Le Blog de Lucien-Alex@ndre CASTRONOVO

Citoyen d'Aix-en-Provence

vendredi 4 décembre 2009

L'affaire qui fait trembler le système Guérini

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L'affaire qui fait trembler le système Guérini

      

Révélations : à Marseille,

un juge enquête sur des marchés douteux.

   

Par Hervé GATTEGNO, envoyé spécial à Marseille

Dossier publié dans Le Point le 26 novembre 2009

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Au bout du fil, la voix est apeurée, presque paniquée : "Je veux bien vous voir, mais pas à mon bureau. Dans un café ? Jamais de la vie ! On va nous voir : Ils l'apprendront dans l'heure qui suit. Mieux vaut sortir de la ville. Retrouvez-moi chez un ami, ce sera plus tranquille : je vous donne l'adresse…" 

Comme ce chef d'entreprise, ceux qui savent les détails de l'affaire dont toute la ville parle ne veulent se confier qu'à l'abri des regards. Elus, patrons ou fonctionnaires, tous font jurer de taire leur nom, d'éviter tout signe distinctif qui les compromettrait. Ici, depuis que la justice menace d'ébranler ce qu'ils appellent "le système", le silence n'est plus d'or mais de plomb. Tant pis pour la légendaire faconde méridionale : si on "tchatche", c'est en rasant les murs.

Ce qu'ils chuchotent ? De sombres histoires d'appels d'offres truqués, de signatures extorquées, de politiques achetés et de procédures falsifiées. Le récit d'épisodes troubles qui pourraient éclabousser de hautes personnalités. Exagération marseillaise, cette version provençale de "Main basse sur la ville" ? Peut-être pas. Rassuré sur son anonymat, loin des oreilles indiscrètes, le même chef d'entreprise raconte :

"J'ai été convoqué dans un bureau avant l'appel d'offres auquel je concourais. On m'a expliqué que le marché serait divisé en lots et comment les lots seraient répartis entre les quatre candidats. Je n'avais guère le choix : j'ai dû accepter des contreparties. Embaucher des employés qu'on m'a recommandés, promettre de contribuer à des campagnes électorales à venir…

– Rien de plus ?

(Il baisse les yeux)

Qui est ce "on" qui vous aurait convoqué ?

– L'un de ceux dont tout le monde parle.

– Alors, pourquoi ne pas dire son nom ?

– Je ne suis pas un délateur. Et on va m'accuser de complicité. Mais qu'on me dise comment j'aurais dû faire !

– Vous auriez pu alerter la justice sur-le-champ…

– Si je suis appelé à témoigner, je parlerai. Enfin, je crois …" 

D'autres témoins privilégiés l'assurent : qu'une brèche s'ouvre et les révélations vont pleuvoir. Signe avant-coureur de l'orage attendu : alors qu'un imbroglio dans le choix d'une société d'enlèvement des ordures répandait des effluves nauséabonds sur la ville, un reportage de la chaîne locale de France 3 au ton inhabituellement corrosif annonçait, la semaine dernière, l'ouverture d'une enquête judiciaire sur les marchés publics de la communauté urbaine. Le commentaire mettait en avant l'implication de Jean-Noël Guérini, le puissant président (PS) du conseil général des Bouches-du-Rhône, et le rôle joué en coulisse par son frère Alexan­dre, homme d'affaires prospère et patron de plusieurs déchetteries dans le département.

"Insinuations malveillantes", a répondu le baron socialiste marseillais. Mais il se retranche depuis dans son bureau, repousse toutes les sollicitations – y compris celles du Point – et limite ses apparitions publiques. Vendredi soir, il a écourté une remise de médailles du travail au siège du département : plusieurs élus présents assurent l'avoir vu trembler en lisant son discours. Quelques instants plus tard, il assistait seul au match OM-PSG. La victoire de l'équipe marseillaise n'a pas suffi à le dérider.

Officiellement, l'information judiciaire qui inquiète le clan Guérini est ouverte contre X. Mais les qualifications retenues laissent clairement augurer la mise en cause de décideurs locaux : "Atteinte à la liberté d'accès et à l'égalité des candidats dans les marchés publics, trafic d'influence et détournement de fonds publics", a écrit le quotidien régional La Provence. S'y ajoutent les délits de "corruption", "prise illégale d'intérêt" et "blanchiment d'argent", plus lourds encore de suspicions. Quant à la cible des investigations en cours, elle ne fait plus de doute depuis la révélation (par lepoint.fr) des perquisitions, conduites le 19 novembre au domicile et dans les bureaux d'Alexandre Guérini lui-même. De nombreux documents comptables y ont été saisis ainsi qu'une Mercedes. Certains éléments pourraient révéler des abus de biens sociaux au préjudice de ses sociétés : SMA Vautubière,  SMA Energie, SMA Environnement, SMA Développement.

Entourées du plus grand secret depuis leur origine – un courrier anonyme adressé à la justice au début de l'année –, les recherches remontent en fait au mois de février. D'abord dans le cadre d'une enquête préliminaire ordonnée par le procureur de Marseille Jacques Dallest. Rompu à la gestion des affaires délicates, cet ancien chef du parquet d'Ajaccio, qui lança jadis les poursuites contre le préfet Bonnet, saisit les gendarmes de la section de recherches. Ceux-ci établissent des surveillances discrètes sur Alexandre Guérini et plusieurs de ses proches, examinent leurs comptes bancaires, scrutent leur train de vie.

Des écoutes téléphoniques sont mises en place : elles sont assez fructueuses pour justifier l'ouverture d'une information judiciaire, le 14 avril suivant. Le dossier, qui porte notamment sur des marchés de traitement des déchets et sur les agréments donnés à des maisons de retraite, est alors confié au juge d'instruction financier Charles Duchaîne.

Ecoutes téléphoniques.

Sous son autorité, les gendarmes continuent, des mois durant, d'espionner les appels téléphoniques de leur groupe de suspects. Il leur suffit de tendre l'oreille et de noter. Des lieux de rendez-vous, des noms, des chiffres. "Un secret, écrivait Pagnol, ce n'est pas quelque chose qui ne se raconte pas. C'est une chose qu'on se raconte à voix basse, et séparément." A plus forte raison quand on ignore que la ligne est surveillée.

Ainsi les enquêteurs savaient-ils, le jour des perquisitions, qu'Alexandre Guérini se trouvait à ce moment-là au Brésil – quand nombre de ses amis le croyaient aux Etats-Unis. De même connaissaient-ils l'adresse d'un petit appartement HLM qu'il loue toujours dans le quartier des Catalans et dont ils ont aussi forcé la porte : le premier logement qu'occupèrent ses parents, à peine débarqués de Corse en 1956, et obtenu grâce à l'intervention d'un oncle conseiller général.

