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Les V'Hello d'Aix ont fini par crever. La décision de résilier le marché du dispositif vélos et stations de vélos a été entérinée par le conseil municipal de lundi dernier. Ce n'est pas trop tôt. Et, en bout de course, à défaut de faire rouler les vélos, c'est la Ville qui s'est fait rouler par JC Decaux.
Les premiers appels d'offres avaient été lancés en 2005. Et l'installation effective avait débuté mi-2007. Il a donc fallu l'équivalent de la durée d'un mandat municipal pour que Maryse Joissains reconnaisse le fiasco de l'opération et fasse un véritable rétro-pédalage.
En février 2010, à la suite d'un rapport cinglant de la Chambre régionale des comptes, elle prétendait pouvoir mettre en place "une série d'actions destinées à relancer l'utilisation des vélos", avec notamment "l'étude de la réimplantation de certaines stations" ou encore "la réalisation de nouvelles pistes cyclables dans le cadre du Plan de déplacements urbains de la communauté d'agglomération". C'était déjà beaucoup trop tard, impossible de redresser le guidon, l'embardée était inévitable.
On se pose alors bien des questions. Dont celle-ci : pourquoi cet entêtement alors que les alertes avaient été émises dès le début du processus ? On nous avait dit aussi que la Ville allait tenter de renégocier un coût à la baisse avec la société Decaux. Peine perdue, un contrat est un contrat.
Lundi, Jean Chorro, admettait : "une chose était sûre, ça a coûté très très cher à la collectivité de résilier le contrat même en payant des indemnités de rupture qui seront à négocier bien entendu et il faudra quand même attirer l'attention de Decaux en disant que c'est lui l'homme de l'art et c'est lui qui aurait dû faire les études préliminaires". Mais la pirouette va avoir du mal prendre.
En 2005, j'étais membre de la commission d'appel d'offres et j'avais fait de sévères observations sur le choix de la nature juridique du marché qui aurait dû être scindé en deux, le mobilier urbain d'un côté en marché public, les vélos de l'autre en délégation de service public. J'avais même alerté le sous-préfet (voir la lettre explicative ICI
). La Ville m'avait répondu que toutes les études nécessaires et toutes les simulations avaient été menées.
Tenter maintenant de faire endosser ces reponsabilités par Decaux, qui n'est pas exempt de reproches par ailleurs, paraît totalement fumeux, illusoire et même plutôt malhonnête. La résiliation partielle unilatérale du contrat va devoir passer par les tribunaux et entraîner de fortes dépenses, y compris celles de remise en état des trottoirs et des chaussées !

 velos_CM_11_avril_2011

On lira ci-après deux articles que j'avais produits dans Aix en dialogue et un autre article sur mon blog.

Aix en dialogue, septembre 2006

Les vélos de la discorde
Changer les abribus et renouveler les panneaux électroniques d'information, pourquoi pas ? En soi, cette amélioration visant à donner une image plus agréable et plus fonctionnelle de ces mobiliers et à informer correctement n'est pas incongrue. Là où les choses prennent un autre tour, c'est lorsqu'on examine la forme de la procédure utilisée. Car, à ce marché, la municipalité a conjoint un autre projet – un service de prêt de vélos – artificiellement lié au premier.
Pour comprendre, il faut savoir que le premier est un marché public fondé sur une concurrence pour laquelle la ville paie et n'encaisse rien. Pour le second, la perception de recettes alimentées par les usagers nécessite une délégation de service public accordée à un concessionnaire qui se substitue à la ville. Les deux marchés auraient donc dû être traités de manière distincte.
S'il est vrai que certaines villes ont adopté un système comparable, a contrario la ville de Marseille, prudente, a préféré retirer un dossier du même type. A nos yeux, en effet, cela ne tient pas la route juridiquement parlant. Un seul dossier présenté avec un mélange de deux procédures différentes limite très fortement la concurrence. Il aboutit à la candidature unique – cela a été le cas – puisque la rédaction du cahier des charges ne peut s'appuyer que sur les données connues émanant du plus apte à répondre à cette double exigence !
Petits vélos
Si les deux aspects du dossier ci-dessus avaient été considérés séparément, celui des vélos aurait eu un impact plus grand pour le public. Encore aurait-il fallu le mettre en conformité et en cohérence avec les dispositions globales du Plan de déplacements urbains et notamment le "schéma vélo" qui a fait l'objet d'un rapport mais n'a jamais été voté ou appliqué sur l'ensemble de la Communauté d'Agglomération du Pays d'Aix, un schéma déclinable dans chaque commune. Au lieu de cela, le problème, traité de manière isolée et fragmentaire, est plutôt mal… enfourché.

