A-t-on tout dit et entendu de la cacophonie du vote socialiste ? Qui a "perdu" ? Qui a "gagné" ? Que va-t-il se passer ? Certes, il appartient au parti socialiste de régler ses propres comptes. Pourtant, ce chipotage de voix allées ici plutôt que là et vice-versa ne peut suffire pour comprendre les affres du PS.

Depuis 2007, des milliers d'adhérents qui avaient pris une carte (dont celle à 20€) pour voter pour l'investiture présidentielle n'ont pas renouvelé leur adhésion. Lors du vote de vendredi dernier, pour le second tour l'élection d'une première secrétaire, la participation n'a atteint que 58,87% au plan national et 58,38% dans les Bouches-du-Rhône. Un peu plus de 40% se sont donc totalement désintéressés de la vie de leur parti.

A Aix, sur les trois sections concernées, il ne s'est trouvé que moins de 50% pour aller voter (178 à Aix-centre, 102 à Aix-Ouest, la section Sud n'a pas fait connaître ses résultats). Le 20 septembre 2007, quelques mois avant l'élection municipale, il y avait 619 inscrits aixois, 343 avaient voté. Vendredi, au mieux, il y a eu autour de 300 votants.

Qu'en est-il de la nature des militants ? Ce n'est un mystère pour personne, le PS, comme d'autres partis, est composé de nombreux élus (environ 20%/25% des adhérents) et d'employés des collectivités locales ou de structures liées à ces collectivités (environ 10/15% des adhérents). Ces personnes suivent en général les consignes de leurs "grands chefs" au moment des votes.

Les militants "moins liés", ceux qui votent parfois à l'encontre des recommandations nationales, l'exemple du referendum européen en est une bonne illustration, se déplacent moins pour participer aux votes. C'est donc en fonction de leur bon vouloir et des circonstances que les scores varient le plus.

Il faut aussi savoir que les listes d'adhérents comportent des "inscrits" sans pourtant vouloir dire qu'ils peuvent voter. En effet, il faut être à jour de sa cotisation annuelle. Les 232.912 inscrits pour le vote de la semaine dernière ne figuraient donc pas tous sur les listes d'émargement. Parmi ceux qui se sont présentés, certains ont dû régulariser une, deux, voire trois années de retard de cotisation.

C'est sur ces bases variables que les représentants des deux motions finalistes ont échafaudé des pronostics de résultats. Lorsque les premiers chiffres ont commencé à "remonter" vers le siège du PS, la motion Royal a sans doute compris que la bataille serait serrée. Là, je serais tenté de dire que l'on a assisté à un coup de bluff de ses porte-parole lorsque vers 23h30, ils ont balancé aux médias que l'on s'achemniait vers "une nette victoire de Ségolène Royal". Les représentants de Martine Aubry ont immédiatement répliqué que l'on en était à 50/50.

A l'approche de l'annonce des résultats quasi définitifs qui inversaient la tendance, je n'ai personnellement pas été surpris des premières protestations, puis contestations du camp Royal : "Nous ne nous laisserons pas voler notre victoire", comme pour accréditer l'idée que la défaite ne pouvait s'expliquer que par des fraudes organisées.

Comment les socialistes vont-ils se sortir de ce guêpier ? A eux de faire la clarté, si tant est qu'ils puissent la faire et se réconcilier… Il est étonnant d'avoir entendu Ségolène Royal prôner le recours au vote direct des militants et, en cette occurrence, de contester leur souveraineté. A mon avis, un autre vote – réclamé en général quand on est en difficulté – n'a aucun sens. Il n'y aurait sans doute pas les mêmes participants et les tendances dégagées vendredi agiraient comme un sondage susceptible d'influencer d'autres votes dans un sens ou dans l'autre. Le salut, s'il y en a un, ne peut venir que de la vérification objective des votes déjà émis.

Quoi qu'il en soit, le PS a d'autres sujets plus graves à régler s'il veut encourager la gauche entière à lui faire de nouveau crédit de confiance.