En un demi-siècle, les deux fils Guérini ont grandi. Chacun de son côté, mais toujours proches. Jean-Noël a pris la lumière ; Alexandre est devenu son ombre. L'aîné a collectionné les mandats et les honneurs, le cadet s'est lancé dans les affaires. Dans leur tandem, il y a le madré et le rugueux, celui qui charme et celui qui impressionne.

Leurs trajectoires sont restées liées. Quand Jean-Noël présidait l'office HLM, Alexandre dirigeait une petite société d'entretien qui révisait la plomberie des immeubles. Et, quand le premier prit du poids au sein de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, le second entra au conseil fédéral et à la commission des adhésions ; sa voix compte toujours dans le choix des investitures au moment des élections. "Parfois, elle compte même double", ricane un élu. Seule sa passion pour le turf semble toute personnelle : il a acquis au moins trois chevaux de course (Vent du Sud, Lord du Sud et Irish Heroes) et figuré parmi les meilleurs éleveurs français.

Reconverti dans le traitement des ordures ménagères, Alexandre Guérini sait en tout cas lier la politique à l'intérêt de ses affaires. Durant les municipales de 2008, il lui est ainsi arrivé de délaisser son frère ­dont il était pourtant le directeur de campagne à Marseille – pour assurer avec l'aide d'un groupe de militants la défaite du maire de La Fare-les-Oliviers, petit bourg des environs de Sa­lon-de-Provence où il possède une décharge ; l'édile en avait refusé l'agrandissement…

Quatre ans auparavant, un épisode moins visible s'était joué à La Ciotat, où il détient un autre dépôt d'ordures – au travers de la société SMA – dont il réclamait l'extension. Le conseil général des Bouches-du-Rhône a exercé son droit de préemption sur le terrain voisin au titre de "la politique de protection des espaces naturels sensibles" et de "la préservation de la qualité des paysages", selon une délibération du 22 novembre 2004 signée… Jean-Noël Gué­rini. Mais le département a ensuite cédé le terrain à la communauté de communes Auba­gne-La Ciotat, qui a donné son feu vert à l'agrandissement de la décharge.

Discrétion. 

Les anciens propriétaires du terrain ont alors saisi la justice pour dénoncer cette manœuvre. "La protection des espaces verts n'a été qu'un vil prétexte pour justifier la préemption, dont l'objet a été détourné au profit de l'extension de la décharge publique", écrivait au tribunal leur avocat. Avec cette allusion explicite : "La personnalité du fondateur de SMA et sa détention du capital attirent l'attention"… Six ans après, la procédure est toujours en cours.

De cela comme du reste, Alexandre Guérini ne veut pas parler. Discret jusqu'à l'obsession, lui qui a toujours pris soin d'éviter les photographes même les soirs d'élection – et qui ne laisse pas même entendre sa voix sur son répondeur téléphonique semble s'être fait invisible. "Il attend sa convocation par les gendarmes", souffle un de ses proches. Il a renoncé à son projet de figurer sur la liste du PS aux régionales du mois de mars et ne répond plus aux appels sur son portable (sollicité à plusieurs reprises par Le Point, il n'a donné aucune suite à nos demandes d'entretien).

Peu avant les perquisitions, il avait réservé ses (maigres) déclarations à une publication confidentielle au nom évocateur : Bak­chich Hebdo. Il s'y flattait de son influence au point de prétendre pouvoir "faire un élu" d'un colleur d'affiches, mais se décrivait comme "un petit qui se bat contre les gros". D'évidence un autoportrait d'une modestie excessive.

A eux deux, les Guérini contrôlent sans partage le PS local comme jadis leurs homonymes gangsters (sans lien de parenté avec eux, mais originaires du même village corse de Calenzana) gouvernaient le milieu marseillais. Défait aux municipales de 2008 par le député (UMP) Renaud Muselier dans le 3e secteur de la ville, le président du conseil général a dû renoncer – pour cette fois – à ravir la mairie à Jean-Claude Gaudin. Mais il a pris sa revanche en réussissant un coup de force : minoritaire en voix, la gauche s'est emparée de la présidence de la communauté urbaine, qui détient aujourd'hui le vrai pouvoir sur les grands investissements locaux, des transports à la propreté et au traitement des eaux et des déchets.

Revirement.

Il y a installé un homme à lui : Eugène Caselli, ancien guichetier de la Caisse d'épargne au tempérament affable, à qui il a adjoint d'office plusieurs collaborateurs de confiance – dont le directeur de cabinet Franck Du­montel, mis en examen par ailleurs dans l'affaire des subventions détournées au conseil régional. Et, pour rompre avec les années Gaudin, une réorganisation des services techniques a aussitôt suivi, supervisée par Alexandre Guérini en personne.

Conséquence : plusieurs dirigeants phocéens de Force ouvrière, syndicat ultra-majoritaire parmi les employés municipaux et les éboueurs, ont été nommés à des postes clés – au passage, le conseil général a racheté la villa de l'un d'entre eux. Dans le même temps, Jean-Noël Guérini opérait un revirement spectaculaire sur les dossiers de la propreté, au cœur des affrontements de la dernière campagne municipale.

Le leader du PS est ainsi revenu sur son serment d'abolir la règle ancestrale du "fini-parti", qui permet aux agents de cesser le travail à la fin de leur tournée et non en vertu d'un horaire. Plus stupéfiant encore : il a levé son opposition au projet d'incinérateur de Fos-sur-Mer, lancé par Gaudin pour éliminer les tonnes de déchets de l'agglomération mar­seillaise et dont le chantier est presque achevé ; il avait pourtant promis haut et fort de l'arrêter au nom du principe de précaution.

