Le Blog de Lucien-Alex@ndre CASTRONOVO

Citoyen d'Aix-en-Provence

mercredi 4 juin 2008

L’affichage publicitaire, pollution visuelle et mentale

liberation

Impossible d'y échapper. Affichage dans la rue, publicité dans la presse, à la radio et à la télévision… la liste n'est pas exhaustive. Il n'est pas le moindre programme de télé qui ne soit encadré par une annonce et présenté "avec la marque truc ou machin" sous un prétexte fallacieux de lien avec le contenu de l'émission. Rien d'innocent là-dedans.

J'ai trouvé cet article, lumineux, de Nicolas Hervé, doctorant, membre du "Collectif des déboulonneurs", en page Rebonds de Libération du 21 mai. A mon tour, de vous en faire profiter en lui en faisant la publicité… Deux minutes suffiront.

Elles s’imposent à nous en permanence, défigurant nos paysages, violant nos consciences, manipulant nos enfants : les affiches publicitaires sont incrustées dans nos villes, nos campagnes et nos transports. Tout le monde le constate, beaucoup le regrettent, certains le critiquent mais personne ne répond. Particularité française, notre pays est au premier rang mondial pour la proportion des dépenses publicitaires liées à l’affichage (environ 12 %, soit 2,5 milliards d’euros).

L’affichage est régi par une loi datant de 1979, extrêmement complexe, très permissive et qui est largement et régulièrement bafouée par les professionnels du secteur. Ceci est avéré et reconnu par les responsables politiques, toutes étiquettes confondues, et par la justice. A lui seul, ce fait mériterait que l’on s’interroge sur la loi actuelle, sur son application et plus largement sur sa légitimité.

Contrairement à tous les autres médias, l’affichage œuvre dans l’espace public. Il y occupe même une place privilégiée : il est impossible de s’y soustraire. Il ne s’agit pas de remettre en question la nécessité pour les acteurs économiques d’informer sur leurs activités. Mais qu’est-ce qui permet de justifier que les messages soient imposés aux usagers de l’espace public ? La liberté d’expression est fondamentale mais elle ne doit pas pour autant prendre le pas sur la liberté de réception. Tout individu doit avoir le choix de recevoir ou non un message, qu’il soit à caractère commercial ou non. Il est ainsi intéressant de noter que l’affichage politique et d’opinion est également réglementé, mais de façon beaucoup plus drastique tant dans les formats que dans la densité des dispositifs.

La dimension des affiches actuellement en vigueur, la généralisation des panneaux lumineux et déroulants, le déploiement toujours plus important des bâches sur les façades d’immeuble permettent de parler de pollution visuelle. Cette qualification est largement admise. Faut-il donc que les publicités aient un message extrêmement important à diffuser pour que collectivement notre société encadre et tolère ces débordements ? L’utilité sociale de cette activité est-elle si évidente pour qu’on ne s’interroge pas à son sujet ? La pollution visuelle et le non-respect des libertés individuelles seraient des contreparties acceptables devant les bienfaits miraculeux de l’affichage publicitaire ?

Quelles sont les réponses des responsables politiques ? Ils reconnaissent tous le problème, promettent d’y réfléchir, de travailler avec les associations sur le sujet, puis bottent en touche lorsqu’ils sont au pouvoir. Un exemple parmi tant d’autres concerne les réponses des différents ministres de l’Environnement aux questions des parlementaires qui les interpellent sur le sujet. Il est presque systématiquement fait référence au travail du Conseil national du paysage. Or ce fameux conseil ne s’est réuni qu’une fois, à sa création en 2001. Depuis, rien.

On nous parle actuellement d’une remise sur pied de cette structure. Avec quel périmètre ? Dans quels délais ? Là encore, c’est le flou artistique dans les couloirs du ministère de l’Ecologie. On parlait à l’UMP d’une refonte des lois sur le paysage pendant la campagne présidentielle. Ces questions ont été les grandes absentes du Grenelle et sont enterrées pour l’instant.

A travers l’affichage, d’autres questions liées au système publicitaire sont également soulevées. L’actualité a été plutôt riche de ce côté ces derniers mois. Le financement de services publics par la fameuse "manne publicitaire" a fait couler beaucoup d’encre en ce début d’année. Tout le monde semble d’accord pour dire que la suppression de la publicité est une bonne chose pour la qualité du service audiovisuel public. Cependant, à aucun moment la réflexion n’a été étendue à l’espace public dans son ensemble. Est-il normal que des services publics soient financés par une taxe privée ? Car, même si personne ne le rappelle, il est évident que l’argent de la publicité ne tombe pas du ciel. Les dépenses des entreprises pour leur communication extérieure sont de l’ordre de 30 milliards d’euros. C’est-à-dire 500 euros par personne et par an répercutés sur le prix des produits. Une nouvelle piste pour le pouvoir d’achat ?

Le système publicitaire prélève donc sa taxe, de façon beaucoup plus discrète que l’impôt public. L’homme politique est trop heureux de faire miroiter la gratuité d’un service et de s’enorgueillir de la stabilité des prélèvements fiscaux. Il s’agit là de la plus pure hypocrisie. Nous en avons récemment eu un bel exemple à Paris avec le marché des Vélib’ en échange de la concession des panneaux d’affichage sur le domaine public. Le règlement local de publicité voté par la suite est de la poudre aux yeux permettant au maire de justifier d’une action contre l’invasion publicitaire (preuve que le thème est porteur à quelques mois d’une échéance électorale) sans fondamentalement modifier le paysage urbain de la capitale.

