Un quart d'heure de plus
L'homme qui a prononcé ces mots savait parfaitement de quoi il parlait. Inspirons nous de cette force de frappe du Tigre.
"Celui qui peut moralement tenir le plus longtemps est le vainqueur : celui qui est vainqueur, c'est celui qui peut, un quart d'heure de plus que l'adversaire, croire qu'il n'est pas vaincu."
Georges Clémenceau
Sarkozy : les méchants et les gentils
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Sarkozy est dangereux à plus d'un titre, n'en doutons pas. Il possède une capacité indéniable à bien maquiller ses véritables intentions. Non seulement elles en deviennent attractives, mais semblent comme expurgées de leur vraie nature et des menaces qu'elles font en réalité peser sur ceux-là même qui, de bonne foi, se laissent séduire.
Pourtant, la mécanique est toute simple. C'est cette simplicité même qui rend le discours si redoutable, tellement efficace.
Voyons comment cela fonctionne :
1. Il y a deux catégories de Français : c'est la base du discours de Sarkozy, toujours opposer deux France, l'une mauvaise et fantasmée qu'il faut stigmatiser, l'autre bonne qu'il faut aider à prospérer ;
2. Vous faites partie des gentils : c'est la deuxième phase : l'auditoire doit être convaincu qu'il est dans le camp à qui l'on va faire du bien ;
3. Les uns (les méchants) mangent sur le dos des autres (les gentils) : tout ce qui ne va pas pour vous vient de l'existence de l'autre qui vous fait du mal ;
4. "Je n'accepte pas" les agissements des méchants (ils profitent de vous) : si je suis élu, je saurai être ferme (Sarkozy dit beaucoup qu'il "n'accepte pas" ; on remarquera qu'il prend bien garde de ne pas être plus précis) ;
5. "Je veux" privilégier les gentils (ils sont méritants) : il y aura des privilèges et c'est à vous que je les réserve, puisque vous faites partie du camp des gentils, je suis de votre côté, votez pour moi. CQFD.
Le raisonnement de Sarkozy est on ne peut plus évident : pour chacun d'entre nous, le méchant c'est l'autre, c'est bien humain. Il suffit donc de déclamer avec force et emphase qu'on fera une politique favorisant les gentils et intraitable avec les méchants pour que tout le monde applaudisse.
Cela revient à comprendre son discours de la façon suivante : "Je ferai une politique qui favorisera les uns et sera intraitable avec les autres". Considérant alors que cet homme ne fait pas mystère de son attachement au libéralisme, considérant par ailleurs la politique que mène la droite depuis cinq ans, on peut aisément deviner qui sont en réalité "les uns" (les quelques-uns) et qui sont en réalité "les autres" (tous les autres).
Le Mai 68 de Sarkozy et le nôtre
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Par Henri Weber (PS)
La caricature que Nicolas Sarkozy fait de Mai 68 n’est pas seulement grotesque. Elle est d’abord et avant tout inquiétante pour ce qu’elle révèle du personnage.
Le candidat de droite à l’Elysée présente Mai 68 comme un mouvement purement nihiliste, destructeur de toutes les valeurs et institutions. Il lui impute la responsabilité de tous les maux qui assaillent notre société, jusqu’à la pratique des stock-options, des parachutes en or et des retraites-chapeau importés, il y a dix ans, d’Outre-Atlantique.
Il faut une bonne dose de cynisme et de mépris de son auditoire pour faire porter à Mai 68 la responsabilité des abus les plus scandaleux du capitalisme financier d’aujourd’hui. Mai 68, c’est loin. Convoquer des évènements vieux de 40 ans pour expliquer nos difficultés d’aujourd’hui, c’est comme si l’on attribuait à l’affaire Dreyfus la responsabilité de notre défaite devant l’Allemagne en 1940 !
Quelques faits majeurs sont survenus, après 1968, qui ont produit leurs propres effets. La fin des "Trente Glorieuses", par exemple en 1975 ; la montée du chômage et du travail précaire ; la massification des lycées et des Universités avec la seconde révolution scolaire (1990) ; l’apparition des ghettos et des “quartiers sensibles”… Ces tendances lourdes éclairent les évolutions survenues au cours des quarante dernières années, bien davantage que ne le fait la Révolution de Mai.
Mai 68 n’a rien à voir avec la caricature haineuse qu’en fait Sarkozy. Ce fut un grand mouvement dirigé contre toutes les formes autoritaires d’exercice du pouvoir : dans la famille, le couple, à l’université, dans l’entreprise, dans la cité. Non pas pour détruire toute autorité, toute règle, toute hiérarchie, comme le prétend, sans rire, Nicolas Sarkozy, mais pour promouvoir un pouvoir fondé sur le consentement, la concertation, la compétence reconnue.