Héraut de la contestation contre l'incinérateur, le conseiller général Antoine Rouzaud, autre pilier du système Guérini, a même été fait vice-président de la communauté urbaine et délégué à la propreté, l'assainissement et les déchets. Les élus socialistes opposés à l'incinérateur ont parlé de "trahison". On les a fait rentrer dans le rang. Et l'audit commandé par la collectivité sur ce dossier délicat a été confié à un cabinet d'avocats travaillant pour le conseil général…

Au début du mois, c'est le même Rouzaud qui a involontairement mis le feu aux poudres. En déplorant publiquement que les élus de la commission d'appel d'offres aient refusé d'accorder l'un des juteux marchés des poubelles du centre-ville à la société Bronzo (filiale de Veolia), pourtant désignée par le rapport des services techniques, il a donné le signal du soupçon. Comment les fonctionnaires auraient-ils pu préférer une offre supérieure de 4 millions d'euros à celle du principal concurrent (le groupe danois ISS), qui s'engageait à mobiliser 50 agents de plus ? "Le rapport des services, c'est le point névralgique sur lequel je n'ai aucune prise, admet François-Noël Bernardi, président (socialiste) de la commission d'appel d'offres. Je me porte garant des travaux de ma commission, mais uniquement de cela…" 

"Gomorra".

Résultat : les employés de Bronzo ont bloqué le ramassage des ordures durant six jours et Eugène Caselli, après avoir prétendu saisir la justice, a déclaré l'appel d'offres "sans suite" au nom de "l'intérêt général" – autrement dit le marché a été annulé. Dans l'intervalle se répandait un récit troublant : au cours d'une réunion du PS départemental à Berre ­l'Etang, Caselli et Guérini se seraient violemment disputés au sujet de ce dossier. "Je n'irai pas en prison pour vous !" aurait lancé le premier devant plusieurs élus médusés. Rapportés par Le Canard enchaîné, ces propos ont été démentis par Guérini. Mais Caselli, lui, n'en a rien fait. Plusieurs témoins assurent au Point l'avoir entendu ajouter ce jour-là : "Je ne veux pas que ma mère voie ma photo dans le journal à la page des faits divers…"

Le 9 novembre, en pleine séance du conseil de la communauté urbaine, dans l'hémicycle du palais du Pharo qui surplombe le Vieux-Port, Renaud Muselier, le leader de l'opposition, est allé encore plus loin. "Nous sommes à Marseille, pas à Naples !" s'est-il exclamé avant de déposer, théâtral, sur le bureau d'Eugène Caselli un exemplaire de "Gomorra", le livre de Roberto Saviano qui décrit la corruption des marchés napolitains – et notamment ceux du traitement des déchets – par la Camorra. Ulcéré, Caselli a jeté le livre par terre. La scène a rapidement fait le tour de Marseille.

Depuis, les langues ont commencé à se délier. Dans la ville intriguée, les premiers soubresauts de l'enquête accélèrent la propagation des rumeurs comme une poussée de mistral. Personne ne jurerait que ce vent-là suffira à chasser tous les nuages. Ni que l'affaire ne s'achèvera pas par une tempête.

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mardi 1 décembre 2009

La justice met le nez dans les poubelles de Guérini

Bakchich Hebdo, Le Canard enchaîné, Libération, La Provence...  désormais, toute la presse en parle ouvertement. Le conflit qui a pourri les rues de Marseille a fourni une visibilité plus grande à ce qui est en passe de devenir une affaire judiciaire.

            

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Article publié le 30 novembre 2009 sur le site de Bakchich.info

            

Début octobre, un juge a été saisi pour enquêter sur les marchés publics des ordures à Marseille. Depuis les révélations de Bakchich, l’enquête s’accélère et les perquisitions se succèdent.

La semaine passée, des perquisitions avaient eu lieu dans l’entreprise et au domicile dAlexandre Guérini, propriétaire de deux des plus importantes décharges de la région et frère du président du Conseil général, Jean-Noël Guérini. Lundi 30 novembre au matin, selon les informations du Point.fr, ce sont les locaux dudit Conseil, le "Vaisseau Bleu", qui ont été perquisitionnés à leur tour, ainsi que ceux de la Communauté urbaine.

Hier aussi, la section de recherche de la gendarmerie a pu fêter la première audition du dossier. Michel Karabadjakian, directeur général adjoint à la propreté de la Communauté urbaine de Marseille (CUM) a passé deux longues heures soumis au feu roulant des pandores. Au moins le garçon aura-t-il une belle histoire à raconter à son pote Alexandre Guérini (cf.Alex et ses bons copains, en fin d'article), qui demande, lui, à être entendu par le juge. Le traitement de faveur infligé à M. K fait suite aux perquisitions réalisées le même jour dans les locaux du conseil général des Bouches-du-Rhône et de la CUM.

La procédure judiciaire ouverte en avril et qui vise Alexandre Guérini retient notamment les qualifications pénales de "corruption", de "blanchiment d’argent" et de "prise illégale d’intérêt", en plus d’éventuelles "atteintes à l’égalité des candidats dans les marchés", "trafics d’influence" et "détournements de fonds publics". 

             

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Article publié le 18 novembre 2008 dans le journal Bakchich Hebdo

(Journaliste : Xavier Monnier)

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(Clic sur l'image pour agrandir) Le superbe dessin de PieR

            

X La chute de la maison Guérini X

               

Trafic d’influence, voire corruption. Ordures. Par tombereaux. Depuis que les sardines tentent avec entêtement de boucher le Vieux-Port, les conversations se troublent à peine plus qu’une mauresque quand ces vilains mots s’enchaînent. De l’acquis. Jean-Noël Guérini, président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, et son frère Alexandre, patron de la SMA La Vautubière, proprio de deux des plus importantes décharges de la région, répartiraient les marchés des ordures. Sans jamais les prendre en charge directement. L’histoire des patrons socialistes des Bouches-du-Rhône se susurre. Et la justice, jusque-là, se tenait à l’écart des bennes à ordures.

Un vent mauvais…

Mais un vent inhabituel s’est maintenant levé sur la ville. Une information judiciaire pour trafic d’influence, détournement de fonds publics, marchés truqués voire corruption sur plusieurs dossiers liés au marché des ordures. En ligne de mire les deux G. Début octobre, avant même la crise des ordures, Charles Duchaîne, un magistrat de la Juridiction interrégionale spécialisé (Jirs) enquête. Ça tombe bien, un brin retors, volontiers provocateur, "Duduch" aime résister aux pressions. Wait and sea, comme on dit ici.

L’affaire de l’appel d’offres sur le marché des poubelles annulé par la Communauté Urbaine a charrié ce vent mauvais vers le Palais de justice quelques dossiers. "Nous avons bien quelque chose sur le gestion des ordures à Marseille, liée aux frères Guérini, souriait un magistrat du parquet. Nous avons reçu des courriers, bien sûr anonymes. Peu, mais assez précis et circonstanciés. Il a fallu lancer une enquête préliminaire, mettre en place des écoutes". Des courriers, datés et précis, que Bakchich a pu consulter. Toujours la même fable, celle des frères Guérini régnant sans partage, sur l’ordure. Sauf que désormais un juge est saisi.

