte et a gagné.
En 2005, à Nice, ils ont envoyé des officiers du SVR, le service d'espionnage extérieur, pour essayer de reprendre par la voie judiciaire la cathédrale Saint-Nicolas (le Kremlin l'emportera finalement en janvier 2010 en première instance). A Paris, enfin, le patriarcat a créé une association qui milite - de façon parfois très agressive - pour le rattachement de la célèbre cathédrale de la rue Daru, Saint-Alexandre-Nevski, rattachement auquel le conseil paroissial est, dans sa majorité, très hostile.
Pour toutes ces raisons, le Quai-d'Orsay considère, à la fin de l'été 2007, qu'Alexis II n'est pas le bienvenu à l'Elysée. Mais le patriarche ne se décourage pas. Afin de décrocher un rendez-vous avec le président de la République, il fait appel à son vieil ami français au Vatican : le cardinal Etchegaray, l'homme des missions secrètes de Jean-Paul II. Le prélat accepte d'autant plus volontiers d'intervenir qu'il a une idée en tête : organiser un jour la première rencontre entre un pape et un patriarche russe. Où ? En terrain neutre, et si possible à Paris.
Sollicité directement par l'émissaire du pape, Nicolas Sarkozy se dit qu'un jour il pourrait jouer un rôle historique d'intermédiaire entre les deux chrétientés. Malgré les réticences des diplomates, il accepte donc de recevoir Alexis II le 3 octobre 2007. L'«opération cathédrale» est lancée.

Menace à peine voilée

Le patriarche et le président parlent œcuménisme et diplomatie, mais leur conversation file vite vers les questions immobilières. Du fait de la nouvelle émigration russe, dit Alexis, les rares églises orthodoxes françaises demeurées sous obédience moscovite sont bondées. Notamment la plus importante, celle de la rue Pétel, dans le 15e arrondissement de Paris. Et comme nous ne pouvons reprendre la cathédrale de la rue Daru, poursuit Alexis, nous avons besoin d'en construire une nouvelle, la nôtre. Sarkozy comprend-il l'enjeu symbolique d'une telle construction pour le clan Poutine ? En tout cas, il donne son feu vert.
Reste à trouver l'emplacement. C'est l'affaire du département patrimonial du Kremlin, un service très puissant qui gère tous les biens de l'Etat et de l'Eglise russes à l'étranger. Poutine, justement, en a été le numéro deux à la fin des années 1990. Et le patron actuel du département, Vladimir Kojine, est lui aussi un ancien du KGB et un proche du «leader national». C'est lui qui, avec le ministre des Affaires étrangères du patriarcat, le métropolite Kirill (qui succédera au patriarche Alexis II début 2009), pilotera l'«opération cathédrale» - de Moscou.
Courant 2008, Vladimir Kojine entend parler du siège de Météo France, quai Branly, que l'Etat français envisage de vendre. Ce serait le lieu idéal, remarque-t-il, pour symboliser le retour de l'influence russe. Il est situé au coeur du quartier des ministères. Seulement voilà : le Canada est déjà sur les rangs et a, dit-on, toutes les chances de l'emporter. Ottawa a même demandé que l'affaire soit réglée entre Etats, de gré à gré, ce qui serait légal. Et, fin 2008, les autorités françaises sont tentées d'accepter.
Mais Vladimir Kojine ne veut pas lâcher l'affaire. Il décide de mobiliser les réseaux russes en France. D'abord l'ambassadeur de Russie à Paris, le truculent Alexandre Orlov. Tout au long de l'année 2009, ce parfait francophone enchaîne les rendez-vous à l'Elysée, à Matignon et à Bercy. Le Kremlin, dit-il, considérerait une cession directe du siège de Météo France au Canada comme un geste inamical. Sa menace à peine voilée paie : l'idée d'une vente de gré à gré est finalement abandonnée. Il y aura appel d'offres.
Mais la candidature russe est loin de faire l'unanimité au sein de l'Etat. Elle en inquiète beaucoup, et d'abord le service de contre-espionnage, la DCRI. Car juste à côté du siège de Météo France se trouve l'un des lieux les plus sensibles de la République : le Palais de l'Alma. Ces anciennes écuries de Napoléon III sont aujourd'hui des dépendances de l'Elysée.
Sur 5000 mètres carrés, on y trouve le siège du Conseil supérieur de la Magistrature, le service courrier du président de la République et surtout seize appartements de fonction, réservés aux collaborateurs du chef de l'Etat. C'est là que François Mitterrand a logé Mazarine Pingeot et sa mère pendant des années, et aussi son sulfureux ami François de Grossouvre.
Et c'est là qu'habitent actuellement le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, Jean-David Levitte, et son chef d'état-major particulier. Or ces hommes détiennent les principaux secrets de la République et sont donc des cibles privilégiées des services de renseignement étrangers, et notamment russes. L'affaire inquiète d'autant plus la DCRI qu'elle a repéré une très grande activité du SVR (le service russe d'espionnage) en France depuis l'élection de Nicolas Sarkozy.
Dans ses notes, elle estime même que la présence des espions russes à Paris n'a jamais été aussi importante depuis 1985. Elle déconseille donc de céder un bâtiment si sensible à une Eglise dont on connaît les liens et les compromissions passées avec le KGB et dont on ignore si elle a réellement pris ses distances avec les services secrets. Le Quai-d'Orsay se joint aux réserves de la DCRI. L'ancien espion Kojine apprend les fortes réticences à l'égard de l'«opération cathédrale» au sein de l'Etat français.
Pour tenter de les lever, il fait appel à un grand cabinet français d'intelligence économique et de lobbying, ESL & Network. La firme a ses entrées dans la République. Elle emploie d'anciens hauts fonctionnaires et est dirigée par Alexandre Medvedowsky, un énarque de 50 ans, ex-candidat socialiste à la mairie d'Aix-en-Provence. Malgré ses attaches à gauche, le patron d'ESL France est bien introduit en sarkozie. Son maître de stage à l'ENA était l'actuel directeur de cabinet du président de la République, Christian Frémont, que, heureux hasard, le chef de l'Etat a justement chargé de suivre l'affaire de la cathédrale... Les deux hommes s'entretiendront plusieurs fois du sujet.