 

Scoop : Les dessous des votes des motions dans les BDR

 

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Le 6 novembre, soit deux jours avant le congrès socialiste de Bouches-du-Rhône à Châteauneuf-les-Martigues, avait lieu dans chaque section du département le vote sur les motions.

Voici, à l'état brut, le compte-rendu, que j'ai pu me procurer, rédigé par un scrutateur national chargé de contrôler le déroulement du vote dans un bureau marseillais.

 

Primo, je rappelle que les Bouches-du-Rhône sont une grosse fédération "promise" à la Motion E (Royal). On nous avait aussi averti d'un accord avec une autre motion pour "couvrir" ces méfaits, contre un certain % de voix. Arrivé ce jeudi en début d'après-midi, on nous informe de cela !

L'élu et leader local de la motion E (je ne le citerai pas ici… mais c'est facile de savoir qui il est), apprenant que plusieurs votes dans des sections du coin seront donc contrôlés sur la base des règles communes et autres circulaires adoptés en Bureau National, nous propose carrément "30 à 50 voix de plus pour vous dans certaine sections" si finalement on abandonnait ces contrôles sur place (refus total, of course, de notre part !) : belle mise en bouche, n'est-ce pas ?

On ne compte plus les élu-e-s locaux à qui on a retiré des moyens (collaborateurs, voiture, places de matches de l'OM ! etc.) pour ne pas être sur la "bonne" motion dans ce département… Permets-moi juste de ne pas être du tout exhaustif (j'ai, comme tous les autres scrutateurs dépêchés ça et là, des notes copieuses, des noms et des preuves matérielles diverses permises notamment par qulques technologies modernes !), je réserve cela aux instances chargées de valider la sincérité des scrutins…

Dans cette section importante dans Marseille (+ de 350 militants potentiels sur le fichier "Rosam" de la section !) que je surveillais très officiellement comme "scrutateur national", voici quelques choses constatées :

ŸDès que je suis arrivé, on m'a présenté un vieux monsieur comme "partisan de ta motion", j'ai donc cru à sa vigilance amicale quelques heures, mais je me suis très vite ravisé… Il a fini par me vouvoyer avec mépris, vouloir "m'interdire de parler avec des militants" de cette section et m'agonir de propos sur ces vilains "parigots" qui feraient mieux de contrôler les magouilles dans les sections parisiennes, etc., etc.

ŸAucun isoloir ou coin un tant soit peu clos ou isolé pour voter (ce fut même constaté par un huissier envoyé par la motion E dans toutes les sections, un brin étonné…)

ŸUne urne "artisanale" non transparente, contrairement à ce qui est a priori demandé,

ŸA peine 10% des gens qui sont venus ont présenté une pièce d'identité, ceci a été présenté - sans appel - comme un acte de confiance et de convivialité,

ŸUn responsable local surpris à plusieurs reprises en train de signer en douce, au feutre noir, en lieu et place de militants du fichier,

ŸDe 18h30 à 22h, le secrétaire de section et de grands élus du coin étaient dans la pièce à côté et le bureau au dessus (sans que je puisse trop les voir ni les entendre beaucoup donc), faisant crépiter non stop les coups de fil et autres textos pour rameuter des troupes surgies d'on ne sait où… Alors qu'en général les élus surveillent quand même pas mal les votes !

ŸPlusieurs personnes très insistantes pour voter par procuration, chose interdite pour ce vote !  Je suis parvenu à empêcher toute dérogation…

ŸUne personne âgée, sans doute vraiment une honnête militante, a voté alors qu'elle n'était pas sur le fichier (non transférée),

ŸJe ne compte pas les fois où on m'a fortement incité à quitter la pièce pour manger un morceau, boire un coup ou prendre l'air… J'ai juste pu, entre 16h50 et 23h15 (fin du dépouillement et du comptage), 1mn chrono, grâce à la présence furtive d'une fille de la motion C, pu aller… faire pipi une fois !