S’il laisse souvent sa très belle Mercedes à la cave, et se la joue discrète, des amis d’Alex sont cités en ville, éclaboussés, ils ont subitement des noms d’embruns (cf. Alex et ses bons copains, en fin d'article).

Dans l'imaginaire marseillais, le nom de Guérini n’est pas rien. Deux autres frères ont régné ici, sur le Milieu. Antoine et Mémé, de la Libération au crépuscule des années Defferre, fin 70. "Mais dans notre village, en Corse, il y a cinquante familles Guérini", s’énerve Alex, qui a reçu Bakchich Hebdo, "on ne va pas s’excuser de notre nom. Tout cela ce n’est qu’une construction politique pour salir mon frère, et empêcher un petit entrepreneur d’exister face aux géants du marché". Difficile de plaider le pot de terre contre le pot Defferre.

"Nono et Alex ont leur caractère, plutôt direct", confie un élu PS

Une vieille huile marseillaise, croisée aux abords de l’abbaye Saint-Victor, sourit. Le spectacle avec vue sur le Vieux-Port, enchante : "On sent que ça bouge. Les élus et responsables, sous la coupe de Nono, commencent à se demander ce qui se passe. Et n’attendent qu’un signe pour le lâcher. Le système vacille".

Mais voilà qu’un élu rose passe. Pas de présentation. "Si je dis que je suis avec Bakchich, en deux minutes on téléphone à Guérini et je me fais avoiner… Les gens sont peu de choses. Pour une voiture de fonction, ils sont prêts à avaler des boas. Et puis Nono et Alex ont leur caractère. Plutôt direct et sont capables de virer du jour au lendemain. Ça crée un climat".

Énorme employeur (8.000 postes), gorgé de subventions, le Conseil général a le budget qui va avec, 1,87 milliard d’euros. Un magot suffisant pour ne se faire que des amis.

Et l’Elysée scrute plus que Solférino cette météo. Le Château a un tropisme marseillais. Christian Frémont, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, qui s’est naguère échiné comme préfet de région ici. Ancien préfet de police de Marseille, Bernard Squarcini, a quitté le Vieux-Port pour diriger la DCRI. Et légué la surveillance de la ville à un proche, le préfet Claymans. Eux savent qu’il vaut mieux regarder quand la bouillabaisse bout.

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Alex Guérini a plein de bons copains

Alex n’a pas caché à Bakchich qu’Antoine Rouzaud, le monsieur poubelles de la CUM "est un ami". Mais qui n’est pas ami dans cette communauté universelle ?

Jean-Pierre Roncin, un expert venu de la mairie (alors FN) de Marignane, pour s’occuper des "transports et de l’aménagement des espaces" est aussi un camarade. En devenant directeur, cet artiste a révélé à Karim Zéribi, un élu de Marseille : "Moi, le transport, j’y connais pas grand-chose…". Pas grave, il apprendra.

Toujours à la CUM, Michel Karabadjakian, (auditionné hier lundi) qui dirige "la propreté l’écologie et le maritime" est sur la liste des potes. Et au Conseil général, Gérard Lafond, le directeur général de "la construction, l’environnement, l’éducation, et du patrimoine" pourrait figurer dans le Facebook d’Alex. Ce technicien de grande qualité possède, parait-il, le grand art de convaincre.

"Bien sûr que je les connais. Comme tout le monde. Comme toutes les sociétés les connaissent. Mais moi quand je les appelle ce n’est pas pour le business, c’est pour que ma ville soit propre et qu’ils se bougent le cul." Entre militants, c’est interdit ?

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lundi 23 novembre 2009

Solidarité : Une affaire de cœur ou l'affaire de l'Etat ?

Nouvelle polémique sur les appels aux dons. Cette fois, c'est sur le Téléthon, sujet sensible s'il en est. Est-il fait bon usage des fonds récoltés ? Le Téléthon "capte-t-il et parasite-t-il la générosité des Français de manière populiste" ? Est-ce impudique d'"exhiber le malheur des enfants" ? Est-il sain de faire appel au pathos pour tenter de culpabiliser les consciences ? Les déclarations dérangeantes de Pierre Bergé sont accusatoires. Pour autant, ne faut-il pas se poser des questions ?

Cela fait plusieurs années que l'Etat sabre le financement de la recherche publique qui devrait pourtant être une cause nationale permanente. Le même Etat, mais ce n'est pas récent, a toujours compté sur la générosité des citoyens pour pallier ses propres carences. En effet, tout au long de l'année, beaucoup de personnes font des dons à des associations de toutes sortes, avec déduction fiscale pour les plus grandes.

Mais, au fait, a-t-on jamais évalué le nombre de bénévoles qui s'investissent dans les initiatives caritatives, souvent de survie humaine, à tous les niveaux, local, national ou international ? Que deviendraient tous les démunis sans les Restos du cœur, les Banques alimentaires, ATD-Quart monde, la Croix rouge, le Secours populaire, le Secours catholique, pour ne pas parler que des plus visibles ?

Depuis plus de trente ans, à cause du chômage massif et, plus proche de nous, par ces temps de forte crise, ces aides sont quasiment les seuls refuges et expédients possibles pour que les laissés-pour-compte ne crèvent pas totalement de faim. Et quid encore des non ou mal logés, des personnes handicapées ou des personnes âgées isolées… ?

Car ce qui est difficile à admettre, ce sont les immenses disparités qui déclassent de plus en plus des pans entiers de la population pendant que d'autres amassent des fortunes colossales. Ce qui fait problème, c'est la répartition inéquitable des richesses, vécue comme une injustice tant les écarts atteignent des proportions indécentes. Ce qui fait défaut, c'est la volonté politique de mettre en place une échelle progressive des revenus qui donne toute sa valeur au travail tout en assurant, le temps qu'il faut, les moyens d'un minimum vital réellement suffisant pour les catégories privées d'emploi ou inaptes à en exercer un.

N'est-ce pas le rôle fondamental de l'Etat de donner tout son sens et son honneur à notre devise républicaine ? Pour l'instant, c'est loin d'être le cas. Si l'on peut se féliciter de l'utilité de la solidarité populaire sous toutes ses formes, cela ne veut pas dire pour autant que l'Etat doive en tirer prétexte pour ne pas assumer ses missions et ses responsabilités.