Aix en dialogue, juillet 2007

V’Hello ou comment gâcher une bonne idée
La Ville d’Aix a décidé de mettre en place un service de vélos sur le modèle lyonnais. L’idée est a priori intéressante tant la réussite lyonnaise est parlante. On pourrait donc s'en féliciter si l’application de cette idée n’était dévoyée.
Le grand Lyon avec ses 450.000 habitants propose 3.000 vélos, soit 1 vélo pour 150 habitants. Et ça roule tellement bien qu’ils envisagent d'augmenter le nombre à 5.000. A Aix, il y aura 220 vélos pour 150.000 habitants, en contrepartie de la publicité couverte par le marché public. Cela fait 1 vélo pour 682 habitants, soit 5 fois moins qu'à Lyon. On peut donc s’interroger sur le poids de cette nouvelle installation.
Sur l’implantation des bornes vélos, force est de constater que la Ville d’Aix a tenu à limiter leur localisation dans l’hyper centre. Alors que l’on aurait pu s’attendre à ce que les quartiers ou les parcs relais soient concernés afin de réduire l’usage de la voiture au profit du vélo, rien de tel n'a été mis en place. V’Hello risque donc d’être plus un gadget touristique qu’un moyen de transport pour les Aixois.
Mais ce qui jette un doute sur la pertinence réelle de cette installation, c’est l’absence de politique vélo qu’elle cache. Ainsi, aujourd’hui, les couloirs de bus restent interdits aux vélos, certaines zones urbaines sont interdites à la circulation vélo (comme les "Allées provençales"), aucun schéma vélo n’a été réalisé alors qu’une étude commandée par la Communauté du Pays d’Aix est dans les tiroirs depuis 3 ans, aucune piste cyclable protégeant les cyclistes n’a été construite.
En matière de transport, on ne nous mène pas à vélo… mais en bateau.

Sur mon blog, mars 2010

Rapport de la Chambre régionale des comptes
Le dispositif V'Hello
Il s'apparente autant à une opération de promotion de l'image de la collectivité qu'à la mise en place d'un véritable service à la population. Les possibilités de mise en concurrence du dispositif V'Hello ont été restreintes en raison de son intégration au marché relevant du mobilier urbain (un seul candidat : JC Decaux). Il en résulte un coût annuel pour la collectivité de 3.000€ par vélo. Le choix de la collectivité s'explique d'autant moins que le poids des prestations relatives aux vélos représente 73,5% des prestations totales. 
On constate une sous-utilisation des vélos pour la première année de fonctionnement du dispositif et donc un niveau de recettes de location très faible. Cette sous-utilisation est liée à une publicité insuffisante, à une mauvaise implantation de certaines stations de vélos et aux difficultés de déplacement dans le centre historique. Une meilleure analyse des besoins avec une mise en concurrence séparée du marché de mobilier urbain aurait sans doute permis de mettre en place un dispositif mieux adapté et moins coûteux.
Mon commentaire
Coûteux et peu rigoureux…
La Chambre a relevé l'incongruité du dispositif V'Hello. Comme je l'avais souligné en son temps, l'appel d'offres unique aurait dû faire l'objet de deux marchés distincts : l'un pour les vélos, l'autre pour le mobilier urbain. En regroupant les deux, la municipalité a ainsi réduit la mise en concurrence à la seule candidature susceptible d'y répondre sous cette forme, JC Decaux. Ce qui en résulta sans surprise.
L'os, c'est que la Chambre régionale des comptes pointe à son tour la mauvaise affaire faite par la Ville :
 "Une meilleure analyse des besoins avec une mise en concurrence séparée du marché de mobilier urbain aurait sans doute permis de mettre en place un dispositif mieux adapté et moins coûteux".