Ÿ  Totalement isolé (aucune autre personne de la motion A, B ou C par exemple, pour surveiller les opérations de vote) je n'avais même pas la moindre vue sur la devanture et vitrine de la section (plusieurs personnes ont quand même déclaré avoir été amenées puis ramenées en voiture…), la salle où le vote se faisait ayant vu, dès 17h20, son rideau de fer baissé pour d'obscures raison de sécurité…

ŸUn mode de dépouillement un peu baroque (j'en réserve pour l'instant le détail par le menu aux instances internes, sorry)…

ŸDe nombreux votants (j'en ai compté un nombre certain…) arrivent sans dire bonjour ou saluer quiconque, vouvoient les gens qui tiennent le bureau, ne savent pas qu'on doit cocher quelque chose, ne plient pas leur bulletin pour tenter de le glisser (laissant leur choix de vote à la vue de tous), ne savent pas qu'on doit signer quand on a voté… bref, des gens sans doute braves mais qui ne connaissent rien du PS : ce ne sont pas de vrais "militants", c'est très manifeste.

ŸDébarquement subit et simultané d'une douzaine de gamins (16 à 19 ans maxi ?) en tenue de foot (crampons avec de la terre…) qui vont vers l'urne très très "drivés" : on leur donne le bulletin, on leur montre où cocher - à la chaîne - et enfin, chose que je n'aurais même pas osé imaginer !, on annonce haut et bien fort "Toi, M. Bidule Truc,, là, allez tu votes", les gamins hilares se succédant pour apposer un vague gribouillis, grimant difficilement leur nom d'emprunt… J'ai testé quelques-uns, ils ne répondaient pas à leurs prétendus "prénoms"… Est-il besoin de mentionner qu'ils étaient presque tous beurs ou blacks de ce quartier populaire et que, comme par magie, leurs noms et prénoms du moment étaient tous très "européens"..; ? Des membres du PS locaux - de tous âges - nous ont simplement dit dans la nuit, presque blasés : ces jeunes ont tout simplement gagné "50 euros en liquide" en venant à la section ce soir. Attention : je ne saurais pas jurer que ce fut bien le cas - puisque c'était à l'abri de mon regard déjà fort occupé - mais c'est une des explications très plausibles pour expliquer cet afflux et motivations à voter pour autrui en ricanant…

ŸJe ne compte plus les "petites gens" (femmes de ménage, fonctionnaires et syndicalistes locaux, ouvriers en tenue de sécurité, de chantier, de cuistot…) qui sont passé voter très très vite sans manifestement ne connaître aucun militant, ni aucune des procédures de vote interne, hésitant sur que faire de ce bulletin avec le poing et la rose (cocher, entourer, déchirer…), faisant finalement leur choix de "case" au vu et au su de tou-te-s, après index dûment posé là où il faut par les gens du cru…

En complément rapide : un collègue scrutateur  plus âgé et aguerri que moi, et aussi sérieux que peut l'être un conseiller d'Etat, a eu la vive surprise de découvrir une section où 50% (oui, oui !) des personnels d'un établissement public local sont "membres du PS" local… Avec un vote à quelque 90% pour la même motion, quelle cohérence humaine rare !

Un autre a vu, lors du vote, un agent d'une collectivité s'embrouiller : il a sorti sa carte… d'adhérent UMP avant celle du PS. Et oui, il avait les 2 !!! Etc., etc., etc. je me demande si quelqu'un y croirait dans une fiction… ? Franchement, c'est personnel, mais je n'ai rien vu d'aussi DINGUE depuis 2006, quand je suis allé en Russie (…), face à des zozos "impayables", voire dangereux, pour la  démocratie !

Ce tableau vécu de l'intérieur te parait-il assez éloquent ? … ou consternant ! ? Je précise bien que TOUTES les motions avaient évidemment le droit d'envoyer des "scrutateurs" partout où ils le voulaient en France, pour éviter ou traquer de tels errements… Seules celles qui l'ont fait peuvent donc arguer de "magouilles" ici ou là, et les démontrer.

La totalité de ce que je dis ici, qui n'est donc pas complet ni entré dans tous les détails, est avérée et je suis prêt à le soutenir devant les gens de la section contrôlée, devant une caméra, un tribunal ou X leaders nationaux de toutes les motions ou courants ! (Fin du message reçu)