Voici des extraits significatifs de l'interview de Sophie Joissains parue dans le n°58 du Ravi, encore en vente en kiosque. ­Les propos ont été recueillis par Michel Gairaud et Rafi Hamal. Les commentaires en bleu clair sont de moi. Dès que l'enregistrement sonore sera mis en ligne sur le site du mensuel, je publierai le lien en bas de cet article. En attendant, bonne lecture...

Maryse et Alain

"Mes parents sont des personnages (NDLR, lire le portrait de Sophie Joissains ci-après). Deux phénomènes de la vie politique et deux républicains majeurs. Ni l'un, ni l'autre n'ont eu le bac. L'une travaillait au guichet de la sécurité sociale lorsqu'elle est rentrée en capacité en droit, l'autre était docker et s'est payé comme ça ses études de droit. Ils ont été avocats tous les deux, maires d'Aix-en-Provence tous les deux. Ma mère et mes grands-­parents ont été communistes.

Le communisme cela mène surtout, même si mes amis de droite hurleraient, à beaucoup de rigueur dans le travail, de volonté et de ténacité. Je crois que Maryse en a fait montre durant toutes ces années."

Le clan Joissains

"Le père de Martine Aubry, c'est Jacques Delors. En politique, comme ailleurs, il y a souvent des familles de juristes, de médecins, des enfants qui reprennent des entreprises familiales. Je ne suis pas une exception. Thomas Hollande a travaillé pour sa mère, Ségolène Royal, aux présidentielles. Je comprends que cela puisse interpeller, que cela amuse ou fasse bondir mes adversaires. Qu'ils regardent aussi dans leur camp. Etre "la fille de" ne pose pas problème.

Cela serait le cas si l'on n'avait pas besoin de faire ses preuves. J'ai travaillé très dur pendant sept ans (NDLR, comme directrice de cabinet de Maryse Joissains à la communauté du pays d'Aix). Peut-être encore plus dur que si je n'avais pas été la fille de la présidente de la CPA. Dans ces cas-là, on vous attend un peu plus au tournant. Encore une fois, tout cela ne me gêne pas du tout. Il y a des cabinets d'avocats avec le père, la mère, les deux enfants. Lorsqu'on a souffert d'une affaire telle que nous l'avons connue (NDLR, Alain Joissains a été condamné pour recel d'abus de biens sociaux…), il y a un rassemblement familial très fort, une solidarité qui s'instaure…"

Annulation du contrat d'Alain Joissains

"Ce n'est pas une casserole. Nous partons en appel (NDLR, suite à une plainte de Lucien-Alexandre Castronovo, ancien conseiller municipal PRG, le tribunal administratif de Marseille a ordonné l'annulation du contrat de directeur de cabinet d'Aix-en-Provence. Alain Joissains a perçu durant sept ans un surplus de salaire de 167.800 euros qu'il devra rembourser si le jugement est confirmé…). Les délais ont été bizarrement étendus. Normalement, la loi donne deux mois après connaissance pour faire appel (…) et c'est quatre ans après que Lucien-­Alexandre Castronovo a déposé plainte [Le Tribunal a rejeté l'argument du délai]. La cour des comptes a fait son travail. Il y a eu un contrôle de légalité en préfecture [Le préfet n'a pas donné suite à ma demande de contrôle approfondi].

Sur le fond de l'affaire, Alain Joissains gagnait moins que ce que peuvent percevoir les directeurs de cabinet [Preuves à l'appui, c'est le contraiore]. Il n'avait pas d'appartement de fonction comme c'était le cas de son prédécesseur. Il avait droit, de par son statut donné par la loi, à des avantages dont il n'a pas profité [Et la voiture de fonction, par exemple ?]. On ne peut pas lui faire ce procès-là. En six ans, je ne crois pas me tromper sur l'échelle, il a fini par gagner 600 euros de plus que l'ancien directeur de cabinet [Un chiffre faux, mais une forme d'aveu qui contredit la déclaration précédente]. Il n'a pas outrepassé la décence là-dessus. Ce genre d'affaire n'est jamais agréable à porter. En même temps, en politique, on est blindé contre ce genre de chose. C'est tellement courant."

La fille s'émancipe

"Il m'arrive de ne pas être tout à d'accord avec ma mère. Le travail d'intérêt général pour les chômeurs, je ne suis pas pour. En revanche, je ne suis pas pour un assistanat, pour une assistance qui ne demande rien en contrepartie parce que je crois que c'est isoler socialement quelqu'un. La peine de mort, je suis contre. Nommer une rue aixoise Bastien Thiry (NDLR, officier pro-Algérie française exécuté après avoir tenté de tuer le général De Gaulle), c'est une bêtise. On a lancé ça à ma mère comme une boutade. Elle m'a dit que pour elle Bastien Thiry est quelqu'un qui est allé au bout de sa conviction et donc qui mérite une certaine considération sans approuver ce qu'il a fait. Je crois que la repentance au bout d'un moment ne sert pas à grand-chose."

Aux côtés de Sarkozy recentré

"Deux situations ne peuvent pas se traiter de la même manière. Quand on a un corps sain, on ne va pas vous donner des antibiotiques. En revanche, quand on est malade, vous nécessitez un traitement. C'est un peu le cas de la France aujourd'hui [Un peu seulement ?]. Tant que la croissance marche bien, que tout le monde a du boulot, un logement, ou qu'il n'y a pas notablement de problèmes sociaux [Là, on dirait que la situation s'aggrave ou je me trompe ?], on peut laisser aller un peu plus le libéralisme même si je ne suis pas pour le laisser-faire à tous crins. Mais en période de crise, on a besoin de contrôler les choses. Je suis passionnément modérée. Je suis à droite car elle permet de produire les richesses sans lesquelles il n'y a pas de partage. C'est tout. Je me sens plus humaniste que les socialistes."

