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Le livre de l'Histoire d'Aix vient de figer une de ses plus grandes pages. Félix Ciccolini est décédé le premier mai quelques semaines à peine après son épouse dans son petit village natal de Cozzano en Corse dont il avait raconté dans un ouvrage la période de 1800 à 1935.
Dans le livre de Louis Philibert, "Souvenirs souvenirs" publié en 1994, Félix Ciccolini témoignait ainsi sur le député dont il avait été le suppléant en 1962 : "Ayant travaillé à ses côtés au début de sa députation, je garde le souvenir du dévouement inlassable qu'il apportait à tous ceux qui avaient rencontré le malheur et venaient frapper à sa porte. Ils étaient fort nombreux et Louis s'occupait de tous, sans négliger les problèmes généraux qu'il a toujours su dominer avec une force tranquille hors du commun." On peut désormais aisément lui retourner le même hommage.
Félix Ciccolini a fortement marqué notre ville par sa personnalité humaniste exceptionnelle. Mais aussi pour la mutation et l'essor économique, social et culturel qu'il lui a fait prendre. Le milieu des années 60 a représenté un tournant décisif pour le développement d'Aix, notamment avec l'envolée démographique qui avait doublé en dix ans.
L'une des réalisations les plus visibles encore aujourd'hui est la zone d'activités des Milles. Il la lança dès son élection comme maire en 1965. Louis Philibert rapporte dans son ouvrage qu'il n'eut aucun mal à convaincre le Conseil général dont il était président d'accorder un prêt sans intérêt à la Ville d'Aix pour démarrer l'opération.
Les deux autres grands chantiers ont été l'achèvement du quartier d'Encagnane et le lancement de la ZAC du Jas de Bouffan qui allait voir surgir plus de 5.000 logements.
La liste serait longue de tout ce que Félix Ciccolini a mis en œuvre en onze ans (de 1967 à 1978).
Réservé mais efficace, l'avocat qu'il était (il fut aussi Bâtonnier de l'Ordre d'Aix en 1974-75) savait plaider inlassablement la cause aixoise et la défendre avec ténacité.
Un élu doublé d'un travailleur acharné
S'il essuya un échec momentané à sa première candidature municipale en 1965 contre Henri Mouret, maire depuis 1945, il parvint à endosser l'écharpe de maire par un recours qui inversa les résultats en 1967 (lui donnant finalement 41 voix d'avance grâce à une jurisprudence comptabilisant les professions de foi comme votes valables). Réélu en 1971 avec 77% des voix, il fut victorieux une nouvelle fois en 1977 avec Jean-François Picheral comme premier adjoint.
Mais en 1978, l'élection fut annulée (avec 728 voix d'écart). Avec la nouvelle élection, il dut alors céder la place à Alain Joissains qui remporta la mairie. Cette élection fut aussi annulée. Et lors du troisième scrutin, Alain Joissains fut élu maire au premier tour contre Jean-François Picheral, candidat pour la première fois au poste de maire.
Pour mémoire, le scrutin proportionnel n'existait plus depuis 1959. La majorité emportait tous les sièges. Ce n'est qu'en 1983 que le système électoral permit de nouveau à l'opposition de siéger.
Félix Ciccolini fut aussi conseiller général du canton Nord (il n'y en avait que deux à l'époque, devenant trois en 1986) de 1970 à 1982, et sénateur de 1971 à 1989, soit pendant 18 ans, occupant même le poste de vice-président du Sénat.
Socialiste il était, socialiste il resta, jusqu'à son dernier jour.
Anecdotiquement, Louis Philibert raconte aussi qu'en 1962 Philippe Seguin, à ce moment-là jeune étudiant socialiste à Aix, et pigiste au journal Le Provençal, avait fait campagne pour lui à la députation et soutenu ensuite Félix Ciccolini à la mairie en 1965.
Souvenirs personnels
La disparition de Félix Ciccolini affecte tous ceux qui l'ont connu. Il ne fait aucun doute qu'il restera dans la  mémoire aixoise comme le modèle du travailleur acharné et un homme à l'honnêteté exemplaire.
Il y encore moins de dix ans, on le croisait en ville accompagné de son épouse, marchant modestement comme de simples citoyens.
Plus personnellement, j'avais rencontré Félix Ciccolini à la sortie d'un conseil municipal en 1968. La vie de la cité et les séances publiques m'intéressaient déjà et j'y assistais souvent.
Une autre fois, ce fut lors de l'élection municipale de 1995. Il était présent au premier rang à la réunion publique organisée à la salle Carnot pour soutenir la liste Picheral. Lorsque vint pour moi le moment de prendre parole en tant que représentant de mon courant politique, je ne pouvais m'empêcher de chercher à lire les réactions de son visage. Il souriait et cela me mit en confiance.
Plus tard, en juin 2000, à la mort de Louis Philibert, une foule considérable était massée devant sa mairie du Puy Sainte-Réparade. Au départ d'Aix, Jean-François Picheral me demanda de prendre Félix Ciccolini dans ma voiture. Ma réponse fut évidemment immédiate, un honneur pareil ne se décline pas.
Plus récemment, c'était le 15 novembre 2006, Michel Pezet me convia à un déjeuner en ville à La Madeleine. Il y avait là Félix Ciccolini et son épouse, exquise de gentillesse et d'une attention délicate de tous les instants pour lui. Il nous assurait qu'il soutenait notre démarche pour les élections municipales de 2008, ce qu'il officialisa par une lettre publique quelques temps après. C'est sa fille Noëlle, candidate avec nous, qui s'en fit la porte-parole légitime et de cœur.
A cet instant, je pense à toute sa famille qui se réunira mardi sous le ciel corse pour accompagner Félix en le sol qui l'a vu naître.