Lengrand Jacques 

Jacques-Maurice Lengrand était un homme respecté par tous et l'ami de beaucoup. Il vient de s'en aller avec la discrétion qui avait toujours été la sienne.
En regardant maintenant en arrière, une pensée évidente s'impose à moi. Je me dis que cela aura été une vraie chance et un immense bonheur de le connaître, de travailler avec lui et d'apprécier sa personnalité, sa grande culture, ses multiples talents et ses engagements.  
Jacques était natif de Blida en Algérie où il avait travaillé dans l'entreprise familiale spécialisée dans les transports. Il avait assuré la charge de l'héritage mais en avait été dépossédé lors de la décolonisation.
Plus jeune, il avait auparavant servi là-bas comme lieutenant commandant des troupes aéroportées, ce qui lui valut d'être blessé. Il rejoignit ensuite la France et s'installa à Aix comme beaucoup d'autres pieds-noirs. Il évoquait souvent sa vie de l'autre côté de la Méditerranée mais, il devenait pudique, sans doute pour retenir des colères, lorsqu'il s'agissait de narrer certains épisodes militaires.
Après avoir embrassé la carrière d'enseignant, à l'ouverture de l'IUT d'Aix-en-Provence en 1974, il en devint le premier directeur, un directeur hautement estimé par tous qui contribua avec efficacité à son développement. Il en sortit avec le titre de Professeur honoraire de l'Université de la Méditerranée.
Jusqu'en 2011, inlassable, il faisait d'ailleurs encore partie du comité de soutien pour la création de l'entité unique d'Aix-Marseille Université.
En parallèle, et jusqu'à ces dernières années, il avait eu à cœur de s'investir dans l'Institut méditerranéen des transports maritimes. L'expert en logistique qu'il était ne cessait d'être sollicité en de multiples lieux. Il ne se dérobait jamais. Ses activités liées à sa connaissance du monde des transports l'ont amené à effectuer de nombreux déplacements internationaux pour des colloques ou des conférences au plus haut niveau.
Fort de sa longue et riche expérience, Jacques a même été co-auteur de plusieurs ouvrages pointus sur les transports et les stratégies logistiques pour la maîtrise des flux physiques de marchandises. Sa réputation l'a également amené à alimenter des travaux ministériels.
Je le questionnais souvent sur ses thèmes de prédilection et il répondait toujours avec grâce à mes curiosités.
Jacques fut un ami de confiance, fidèle et loyal, du maire Jean-François Picheral qui en fit son adjoint aux transports et à la circulation et son président de l'Agence d'urbanisme du Pays d'Aix pendant douze ans, de 1989 à 2001.
Je l'ai personnellement vraiment côtoyé de plus près à partir de l'année 1995 et de manière plus régulière encore entre 2001 et 2008 dans l'opposition municipale au titre de laquelle nous étions tous deux membres des commissions d'appel d'offres et de délégation de service public, moi comme titulaire, lui comme suppléant de la première, et inversement pour la seconde. Nous avions aussi pris l'habitude de nous concerter pour la préparation des séances du conseil municipal où devait se discuter le budget annuel.
Ces quelques évocations ici succintement réunies montrent, si besoin en était, que Jacques aura vécu plusieurs vies, toutes avec passion et professionnalisme. Il avait cependant la malice du sage qui sait prendre du recul sur les événements. Son langage était celui de la courtoisie, de l'élégance et de l'humour. Mais il ne fallait pas trop le chercher au risque de se voir décocher quelques piques grinçantes dont il avait le secret.
Le 14 juillet 2001, nous l'avions unanimement félicité lorsqu'il fut promu au grade de chevalier de la Légion d'honneur au titre du ministère des transports en tant que "directeur de recherches honoraire, avec 41 ans d'activités professionnelles, de services civils et militaires".
Nous l'accompagnerons demain mercredi pour saluer sa mémoire en toute amitié.