Aux côtés de Christine Boutin

"Avoir exclu l'accession à la propriété des 20% de la loi SRU qui réglemente le logement social me semble une hérésie (NDLR, une majorité de sénateurs se sont opposés à ce projet de la ministre du logement. Sophie Joissains a soutenu Christine Boutin). Sur le terrain, les maires ne feront donc pas de l'accession sociale à la propriété. Pourtant, elle est nécessaire pour permettre l'ascenseur social et pour faciliter le changement de statut." [Il faudrait peut-être d'abord que l'OPH commence par construire des logements sociaux pour les familles les plus démunies, non ?]

Oui au TER, non a la LGV

"En toute sincérité, je ne pense pas que le TGV soit nécessaire (NDLR, la LGV, la ligne à grande vitesse pour relier Nice à Paris). J'aimerais faire un TER provençal. C'est une idée majeure. Il faudrait un TER de Marseille à Gap. L'ensemble du pays d'Aix serait desservi ainsi que celui de Manosque. Cela permettrait d'étaler le logement, de faire en sorte que les ménages qui, aujourd'hui, sont obligés de partir pour se loger puissent le faire sur le territoire, cela permettrait de faire venir des entreprises. L'urgence est là et pas ailleurs. Il faut savoir, de surcroît, que les Italiens ne veulent pas de cette ligne, censée aller jusqu'à Gênes. Ils s'en foutent royalement. Ils préfèrent une autre forme de rail qui va à Milan, leur capitale économique.

Je ne vois pas l'utilité de la LGV [La même position que Maryse Joissains vient d'adopter après avoir soutenu le contraire] si ce n'est pour Nice et les Parisiens. Si on met malheureusement beaucoup d'argent sur cette ligne, si elle devait se faire, on n'aura pas les moyens de financer un TER. Dans ce cas, il faut au moins qu'elle passe par les métropoles (NDLR, via Marseille et Toulon)."

Aix, capitale provençale de la culture

"Si Marseille est capitale européenne de la culture en 2013, Aix-en-Provence est capitale de la Provence. Donc il y aura une belle complémentarité (…). Notre ville d'Aix a eu besoin de se protéger un petit peu sur le plan financier. Nous ne voulions pas que Marseille absorbe tout. Maintenant, on va marcher main dans la main. La volonté gouvernementale de faire le pont de l'autre côté de la Méditerranée, est aussi une très bonne idée."

Après Maryse, Sophie ?

"Bien sûr que cela m'a traversé l'esprit de me présenter un jour à la ville d'Aix-en-Provence, je vous mentirais si je vous disais l'inverse. Je ne suis pas la seule. Mais ce n'est pas du tout une certitude. Je me suis donné quelques années pour réfléchir." [Allez, au hasard, on va dire cinq ans ? Juste un an avant la prochaine élection municipale ?]

Joissains_maire_et_fille

(Clic sur l'image pour agrandir)

Joissans, maire et fille, Dessin osé de Trax, paru dans Le Ravi de décembre 2008

Cumul familial

L'édito de Michel Gairaud

Dans la famille Joissains, je demande la fille. Bon, d'accord ! Cela l'agace, Sophie, qu'on lui parle tout le temps de Maryse et d'Alain, maman et papa. Il faut dire que la première est députée­-maire d'Aix-en-Provence, ville dont le second a aussi été le premier magistrat. Il faut dire aussi que tout, dans son parcours politique et même professionnel, la relie à ses célèbres parents.

Comme sa mère, à 18 ans, elle rejoint les radicaux valoisiens, ceux qui préfèrent s'allier à droite. Côté étude, comme ses géniteurs avocats, elle opte pour le droit. Elle est juriste criminologue spécialisée en victimologie. Son père en connaît un rayon en la matière : en 1983, une condamnation pour abus de biens sociaux le conduit à démissionner de son mandat de maire [Il n'a pas démissionné, il n'a pas pu se présenter à l'élection suivante pour inéligibilité] et à être radié du barreau. Inéligible, il n'aura de cesse de laver l'honneur de son nom bafoué. Grâce aux prouesses de sa femme et de sa fille.

Après une courte escapade dans le milieu culturel et une société de production de film d'art et d'essai, Sophie est vite enrôlée dans la grande saga familiale. A peine élue en mairie d'Aix-en-Provence, Maryse Joissains la nomme, à 32 ans, directrice de cabinet de la CPA qu'elle préside. Son père, lui, officie comme directeur de cabinet en mairie, très généreusement rémunéré. De quoi faire hurler l'opposition qui dénonce une situation manifeste de népotisme, un système clanique.

En 2008, la carrière politique de Sophie Joissains démarre officiellement. Et bien plus vite que le train à grande vitesse censé frôler un jour la Sainte-Victoire. Grâce à la réélection de sa mère, elle obtient, en mars, son premier mandat et devient 8e adjointe d'Aix-en-Provence, à la fois chargée de la politique de la ville et de plusieurs dossiers culturels. Moins de six mois plus tard, toujours suite à l'intervention de sa mère, elle est propulsée n°2 sur la liste conduite par Jean-­Claude Gaudin aux sénatoriales…

La voilà donc, à 38 ans, benjamine du groupe UMP au palais du Luxembourg. Façon de parfaire le tableau de chasse de Madame la sénatrice, Maryse Joissains l'a aussi gratifiée d'une vice­-présidence à la CPA. Pourquoi se gêner ! En cumulant tous ces mandats, auxquels se rajoutent ses responsabilités de secrétaire nationale du parti radical, Sophie Joissains a tous les atouts pour se faire un prénom. Et hériter de la mairie d'Aix-en-Provence ?

Le site du Ravi : www.leravi.org