Quelques repères 

Ÿ 53 % des Français donnent aux associations et 38 % le font régulièrement, c’est-à-dire au moins une fois par an. L’aide aux personnes en difficultés arrive en tête des causes soutenues, devant la santé, la recherche et l’aide au développement.

Ÿ Les 20 premiers collecteurs de dons de France ont engrangé 1,1 milliard d’euros en 2007 (sur les 3 milliards collectés grâce à la générosité annuelle des Français). On y trouve de grands organismes très présents dans les médias : l’Association française contre les myopathies (l'AFM) et son Téléthon, les Restos du cœur ou la Croix-Rouge française ; mais aussi des organismes plus discrets, tels la Fondation de France ou la Fondation d’Auteuil.

Ÿ L'A330, dit "Air Sarko One", coûtera 185 millions d'euros. Une misère…

Tableaux parus dans le magazine

Alternatives économiques de janvier 2009

(Clic sur les images pour agrandir)

salaires_tableau_1_A

salaires_tableau_1_BPatron moyen

(de + de 50 salariés)     0,135    8,8

Cadre moyen                0,047    3,1

Patron

(de – de 50 salariés)      0,046    3,0

Salarié moyen               0,024    1,6

Ouvrier moyen              0,018    1,2

Employé moyen             0,017    1,1

Smicard                        0,015    1

Valeur du Smic (1.07.2009) :

1.337,70 € bruts mensuels

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vendredi 20 novembre 2009

Footage de gueule et flouzeball à pleine main

Qu'on aime ou pas le football, impossible de réchapper au matraquage médiatique qui, au moindre match, nous met la tête comme un ballon. La méthode est simple, bien rodée aussi. Il suffit en fait d'en faire de grosses unes, comme s'il n'y avait plus d'affamés, de chômeurs, de guerres dans le monde et on en passe.

C'est alors que l'on déclanche, lentement mais sûrement, la montée en puissance du prétendu événement et la fanatisation des foules qui va avec. Car, qu'on se le dise bien une fois pour toutes, les compétitions sportives ont définitivement acquis le statut de grands rassemblements. Bon d'accord, cornaqués à l'extrême et fliqués à mort, mais que ne ferait-on pas pour notre bonheur, hein ?

Il n'y a plus qu'à nous assigner d'idolâtrer aveuglément, sur parole, des joueurs qui se gavent de l'argent siphonné aux supporters. Des supporters qu'on hystérise à leur en faire perdre tout sens critique, car envieux d'imiter leurs totems, jusqu'au déguisement, mais payés en retour d'illusions et de frissons par procuration.

On nous bassine le cortex avec les platitudes affligeantes d'entraîneurs, proférées sur le même ton monocorde devant des forêts de micros et de caméras, pendant que, dans les coulisses, les margoulins mettent en scène le spectacle, exploitent le système et en profitent à fond.

Reste alors à agiter la gigantesque tambouille coagulée et à nous la faire ingurgiter jusqu'à l'indigestion comme un, ou plutôt le modèle de ferveurs sportives censées former l'expression de liesses populaires, quand les gourous ne vont pas jusqu'à prétendre que nous partageons ainsi une fierté nationale. Et au diable si ce ne sont que des ersatz d'émotions collectives fabriquées à coups abusifs de Marseillaise.

Escamotés, amnistiés, le déferlement publicitaire, le chauvinisme, le fric, le dopage et la triche. Oui, à la bourse abrutissante des valeurs artificielles et busardes, on se contrefout du respect, de l'honnêteté et du fair-play. Et à l'aune de ces arnaques, il faut s'y faire, les lumineux héros du quotidien risquent de moins en moins d'être ceux qui se dévouent, protègent, secourent, soignent, éduquent, sans fanfaronner, eux, pauvres sans gloire.

Mercredi soir, un arbitre a raté son coup. Il n'a pas vu ou pas compris qu'un jeu de main et de vilain a tout faussé. Et là, on a eu droit à tout le pathétique toutim : les commentaires sincèrement désolés de quelques honnêtes personnes, les propos carrément minables de vrais crétins répétant que, de toute façon, ce qui compte, c'est que la France a gagné et peu importe la manière, les silences cyniquement calculés d'une bande de fautifs craignant une invalidation du match.

Quelle triste et méprisable mentalité que celle qui accepte la tricherie inavouée, le résultat frauduleux ou la victoire frelatée, ou qui s'en accommode sans honte.

Tiens, du coup, cela me fait penser à certains politiques. Vite, un vaccin !

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Dessin de Perth dans Siné Hebdo

Pour rester sur le même terrain, voici un article réjouissant publié le 13 mai 2009 dans Siné Hebdo, gardé sous la main pour vous en faire profiter le moment venu, qui tombe donc aujourd'hui. 

(Clic sur l'image pour agrandir)

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dimanche 15 novembre 2009

Médias : Les "Editocrates" épinglés

presse_editocratesEn 1997 déjà, le journaliste Serge Halimi avait publié un essai à succès sur les médias, "Les Nouveaux chiens de garde" (actualisé en 2005). Dans la même veine, vient de sortir un autre livre sur la crème des journalistes qui font la pluie et le beau temps (ouvrage paru aux éditions La Découverte).

Voici ce qu'on lit en quatrième de couverture : "Vous les connaissez bien. Leur visage et leur voix vous sont familiers. Ils signent toutes les semaines un éditorial dans un hebdomadaire ou un quotidien ; ils livrent une chronique chaque matin sur une antenne de radio ; ils occupent les plateaux des grandes - et des petites - chaînes de télévision ; chaque année, voire plusieurs fois pas an, leur nouveau livre envahit les tables des librairies.

"Ils", ce sont les "éditocrates"'. Ils ne sont experts en rien, mais ils ont des choses à dire sur (presque) tout et à longueur de journée, ils livrent à l'auditeur-lecteur-spectateur-citoyen leurs commentaires creux ou délirants sur le monde comme il va et où il devrait aller.

Sentencieux, ils racontent (à peu près) tous la même chose et dans (presque) tous les domaines, que ce soit sur la vie politique, la crise économique, les problèmes de société, les questions internationales, etc. Pontifiants, ils répètent à tout bout de champ qu'ils sont "politiquement incorrects" alors qu'ils sont les plus illustres représentants du conformisme intellectuel." 

A travers dix portraits drôles et corrosifs de ces "cumulards" des médias (dont Alain Duhamel, Christophe Barbier, Alexandre Adler, Bernard-Henri Lévy, Laurent Joffrin, Jacques Attali…), trois journalistes, Mona Chollet, Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle, et un maître de conférences en sciences économiques, Mathias Reymond, dévoilent l'imposture de ces professionnels de la pensée-minute.