Ce fut aussi un grand mouvement égalitaire, contestant toutes les formes injustes de discrimination : entre les classes, les races, les genres, les préférences sexuelles… Non pour nier toute inégalité entre individus mais pour ne reconnaître comme légitimes que les inégalités liées au talent, au travail, au mérite.
Ce fut un mouvement hédoniste, mobilisé pour la libéralisation des mœurs, contre le puritanisme répressif d’une société encore profondément marquée par la morale traditionnelle. Non pour abolir toutes règles, toute norme, tout interdit comme l’affirme encore Sarkozy : l’agression et le viol n’étaient pas tolérés en 1968 ! Mais pour substituer à l’ordre moral en vigueur la liberté des rapports entre adultes consentants.
Mai 68 fut un mouvement idéaliste et romantique. Il récusait l’idéal de la société de consommation en plein essor – produire toujours plus et toujours plus vite des marchandises de moins en moins utiles. Il rejetait l’existence terne dont cet idéal était porteur : “métro-boulot-télé-dodo”. Au sommet de sa hiérarchie des valeurs, il plaçait l’accomplissement de soi, dans le faire et non pas dans l’avoir.
Mai 68 fut aussi individualiste, dans le sens où il voulait émanciper l’individu de la tradition et des grandes machines de pouvoir existantes. Mais son individualisme n’était pas égoïste, il était indissociable d’une nouvelle organisation de la société. Les enfants de Mai 68 voulaient substituer un ordre meilleur à l’ordre injuste des choses, ils ne se repliaient pas sous leurs tentes.
Comme tout authentique mouvement de masse, le mouvement de Mai 68 fut hétérogène, bigarré et, dans certaines de ses composantes, passablement délirant. Il s’est exprimé dans un langage marxiste, courant à l’époque, qui lui donne aujourd’hui une touche d’étrangeté. On peut chercher à le stigmatiser en le réduisant à ses composantes les plus farfelues. Mais son courant principal ne fait pas de doute : Mai 68 est un grand courant de démocratisation, de libéralisation et de modernisation de la société.
C’est pourquoi, malgré les campagnes de discrédit récurrentes de la droite, son rayonnement reste si fort.
Après sa défaite politique en juin 1968, ce mouvement va produire encore longtemps ses effets, dans le champ social, culturel et sociétal. Ses militants vont donner naissance à tout un ensemble d’associations activistes – Mouvement de libération des femmes (MLF), Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR), Comité d’Action pour les Prisonniers (CAP), mouvements écologistes, régionalistes, comités de locataires, de soldats, de consommateurs, d’usagers des transports en commun, etc. – qui transformèrent en profondeur la société française.
Le bilan de Mai 68, c’est d’abord une série de conquêtes politiques et juridiques émancipatrices : liberté de la contraception et de l’avortement, autorité parentale conjointe sur les enfants, possibilité pour les femmes d’ouvrir un compte en banque sans autorisation préalable du mari, droit à l’égalité professionnelle entre homme et femme, reconnaissance des droits des homosexuels, prise en compte des cultures régionales.
C’est ensuite tout un ensemble de conquêtes sociales, obtenues par la plus grande grève générale de l’Histoire de France : mensualisation des salaires, reconnaissance de la section syndicale d’entreprise, augmentation de 35% des plus bas salaires, création du SMIC, formation permanente, indemnisation totale du chômage…
Au débit de Mai 68, on peut mettre sa valorisation du recours à la violence comme méthode d’action, la réactivation d’une idéologie de "lutte des classes" qui avait amorcé une régression à la faveur des "Trente Glorieuses". Ce regain de notre culture d’affrontement a considérablement renforcé les rigidités de la société française à un moment où le ralentissement de la croissance, la révolution technologique, la mondialisation de l’économie, le renouvellement et la différenciation de la demande imposaient un énorme effort de redéploiement et de modernisation.
Modernisation du système productif, accompli pour l’essentiel, au cours des années 80. Modernisation de l’Etat – protecteur, régulateur, redistribuer – qui reste largement à accomplir. Tourner la page de Mai 68, sans doute. Mais ni plus ni moins que celle de 1936 ou de 1945 : en en conservant l’inspiration et la ferveur.
Le Ravi, à lire et à sourire
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Toujours aussi efficace, aussi plaisant et aussi pertinent, le n° 41 du "Ravi" est dans les kiosques (2,80€) depuis samedi. De beaux dossiers sur la région, des brèves, des dessins originaux au scalpel et une très bonne analyse des résultats du premier tour de la présidentielle en PACA. Des journaux satiriques garantis sans pub, il n'y en pas beaucoup. Alors, on ne résiste pas à la tentation, on l'achète !











