mardi 7 octobre 2008

La peste sportive

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Bon, aujourd'hui, je me jette à l'eau. Je sens que je prends le risque de perdre des lecteurs mais, tant pis, je n'ai pas envie de me gêner.

Une nageuse vient mêler ses larmes dans les eaux de Marseille et voilà qu'on nous bassine de flots de commentaires dégoulinants d'admiration béate. Elle vient, dit-elle, d'avoir un "coup de foudre" pour les ondes méditerranéennes – aïe, gare, s'il se termine comme tous ceux qu'elle a eus avant – mais celui-ci est assorti d'une bouée avec rémunération anticipée. Bien sûr, devant tant d'amour déclaré, on a envie de boire ses paroles.

Pourtant, là, on sent que beaucoup ont à y gagner et que le sport dans tout ça, c'est secondaire. Les prédateurs ont monté l'affaire. Ils ont guetté la proie, une qui génère beaucoup de remous sur sa personne, et l'ont prise dans leur cercle. Il y a donc du fric à se faire et du papier à vendre. Pas un seul mal de genou (le claquage de cerveau, c'est plus difficile) qui ne sera exploité, comme pour les footballeurs. Pas un seul moment de déprime qui ne sera filmé, comme pour certains artistes qui viennent pleurnicher sur leur passé d'alcoolo ou de camé.

En une semaine, avec l'arrivée de la naïade olympique, oui, oui, à Marseille tout doit être olympique, on sait déjà ce qui nous attend chaque jour : une bonne rasade d'infos futiles et d'interviews ras-le-bonnet, et puis la tasse jusqu'à la nausée. Une vraie tyrannie, quoi.

Mauvaise coïncidence, ce même jour, on apprend que deux nouveaux cas de dopage ont été détectés au Tour de France. Pendant ce temps, les petits sportifs amateurs rêveront sur le banc de touche et oublieront qu'on leur mégote les moyens pour pratiquer sainement leur activité préférée. Le message politique est clair : il faut des machines à fantasmes, des élites qui écrasent tout. Les miséreux peuvent retourner dans leurs vestiaires, quand ils en ont, et noyer leur chagrin dans leurs larmes, s'il leur en reste.

Tiens, la mécanique est si bien rodée que même le ministre de l'éducation a songé à offrir des médailles aux écoliers qui surnagent, les autres peuvent couler…

J'ai trouvé plus virulent que moi. Voyez plutôt cet article paru dans Siné Hebdo du 17 septembre 2008, signé Jean-Marie Brohm. Ça défoule…

"La peste sportive "

Depuis la coupe du monde de football gagnée en 1998 par les "Bleus", l'hystérie sportive n'a cessé de gagner du terrain en France. Hommes politiques et jour­nalistes, artistes de variétés et stars du show-biz, écrivains et "grands penseurs de notre temps", tous ont entamé le couplet mystificateur de la "France qui gagne", de la France qui "chante la Marseillaise", tous - socialistes en tête - ont succombé à l'idolâtrie d'un Zidane au salaire pharaonique, tous se sont faits les chantres extasiés des mercenaires en crampons, experts en coups de boule et tacles assassins, tous ont "vibré" avec les olas des meutes de supporters enragés.

Et tant pis pour le tribalisme, le nationalisme, le chauvinisme, la haine xénophobe, le racisme, pourvu qu'on ait l'ivresse du ballon rond ! Après l'horreur footballistique, on a eu droit à la crétinisation du rugby organisée par la bande à Sarkozy (Laporte and Co) lors de la coupe du monde en octobre 2007 où l'équipe française des néandertaliens, aurochs, béliers et mammouths a pris une bonne raclée de "caramels", "cravates" et "plaquages à retar­dement" devant les joueurs de Sa Gracieuse Majesté, eux aussi mons­trueux crânes d'obus.

Pendant les jeux de la honte à Pékin, en août 2008, un incessant matraquage médiatique a intensifié jusqu'à la nausée la massification totalitaire de l'espace public par la propagande sportive.

Impulsée par toutes les agences idéologiques du libéralisme, la seule question qui ouvrait les JT était : la France, combien de médailles ? Pour une poignée de quelques breloques d'or, d'argent ou de bronze, soigneu­sement comptabilisées, on a donc eu droit à l'indécente exhibition de quel­ques spécimens de cogneurs à la mine déconfite par la défaite, de squales humains ruisselants de "lar­mes de bonheur", de spadassins ahuris, de nageurs gonflés comme des canots pneumatiques ou de handballeurs abrutis par les beuglan­tes de la victoire.

Entre-temps, il a encore fallu subir la farce grotesque des dupés-dopés du Tour de France, les ahanements obscènes des joueurs de tennis à Roland-Garros et Wimbledon et, bien sûr, les tourni­quets de la Formule 1 sur TF1.

"La monstrueuse mécanique du divertissement", pour reprendre l'ex­pression de Theodor W. Adorno, a ainsi trouvé dans le sport-spectacle multinationalisé une inépuisable source de chloroformisation des consciences et de dépolitisation. Le "tous ensemble" des luttes socia­les tend maintenant à être confondu avec l'union sacrée autour de "nos champions" qui, bien évidemment, puisqu'ils le jurent, ne sont ni dopés ni adeptes de l'exploit tarifé, mais d'honorables citoyens que l'on accueille comme des légionnaires romains de retour de campagne et que Sarkozy, lui-même petit jogueur au style de hamster hargneux, décore à l'Ëlysée comme des "Français exemplaires".

A part cela, la peste sportive n'a rien à voir avec la politique !

Posté par CASTRONOVO à 00:10 - - Commentaires [1] - Permalien [#]