Mensonges, manipulation et propagande au quotidien. L'exemple vient d'en haut si l'on ose dire. Les comptes de la France sont dans le gouffre. Alors, ils s'y mettent à deux pour essayer d'anesthésier les Français et les médias. Tour à tour, François Fillon et Nicolas Sarkozy dénoncent le nombre d'emplois publics pour mieux tailler sec. Pour paraître vertueux, ils accusent les collectivités territoriales d'embauches excessives.

Hier encore, Sarkozy a présenté les grandes lignes de sa réforme des collectivités territoriales stigmatisant aussi le nombre trop important d'élus, annonçant son souhait de le diviser par deux. Pendant ce temps, et depuis que la hache s'abat sur les effectifs de différents ministères, on ne constate aucune embellie dans le budget de l'Etat. Bien au contraire, tout s'aggrave.

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Les tableaux des records et les prévisions jusqu'en 2013

Reprenons donc les chiffres pour les collectivités territoriales. Fillon cite à la volée une augmentation de 36.000 fonctionnaires par an, Sarkozy n'en voit qu'une louche de 30.000. Ils ne sont même d'accord entre eux. C'est dire le sérieux des propos. L'exagération est telle dans les deux cas que la charge en deviendrait insignifiante si elle n'était la confirmation de l'état d'esprit malveillant à l'égard des collectivités opportunément à la veille des débats sur la réforme territoriale et à 5 petits mois des élections régionales. Drôle de hasard !

à Quelques remarques générales formulées par l'ARF (Association des régions de France) :

Même après les transferts de compétences liés à la Loi de 2004, les dépenses de personnels en Régions représentent moins de 10% des budgets (fonctionnement et investissement confondus) alors que le chiffre moyen est de 50% dans les grandes villes (à Aix, c'est 54%) et autour de 30% dans les départements. Quant à l'Etat, chacun sait que l'essentiel de ses dépenses de fonctionnement est lié aux dépenses de personnels civils et militaires.

Que l'Etat veuille imposer aux collectivités territoriales le non remplacement d'un départ sur deux à la retraite est totalement contradictoire avec le principe constitutionnel de libre administration des collectivités locales.

On ne peut pas à la fois se féliciter que l'emploi public serve d'amortisseur social en période de crise et dénoncer l'emploi public dans les collectivités locales.

Alors qu'il s'y était engagé, l'Etat n'a jamais transféré les emplois d'encadrement correspondant aux compétences transférées… donc les Régions ont dû recruter des cadres, par exemple pour gérer les TER et le personnel TOS !

L'Etat employeur ne respectait pas toutes ses obligations légales vis-à-vis des TOS, par exemple en matière de médecine du travail… Les Régions respectent le droit et ont donc dû recruter !

à Quelques chiffres puisés à la meilleure source, puisqu'il s'agit d'un document édité par le ministère de la Fonction Publique (faits et chiffres 2008-2009) :

Au 31/12/2007 (derniers chiffres connus) la Fonction publique territoriale emploie 1,75 million d'agents ; les effectifs ont augmenté de 3% en moyenne annuelle depuis 1996 !

Tout en ayant multiplié leurs effectifs par 5,5, (ce qui correspond à l'arrivée des TOS…) les régions ne représentent que 2,7% de l'emploi territorial.

En 2006-2007, les effectifs de TOS entrant dans le cadre d'emploi créé pour eux sont passés de 6.900 en 2006 à 52.600 en 2007 et le mouvement doit se poursuivre puisque d'ici à 2010, ce sont 90.000 agents TOS supplémentaires qui seront transférés sous gestion régionale ou départementale…

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La dette publique en France jusqu'en 2008

Concluons par ceci. Beau paradoxe et même triste cynisme. Alors que l'Etat oblige les collectivités territoriales et les administrations publiques à produire des budgets en équilibre sous peine de mise sous tutelle, le gouvernement se permet de mettre la France à sac en creusant tous les déficits, entraînant une inflation de la dette jamais vue à ce jour.

Pour 2009, l'Etat enregistre un déficit budgétaire de 141 milliards (passant de 2,3% du PIB en 2006 à 8,2% en 2009) et une dette de 1.420 milliards (passant 77,1% du PIB).

Qu'importe le chaos, Sarkozy lance une autre torpille, une soi-disant réforme avec pour cible la taxe professionnelle, soit 11,7 milliards à combler. Cela sans même avoir réfléchi à l'indispensable refonte globale de la fiscalité. D'où l'inquiétude des collectivités territoriales car la TP est l'une de leurs principales, sinon la principale, sources de leur revenu.

Bon, le trou de la sécurité sociale, le montée vertigineuse du chômage, les cadeaux aux plus riches, les prêts aux banques qui ont repris leur gavage, ce sera peut-être pour un prochain article. Faut d'abord essayer de digérer celui-ci !