L'Arabie Saoudite sur les rangs

La campagne de lobbying marche plutôt bien. En septembre 2009, quand France Domaine met officiellement le terrain en vente, la candidature russe a éclipsé celle du Canada, qui finalement ne déposera pas de dossier. Mais elle doit faire face à un autre concurrent, très sérieux, l'Arabie Saoudite, où Nicolas Sarkozy se rend pour une longue visite mi-novembre. Le chef de l'Etat, reçu à plusieurs reprises dans la propriété du souverain saoudien, passe-t-il un accord secret avec le monarque - le siège de Météo France contre la construction de la ligne TGV La Mecque-Médine ? Medvedowsky et Kojine le redoutent.
Et c'est probablement pour cela qu'un mois plus tard Dmitri Medvedev profite du sommet de Copenhague pour parler de la candidature russe à Nicolas Sarkozy. Ce 18 décembre, dans la capitale danoise, le président français a toutes les raisons de vouloir satisfaire le jeune chef d'Etat russe, qui s'apprête à venir début mars 2010 à Paris inaugurer l'année croisée France-Russie, et sur lequel il mise beaucoup.
Il a besoin de lui sur tant de dossiers diplomatiques, militaires et commerciaux. Il y a la vente controversée du navire de guerre «le Mistral» et la prise de participation de GDF dans le gazoduc Nordstream. Il y a ces nouvelles sanctions internationales contre l'Iran que Moscou pourrait accepter. Il y a enfin ce document commun sur la sécurité en Europe qu'il voudrait faire signer par Angela Merkel et Dmitri Medvedev. Ce serait pour lui une grande victoire diplomatique.
Selon plusieurs sources, Nicolas Sarkozy décide d'agir immédiatement. De Copenhague, il appelle Eric Woerth, le ministre du Budget, en charge de la vente des biens d'Etat. L'Elysée ne dément pas qu'un tel coup de fil ait eu lieu. Que dit le président à son ancien trésorier de campagne ? Lui demande-t-il seulement l'état d'avancement de l'appel d'offres ? Ou lui donne-t-il aussi des instructions particulières pour favoriser Moscou ? Eric Woerth affirme que non. L'Elysée ne commente pas.
En tout cas, quelques jours plus tard, le ministre du Budget reçoit dans son bureau Vladimir Kojine, le directeur du département patrimonial du Kremlin, l'homme qui s'agite depuis des mois pour remporter le terrain du quai Branly. Pourquoi un tel traitement de faveur, qui, selon un haut fonctionnaire de Bercy, n'a été accordé ni aux Saoudiens ni aux Canadiens ? Et que se disent les deux hommes ? Mystère.
Quoi qu'il en soit, le 28 janvier, à 15 heures, quand la commission de Bercy décachette les cinq dossiers de candidature et découvre leurs propositions financières, celle du Kremlin (70 millions d'euros environ) est la plus élevée. «Elle était supérieure à l'évaluation établie du service des Domaines, qui est secrète», précise un proche du dossier. La Russie a-t-elle bénéficié d'informations privilégiées ? Bercy, bien sûr, affirme le contraire. Vrai ou faux, Moscou l'emporte.
Nicolas Sarkozy appelle son ami Dmitri pour lui fait part de la bonne nouvelle. Au Kremlin, on exulte : il y aura bien en 2012 ou 2013 une cathédrale orthodoxe russe au cœur de Paris. Ce sera la première construction religieuse de cette envergure au centre de la capitale française depuis un siècle. Ce sera aussi le premier grand monument franco-russe depuis l'édification du pont Alexandre-III en 1896, construit pour célébrer l'alliance entre Paris et Moscou. Oui, comme au temps des tsars !
Dès qu'elle est annoncée par Bercy, la victoire est immédiatement célébrée à la télévision russe. Elle fait la une des journaux. Les autorités civiles et religieuses russes la présentent comme un événement majeur. «Ni l'Eglise ni le Kremlin ne cachent que cet achat coûteux a un but purement politique et non spirituel», écrit dans «Novaïa Gazeta», le spécialiste des questions religieuses Alexandre Soldatov. Il ajoute : «Pendant ce temps, des centaines d'églises de villages en Russie continuent de se dégrader.»
Deux mois plus tard, en mars, Dmitri Medvedev est en visite d'Etat en France. Il est reçu par le maire de Paris. Entouré de plusieurs prélats, il lui dit à quel point cette cathédrale est importante pour lui. Bertrand Delanoë lui répond que ses services étudieront avec diligence le permis de construire. Puis le président russe se rend à Notre-Dame, où il veut voir les Reliques de la Passion. A sa demande, son entrée dans la cathédrale catholique se fait au son de la même musique qui a accompagné la précédente visite d'un dirigeant russe dans ces lieux. C'était Nicolas II, le dernier tsar, en 1896.

L'article original est ici : http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/05/28/comment-le-kremlin-a-obtenu-sa-cathedrale-a-paris.html

Posté par CASTRONOVO à 18:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]