"Les Editocrates" : 

(Introduction par Sébastien Fontenelle et chapitre consacré à Alain Duhamel)

(Utiliser les boutons en bas du cadre pour faire défiler et agrandir les pages) 

http://widget.yodawork.com/book/viewer2.aspx?largeur=940&hauteur=728&ean13=9782707158697&bookshop=ladecouverte&page=0&wid=6846b787323745bf8803d81716f35b02 

"Les Nouveaux chiens de garde" :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Nouveaux_Chiens_de_garde

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mercredi 11 novembre 2009

Corrida : La torture enseignée aux enfants (sur TV7)

logo_TV7_provencePour ou contre la corrida ? On croyait que c'était d'abord une affaire réservée adultes. Grave erreur. Il y a aussi tout un système qui prépare insidieusement des enfants à devenir de futurs fervents de cette pratique.

Pas seulement en les invitant à être spectateurs sur les gradins mais aussi en les habituant, en les instrumentalisant, en les embrigadant, directement au contact des taureaux. Poussés par et avec l'accord de leurs parents, des enfants sont accueillis dans des écoles taurines et participent à un véritable apprentissage de la cruauté, de la violence et de la torture envers les animaux.

Le site TV7 Provence vient de mettre en ligne une émission qui montre et démonte tous les ressorts de cette barbarie. Dans un souci d'équilibre, la rédaction a invité plusieurs personnalités mais seuls les anti-corridas ont accepté le défi, les pro-corridas ayant tous refusé de débattre.

Le programme est composé d'interviews bien documentées et de divers reportages comportant parfois des séquences dures. Cette émission mérite d'être vue jusqu'au bout pour que chacun se fasse une idée précise de cette scandaleuse réalité.

La question posée est donc : va-t-on encore longtemps admettre le pseudo alibi du folklore pour occulter des manipulations criminelles ?

L'émission :

http://www.tv7provence.com/magazine/emissions/la-torture-ca-sapprend-2 

Un second volet consacré à la corrida elle-même sera bientôt mis en ligne.

Le site de TV7 Provence :

http://www.tv7provence.com/

Les sites anti-corrida :

http://www.flac-anticorrida.org/

http://www.anticorrida.com/

Ÿ "L'homme a peu de chance de cesser d'être un tortionnaire pour l'homme, tant qu'il continuera à apprendre sur la bête son métier de bourreau." (Marguerite Yourcenar)

Ÿ "Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent agir et refusent d'intervenir." (Albert Einstein)

Ÿ "La corrida est le symbole cruel de l'asservissement de la nature par l'homme." (Théodore Monod)

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mardi 22 septembre 2009

La triche érigée en système sans morale

gif_carton_rougeJe le disais hier, la vie publique va à vau-l'eau. Je comparais la sphère politique et le monde sportif. Dans son édition d'hier, le journal Le Monde a publié une interview intéressante sur la tricherie érigée en système. Il a demandé à Nigel Warburton, philosophe britannique et collaborateur régulier d'émissions sportives sur la BBC, pourquoi la triche est partie intégrante de toute activité sportive, établissant même un parallèle avec la vie politique.

Cela me rappelle furieusement quelques personnages aixois pris la main dans le sac, des partis politiques qui tripatouillent les urnes et, fin du fin de l'actualité, le tragi-comique procès en correctionnelle qui s'est ouvert ce lundi. La grandiloquence complètement théâtralisée de Villepin faisait penser à Nixon qui affirmait n'avoir pas espionné le parti démocrate avant d'être contraint de figurer dans l'Histoire comme le seul président américain obligé de démissionner. Comme dirait l'ami Benoît Petit : soupirs !

Extraits significatifs de l'interview…

Pourquoi les sportifs trichent-ils ? 

Le Monde : Pensez-vous que la triche fasse inévitablement partie intégrante du sport professionnel de haut niveau ?

Nigel Warburton : Non, pas d'une façon inévitable, même si la majorité des sports professionnels et amateurs en comportent, que ce soit en Formule 1, au football ou au rugby. Il existe différents niveaux de triche. Au football, un joueur peut être tenté de faire un tacle en sachant qu'il a 50% de chances de provoquer une faute. C'est une prise de risque qui est à la limite de la légalité, mais qui fait partie du jeu. Dans les sports de contact, en général, il y a un niveau de tricherie qui fait presque partie du jeu.

C'est différent quand l'acte tenté sort de la sphère sportive.

C'est le cas du "Bloodgate", une affaire récente impliquant l'équipe de rugby des Harlequins, à Londres. Son entraîneur a mis en scène la blessure d'un joueur à l'aide d'une capsule de faux sang, afin de favoriser son équipe. Ce fut un énorme scandale. Parce que même si les Harlequins n'ont pas gagné le match, c'était un geste si forcé et prémédité, qui impliquait un tel niveau d'organisation au sein de l'équipe, que c'était plus grave que la simple triche consistant à tromper un arbitre.

Une préméditation que l'on retrouve dans l'affaire Renault...

Tout à fait. Sans connaître tous les détails de l'affaire, on devine aisément que cela a demandé une organisation complexe et la collaboration de nombreuses personnes. Tout cela afin de trouver le meilleur moment pour avoir cet accident. Et c'est sans compter sur la dangerosité d'une telle stratégie.

Vous avez écrit que les exemples de triche sont plus nombreux aujourd'hui...

Je ne sais pas si c'est un phénomène quantitatif ou une coïncidence. Peut-être avons-nous tout simplement développé des moyens plus modernes pour détecter les tricheurs. L'affaire du "Bloodgate", par exemple, a été révélée par une caméra de télévision. On a clairement vu le joueur sortir du terrain et faire un clin d'œil à son préparateur. Tout le monde a perçu quelque chose de louche.

C'est grâce à ces techniques de surveillance plus sophistiquées que l'on découvre plus d'incidents. Face à elles, les athlètes ont effectivement plus de chances de se faire attraper. Il faut noter que ce phénomène ne concerne pas exclusivement le sport de haut niveau. La triche dans la sphère amateure a bien moins de chance d'être relayée parce que cela intéresse moins de gens, mais elle existe aussi.

D'un point de vue philosophique, qu'est-ce qui motive les tricheurs ? La peur de la défaite, l'envie de réussir, la nécessité de rester au sommet ?