Concernant les contenus diffusés par ces publicités, un exemple récent illustre bien les enjeux. Les spots publicitaires sur les aliments gras et sucrés sont sur la sellette grâce au travail de plusieurs associations qui arrivent péniblement à faire prendre en compte les dangers qu’ils représentent pour la santé des enfants, notamment en ce qui concerne l’obésité. Ce type de publicité est-il moins dangereux lorsqu’il s’étale en 4x3 dans la rue ? La justice a depuis peu apporté un début de réponse à cette question lors du procès de membres du "Collectif des déboulonneurs" en reconnaissant que le "risque environnemental, social et sanitaire" de l’affichage publicitaire est "sous-évalué".

L’affichage publicitaire est-il intouchable en France ? Les relations entre nos dirigeants politiques et les publicitaires sont-elles si fortes pour que la chape de plomb soit encore maintenue longtemps sur le sujet ? Ces questions appellent une "rupture" avec la politique des trente dernières années.

Posté par CASTRONOVO à 00:10 - Diablog - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Loi de 1979

La loi de 1979, si elle est effectivement complexe ,n'est pas si permissive que ça et il y a quelques années , sous de précedentes municipalités , des règlements locaux de publicité assez restrictifs avaient été mis en application , dans le cadre précisemment de cette loi . Une remise en ordre des différentes infractions avait également été entreprise et la situation avait été assainie pour quelque temps , en ce qui concerne la publicité installée chez les particuliers . Des zones de publicité autorisée sous certaines conditions , des zones restreintes et des zones interdites avaient été définies. Pour ce qui est du mobilier urbain qui ,lui est installé sur le domaine public et qui fait l'objet de nombreuses controverses et recours de la part de la Chambre Syndicale de l' affichage , le problème reste entier car il fait intervenir la grande capacité de persuasion de la maison Decaux essentiellement auprès des élus de tout poil . Hélas, le temps a fait son oeuvre à laquelle la solide réputation de la maison Decaux lui a permis de se montrer plus résistant que le règlement local !!!! Mais peut être qu'un jour , qui sait ?????? En tout cas , tout passe par la volonté des élus . est ce que ce sera le cas avec l'équipe actuelle ???? Vu l'expérience du précédent mandat , ce serait une heureuse surprise .

Posté par papou, mercredi 4 juin 2008 à 17:26

Les dérives s'accentuent

Je me souviens du gros toilettage du règlement local de publicité que Picheral avait souhaité. C'est Naslès qui en avait la charge. Et c'est parce que je m'en souviens que je n'ai cessé de dire lors du dernier mandat que je n'étais pas d'accord avec les dérives imposées dans le cadre du renouvellement des mobiliers urbains.
Mais le problème est plus vaste. Il concerne tout le paysage de la commune. Il n'y a qu'à voir le triste spectacle de la route d'Avignon par Célony pour comprendre que le laisser-aller a de beaux (ou mauvais) jours devant lui.

Posté par CASTRONOVO, mercredi 4 juin 2008 à 21:42

PUB ( SUITE )

Le toilettage avait commencé sous les mandats précédents mais c'est vrai que Nasles a eu le mérite de poursuivre et de le développer envers et contre tout ( ou tous ?, ) car les réactions des propriétaires bailleurs perdant la location des panneaux à retirer, auprès des élus ,sont nombreuses ,sans compter la rouerie et la mauvaise foi de certaines sociétés de publicité. Un autre aspect de la loi de 1979, que j'avais oublié d'évoquer dans mon premier propos, est qu'elle permet de s'attaquer aux enseignes et aux préenseignes et, là aussi , il y a du boulot! Enfin un travail important avait également été fait au niveau de l'affichage sauvage sur le mobilier urbain et en surplomb du domaine public de la part des boites de nuit et autres au prix de quelques temp chauds et d'innombrables palabres .Bref, vous l'avez compris: cette loi de 79, je l'aime!!!!En tout cas elle a au moins le mérite d'exister!

Posté par papou, jeudi 5 juin 2008 à 04:28

Agression

Pour beaucoup,comme moi, la publicité est une agression.
Pourquoi m'obliger à regarder un message, qui ne m'intéresse pas, ne me concerne pas, m'ennuie...

Pourquoi détériorer un paysage, qui vaut bien mieux que les élucubrations affichées ?
Ca fait moderne... Comme font modernes les jargons mâtinés de mots anglais utilisés par les publicistes pour faire passer des messages assez niais, finalement.

Ce système est une hypocrisie profonde, il s'adresse à tous et marque surtout les plus faibles d'entre nous. Pour avoir la plus belle voiture, le MP3 obligatoire, bref, comme le disait Souchon " de l'avoir plein nos armoires"

Intéressant, mais encore, la possession rend donc plus heureux dans nos sociétés ? Rien n'est moins sur, à voir la ruée des populations chez les psychologues et les psychiatres...

L'affichage, comme l'ensemble de la publicité semble une machine à "enconner" les gens !

Posté par Un de la Bande, jeudi 5 juin 2008 à 14:03

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