Le projet du Bus à haut niveau de service, désormais nommé l'Aixpress, a été présenté dans le cadre de quatre grandes réunions publiques. De très nombreuses informations ont été livrées à la population visiblement séduite. Mais le BHNS suffira-t-il pour résoudre tous les problèmes de circulation et de stationnement ? Et à quel prix ? J'ai assisté aux réunions...

BHNS

Quatre réunions publiques, pompeusement qualifiées d'"ateliers urbains", ont eu lieu sur deux semaines dans différents quartiers de la ville. A chaque étape, des informations spécifiques étaient livrées sur la portion du BHNS affectant le secteur concerné : dans l'ordre, Encagnane, Ouest (Jas de Bouffan), Centre (centre-ville) et Facultés pour le sud-est.
J'ai assisté à la première. Et à l'ultime qui s'est déroulée hier soir à la faculté de droit. Je n'ai pas pu me rendre à la deuxième car j'étais retenu par d'autres obligations et à la troisième car au même moment la mairie avait programmé une autre réunion publique en vue de la requalification globale des places des Prêcheurs, Verdun et Madeleine. J'y reviendrai dans un prochain article.
Pour le BHNS, ayant été membre du jury devant sélectionner l'opérateur du projet, j'avais pour ainsi dire le devoir supplémentaire d'être aux rendez-vous.
Pour chaque réunion, un même rituel a été installé : présentation du projet avec une vidéo montrant le tracé virtuel complet, détails sur le secteur du jour et échanges avec la salle. J'ai été étonné d'observer que les deux réunions les plus fréquentées ont été celles d'Encagnane et du centre-ville. Il y a eu moins de monde au Jas de Bouffan et à la faculté.
Que retenir de tout cela ? On le sait, le BHNS parcourra un tracé de 7,2 km en 19 stations en 30 minutes avec une fréquence de passage toutes les 7 minutes en heures de pointe (la moyenne actuelle des bus du réseau Aix en bus est de 8 minutes) allant de Saint-Mitre, à l'ouest, jusqu'au parc Krypton, au sud-est.
A l'origine, le projet envisageait un parcours de 9,3 km, reliant le Jas de Bouffan à l'entrée de la route de Nice. Mais il a ensuite été amputé pour deux raisons : prolongement vers Saint-Mitre et terminus ramené au Krypton, tout en restant traversant d'ouest à est. Et à chaque bout de ligne, il est prévu un parc relais, celui de l'ouest étant à construire grâce à l'économie réalisée sur les 2 km supprimés.
Je ne suis pas intervenu lors de la première réunion mais je l'ai fait hier soir car je vis dans le secteur sud concerné par le passage du bus le long de l'avenue Robert-Schuman. J'ai donc exposé ceci.
D'abord, mon regret du raccourcissement du parcours car le tracé initial me semblait mieux répondre à l'entrée et à la sortie au niveau de la route de Nice pour les milliers de personnes venant travailler à Aix par là. Ensuite, j'ai insisté sur les problèmes de circulation et de stationnement dans les quartiers des facultés et limitrophes, sans oublier celui d'Encagnane, particulièrement saturé et soumis à une extrême pollution. Les Aixois savent qu'une partie très étendue du sud d'Aix est quotidiennement encombrée et que les bouchons sont permanents aux heures de pointe.
Des prix hors de prix ?
Des facteurs aggravants risquent d'amplifier ces phénomènes. Par exemple, l'augmentation prévisible du nombre d'étudiants dans le cadre du Plan Campus qui sera plus attractif que les anciens bâtiments. Par ailleurs, la suppression totale de plusieurs centaines de places de stationnement sur voirie le long de l'avenue des Belges, du boulevard Victor-Hugo, de l'avenue Maurice-Blondel (entre la gare SNCF et le Rectorat) et surtout de l'avenue Robert-Schuman ainsi que de l'avenue Gaston-Berger va faire reporter la recherche de places un peu plus jusqu'au Pigonnet - c'est déjà le cas avec les étudiants qui vont à leurs cours dans les divers sites universitaires et les nombreux salariés qui immobilisent gratuitement leurs véhicules toute la journée pour aller à leurs lieux de travail en bus ou en car -, et cela va provoquer une saturation complète de l'ensemble du secteur sud.
Autre fait porteur de nuages, la nouvelle sous-préfecture située à l'angle des avenues Pierre-Brossolette et Winston-Churchill ouvre officiellement le 3 mai mais aucun stationnement public n'a été prévu en son sein. J'ai récemment rencontré le sous-préfet qui m'a dit, un rien sardonique à l'égard de la municipalité "Mais voyons, cher monsieur, il paraît qu'il y a le parc Krypton qui va passer de 300 à 900 places". Sauf que 600 places de plus seront loin d'absorber celles qui seront supprimées.
Le BHNS et les tarifs très réduits du parc Krypton sauront-t-ils convaincre les habitués de la bagnole ? Rien n'est moins sûr quand on sait que les prévisions d'augmentation de fréquentation des transports collectifs pour les dix prochaines années, comme cela est indiqué dans le Plan de déplacements urbains (PDU), se limitent à un timide 5%.
Enfin, j'ai interrogé les personnalités à la tribune sur le coût de ce BHNS dont la seule dépense annoncée est actuellement évaluée à 84 millions d'euros hors taxe. Ma question portait sur le nombre de bus électriques nécessaires pour assurer le service et le prix à payer pour cette flotte de matériels roulants. J'ai eu bien du mal à le leur faire dire. Finalement, on m'a indiqué qu'il fallait tabler sur dix à douze bus de 75 places et que, dans la meilleure des hypothèses,
 le prix minimum total serait d'environ 1,5 million d'euros. Pour ne fâcher personne, je n'ai pas eu l'outrecuidance de rappeler que la plupart des projets, quels qu'ils soient, finissent souvent par des surcoûts dépassant les enveloppes initiales. Pour mémoire, en 2015, le BHNS était estimé d'abord à 60 millions puis à 66…

Le tracé virtuel du BHNS

Un excellent document complet du tracé détaillé quartier par quartier 
(Pour un meilleur confort de lecture, clic sur le carré à flèches en bas à droite du document)

"Et maintenant un BHNS en marche arrière…" :
http://castronovo.canalblog.com/archives/2014/10/28/30846950.html