Dans Le Prince, Machiavel considère que, dans des conditions extrêmes, un dirigeant ne doit pas agir de façon morale, car cela mettrait en péril l'Etat. […] Il faut aussi considérer que dans le sport, les règles sont subjectives et sujettes à interprétation. On essaie de pousser au maximum pour savoir jusqu'où on peut aller. Mais pour ce qui est de la motivation, je pense que cela dépend de l'occasion ou même du sport. Cela peut être l'argent, la gloire, l'envie de vaincre, le manque de recul ou tout simplement l'absence de morale chez l'athlète. […]

N'est-ce pas alors un paradoxe que les athlètes de haut niveau soient contruits pour être des modèles ?

Oui, et en ce sens ils ressemblent beaucoup aux hommes politiques. Ils peuvent très bien être des exemples à suivre dans leurs disciplines respectives, mais le processus qui les fait arriver au sommet de cette discipline implique une attitude intransigeante. Et ce sont quelquefois les individus pas vraiment moralement irréprochables qui atteignent ce sommet.

Le sprinter Ben Johnson est un exemple révélateur. Il a travaillé pour devenir l'homme le plus rapide du monde. Et on ne peut pas nier que c'était un exploit, qu'il ait été dopé ou pas. En l'occurrence, il était dopé. Mais pour qu'il arrive à un niveau où des produits ont fait de lui l'homme le plus rapide du monde, il fallait déjà qu'il soit un athlète extraordinaire. Pourtant aujourd'hui, personne ne se souvient de lui comme un bon athlète, juste comme un homme qui a triché. […]

Vous avez dit que "les tricheurs s'en sortent souvent" et qu'ils "ont changé l'histoire du sport, et continueront à la faire". Vous le pensez toujours ?

Je pense avoir écrit cela avant la Coupe du monde 2006 et l'expulsion de Zinedine Zidane, qui a, en elle-même, changé pas mal de choses. Mais effectivement, je crois que les tricheurs s'en sortent souvent dans le monde sportif. Paradoxalement, la triche apporte un intérêt supplémentaire au sport. Je ne dis pas que c'est une bonne chose, mais je pense qu'il existe chez le public un véritable intérêt pour démasquer les tricheurs, savoir comment ils ont pu tromper tout le monde. Tout simplement parce que l'immoralité est souvent plus intéressante que la moralité, le "méchant" est plus intéressant que le "héros". Il y a également cette idée persistante de la chute d'une idole, de découvrir que ces athlètes ne sont pas vraiment ceux que l'on croit. 

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lundi 21 septembre 2009

Vie publique : Une éthique en toc…

gif_tribunalDe quoi vomir. Hier soir, j'ai regardé l'émission Capital qui revenait sur un an de crise. Bilan : les voyous continuent comme avant. Les détraqués des jeux financiers s'en donnent à cœur joie. Les banquiers s'en mettent toujours autant dans les poches. Les gros patrons s'assoient sur leurs chartes éthiques puisque ce ne sont pas des lois. Le directeur de la BNP Paribas était invité mais il est venu avec sa cynique langue de bois. Le gouvernement, lui, est infichu de transformer son plan de relance à 26 milliards d'euros en création d'emplois.

Mercredi, j'avais entendu l'interview de Kerviel qui expliquait sur France 2 que le système n'a aucune règle à part le fait d'empocher le maximum d'argent en un minimum de temps, y compris lors de l'attentat à la bombe du métro de Londres qui l'a excité et fait gagner 500.000 euros. Dans la même émission, un ancien banquier a expliqué qu'il y avait deux sortes de banques : l'établissement qui joue un rôle normal et la banque qui fait du "casino". Heureusement que j'avais mangé assez tôt, cela m'a évité des renvois.

Cette semaine aussi, on nous a rappelé l'ouverture ce lundi du procès Clearstream (on ferait mieux de dire Darkshit). Le journaliste Edwy Plenel, invité sur France 3, n'y est pas allé par quatre chemins. Figurant lui-même sur les faux listings, il s'est insurgé contre le tour politique qu'a pris le dossier qui s'est focalisé sur une bataille Sarkozy vs Villepin faisant fi des autres dizaines de personnes connues s'étant portées parties civiles.

Il a surtout accusé le président d'avoir manipulé cette affaire parce qu'il était alors candidat et de faire un mélange de genres en se maintenant partie civile à ce procès au mépris de sa fonction actuelle qui devrait être impartiale. La justice dira, si elle le peut ou n'en est pas empêchée, ce qu'il faut penser de Villepin. Ce qui est sûr, c'est que le procureur Marin, copain de Sarkozy, qui conduit l'affaire se gardera bien de lui faire porter le moindre chapeau. Si ce n'est pas le signe d'une démocratie malade, on se demande bien comment on pourrait la qualifier autrement.

Autres crapuleries

D'ailleurs, la vie publique connaît de telles dérives qu'on ne va plus s'étonner de rien. Pour mémoire, le sac se remplit chaque jour un peu plus. Les propos de Frêche et de Hortefeux font la une. Chirac, premier président de la République mis en examen est toujours en liberté. Villepin, ancien premier ministre est lui aussi dans la même situation. Pasqua vient d'être condamné à 18 mois avec sursis pour avoir encaissé frauduleusement un peu plus de 1 million d'euros. Par ailleurs, il est mis en examen dans de nombreuses autres affaires dont une qui le fera comparaître devant la cour de justice de la République. Pourtant, il est toujours sénateur. Dray, député, devra répondre sur ses éventuelles turpitudes.

Passons, mais sans les oublier, sur les fraudes électorales qui ont amené le Conseil d'Etat à invalider les élections municipales de Corbeil-Essonnes, de Montpellier, de Carcassonne et de Briançon. Le sac est loin d'être plein car la liste ne pourra jamais être exhaustive.

La gangrène n'atteint pas que la vie politique. Le monde sportif lui aussi regorge de son lot de crapuleries. La triche y est quasi institutionnelle. Dans quel sport professionnel n'y a-t-il pas encore de dopage ? Quant au football, on croyait être vacciné de l'ère Tapie, ben non. Pas plus tard que samedi, Courbis a été encabané pour terminer sa peine suite à un trafic d'argent lors du transfert (oui, on vend et on achète des hommes) de joueurs de renom. Au passage, les infos ont rappelé que le "mécène" Louis-Dreyfus avait lui aussi été condamné pour la même affaire. Et n'omettons pas Dassier pour ses propos plus qu'équivoques de la semaine dernière.

Enfin, la pantalonnade du directeur de course Renault qui a imaginé une parodie d'accident pour favoriser son écurie dépasse largement ce que le cynisme peut engendrer lorsque l'appât du gain supplante tout le reste.

De quoi vomir, disais-je. Et si ce n'est pas le cas, ça soulage de le dire.

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vendredi 27 mars 2009

Des patrons de... très haut vol

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La grosse arnaque aux parachutes dorés, stock-options, bonus et retraites chapeau n'a pas commencé avec la crise. En 2007 déjà, une étude avait révélé que les hauts dirigeants français étaient en tête du palmarès européen des parachutes dorés. Les derniers cyniques en date n'ont presque rien à envier à cette famille, dignes de figurer sur l'arbre généalogique de la finance de haut vol, c'est bien le cas de le dire.

En quelques jours, on a encore appris que la Société Générale a suscité un tollé en attribuant des stock-options à ses dirigeants après avoir reçu 1,7 milliard d'euros de prêts publics. Mais, face au malaise, la banque a renoncé. Hier, les deux dirigeants de GDF Suez ont dû renoncer à leurs stock-options. Quant à Natixis, en déficit, qui annonce un dégraissage de son personnel, il a versé 90 millions d'euros de primes à ses traders en 2008.

Le concours n'est pas terminé. A chaque jour, suffit sa (dé)prime...

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Le tableau d'horreurs...

à 2000 : Philippe Jaffré 

PDG d'Elf Aquitaine de 1993 à 2000, il démissionne après le rachat de son groupe par Total avec un parachute de 10 millions d'euros d'indemnités de départ, plus des stock-options évalués entre 20 et 30 millions. C'est le premier scandale du genre.

à 2002 : Jean-Marie Messier

Forcé à la démission en juillet de la compagnie Vivendi Universal placée dans de grosses difficultés par une politique d'expansion jugée hasardeuse, il demande 20 millions d'euros, ce qui est finalement refusé devant le scandale suscité. Il est ensuite mis en examen pour cette opération mais poursuit sa société en justice en estimant que cette somme lui est due. Il y renoncé finalement.

à 2003 : Pierre Bilger

PDG d'Alstom entre 1991 et 2003, il quitte le groupe en proie à de graves difficultés financières et ne devra sa survie qu'à l'intervention de l'Etat. Son parachute doré de 4,1 millions d'euros fait scandale chez les syndicats. Geste alors sans précédent, il le rend et publie en 2004 un livre intitulé "Quatre millions d'euros, le prix de ma liberté".

à 2005 : Serge Weinberg

Le président du directoire Pinault Printemps Redoute est poussé vers la sortie avec un chèque de 5,3 millions d'euros.

à 2005 : Daniel Bernard

Le PDG de Carrefour est débarqué et l'entreprise annonce qu'il recevra un complément de retraite d'un montant maximal de 29 millions d'euros et une indemnité de 9,8 millions supplémentaire assortie d'un clause de non-concurrence durant trois ans. En novembre 2008, la justice annule cette retraite chapeau.

à 2006 : Noël Forgeard

Le coprésident exécutif d'EADS de juin 2005 à juillet 2006 est évincé après l'annonce de graves difficultés sur le programme A380, en empochant 8 millions d'euros. La nouvelle scandalise d'autant plus les salariés d'Airbus que, parallèlement, il est soupçonné de délit d'initié. Une enquête de police toujours en cours est ouverte sur le parachute.

à 2006 : Antoine Zacharias (record à battre)

Evincé de Vinci alors qu'il touchait un salaire de 4,3 millions d'euros, il empoche 12,9 millions de prime de départ et 170 millions de stock-options plus une retraite chapeau. Il poursuit ensuite en justice son ancien groupe pour demander 81 millions d'euros supplémentaires.

à 2008 : Serge Tchuruk et Patricia Russo

En juillet, alors qu'Alcatel-Lucent est en pleine déroute financière, le président non exécutif doit quitter l'entreprise avec 5,6 millions d'euros tandis que le départ de sa directrice générale est acté moyennant une indemnité de 6 millions. Ces sommes sont rendues publiques juste après l'annonce de 12.500 licenciements.

à 2008 : Axel Miller

L'ancien président du directoire de Dexia, qui a démissionné après le sauvetage de la banque franco-belge par les deux Etats, finit par renoncer, sous la pression, à ses indemnités contractuelles de 3,7 millions d'euros.

à 2009 : Thierry Morin

Mardi 24 mars, le quotidien Libération révèle que le DG de l'équipementier automobile Valeo doit quitter l'entreprise avec 3,2 millions d'euros de primes, alors que son entreprise, en grande difficulté, vient de percevoir 19 millions d'aide de l'Etat et d'annoncer une réduction de 10% de ses effectifs.

    

Bon, moi, ce matin, je vais aux Restos du cœur. Je vous confie le soin de convertir les pactoles en années de smic...

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jeudi 26 mars 2009

Il y en a que le logo motive

logo_loto_et_pole_emploi

J'ai d'abord cru que j'avais la berlue. Puis, pour me rassurer, j'ai pensé que c'était une simple illusion d'optique. Mais vérification faite, les vessies étaient bien des vessies. Comment ne pas rapprocher en effet le design du nouveau logo du Pôle emploi de celui du Loto ? Ça crève les yeux. Une petite recherche sur internet montre que des sites ont aussi relevé cette consanguinité.

Ce qui choque le plus, c'est le coût de cette identité graphique censée représenter la fusion de l'Agence pour l'emploi et les Assedic. Le secrétaire d'Etat à l'emploi a annoncé une dépense de 135.000 euros pour cette trouvaille alors que Le Canard enchaîné l'a estimé à 500.000€ (le 4 mars). Il y a donc des crânes d'œuf d'une société de communication, Nomen, qui ont réussi à extorquer une pareille somme pour une simple imitation.

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Il en avait été de même, il y a à peine cinq ans, pour l'ancien logo de l'Anpe calqué sur celui d'une firme d'éclairage italienne, Reggiani. Il avait fallu débourser 2,4 millions d'euros pour cette idée lumineuse, qui n'en était finalement pas une, cogitée chez Euro RSCG.

Quant au logo du Loto rénové par l'agence Dragon rouge en octobre dernier sur le modèle de celui de 1999, il a coûté à la Française des jeux quelque 15 millions d'euros, études et communication comprises.

Au moment où le chômage file un très mauvais train et où les scandales des bonus patronaux pourraient remplir des wagons, le gouvernement continue de jeter de l'argent par les fenêtres. Pourquoi se gêner, hein ? Puisqu'il y en a que le logo motive… De quoi en perdre vraiment la boule !

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