jeudi 1 mars 2007

Procès perdu : Joissains doit rembourser les frais

J'ai demandé au maire, lors du conseil municipal de février, si elle comptait rembourser les frais occasionnés par son procès perdu contre Le Nouvel Observateur. Sa réponse n'en a pas été une. Elle a prétexté que je faisais des attaques personnelles, une façon de botter en touche. Je persiste à dire qu'elle a entraîné son équipe à l'autoriser à lancer une action en justice pour obtenir "réparation" d'une atteinte en son nom propre aux frais des Aixois. Nous l'avions mise en garde contre cette dérive. Le tribunal lui a récemment renvoyé le bâton. Voici le principal article du "Spécial Aix" de 12 pages publié en décembre 2005 par le magazine, qui n'a donc pas été condamné.

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Maryse Joissains est-elle à la hauteur ?

L’ascension de son mari, maire de la ville, avait été brisée net par une affaire d’abus de bien social. Vingt ans plus tard, elle – dans la lumière – et lui – dans l'ombre – sont revenus au pouvoir. Mais, entre l’inévitable rancœur qui a mûri deux décennies durant, la fusion-confusion familiale et la difficile gestion d’une ville dont la population a triplé en cinquante ans, Maryse Joissains-Masini a du mal à naviguer droit.

Le mari a pris l’habitude d’entrer sans frapper. Que madame soit seule assise derrière son bureau ou en compagnie d’un des plus gros notables de la ville, peu importe, le voilà qui surgit dans l’embrasure de la porte et se campe à côté de la photo géante du président Chirac. Après, c’est presque comme un rituel, elle le sermonne, histoire de ... : "Je t’ai déjà dit de ne pas entrer ainsi dans mon bureau quand je suis en rendez-vous". Lui prend l’air las du boss dont le petit personnel aurait des velléités d’insoumission. Il repart au bout de cinq minutes de chamailleries. Et cela dure comme ça depuis trois ans et demi.

A Aix-en-Provence, 25e ville de France, la mairie, c’est d’abord une histoire de famille. Avec, donc, Maryse Joissains-Masini, 62 ans, député-maire UMP, très brune dans sa jeunesse, très blonde aujourd’hui, croix scintillante qui jure avec le décolleté, Alain, le mari, 62 ans lui aussi, qui occupe le bureau juste à côté en tant que directeur de cabinet, indice de salaire 1272, le plus élevé de tout l’Hôtel de ville, Sophie, la fille, 35 ans, installée, elle, à quelques pâtés de maison de là, comme chef de cabinet à la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, dont maman est présidente. Et, le chien, Cendrillon, bâtard beigeâtre, trouvé errant un soir de Noël à Paris, et qui, désormais, garde le bureau du premier magistrat de la ville. "C’est sûr, il n’est pas très standing, mais vous savez, ce n’était pas dans mon plan de carrière de devenir maire". Un plan de carrière ? Bien mieux que ça.

En mars 2001, personne n’aurait misé un copeck sur la victoire de la dame. Il y avait trois listes de droite en compétition et tous les sondages étaient formels : c’est le maire sortant, Jean-François Picheral, sénateur socialiste et médecin radiologue de son état, qui allait remporter les élections. Mais voilà, au 2e tour, les trois listes de droite ont fusionné, le candidat du Front National s’est désisté et Maryse Joissains a raflé 50,61% des voix à la surprise générale. Certes, le tout a donné une "équipe hétéroclite, faite de bric et de broc, et plutôt de broc" (dixit André Guinde, conseiller général PS) et l’unité a fait long feu (l’UDF François-Xavier de Peretti, une des trois têtes de liste, intronisé troisième adjoint, s’est assez vite vu retirer sa délégation). Mais le lendemain, lorsqu’elle réunit, pour la première fois son conseil municipal, dans la salle des Etats de Provence, au premier étage de l’Hôtel de ville, Maryse Joissains, juste avant d’envoyer l’air de la Marseillaise, peut résumer ainsi sa victoire : "Cette place, je l’ai payée par le sang".

Beaucoup d’Aixois (20 000 nouveaux arrivants en vingt ans) ne savent même pas alors de quoi elle parle. Mais parmi les 55 élus, tout le monde a bien évidemment en tête ce qu’on appelle, ici, l’affaire Joissains. Le couple l’a racontée à sa façon, en 1995, dans un livre écrit à quatre mains et baptisé "Sang et or" : "Depuis l’élection de François Mitterrand (...), nous n’étions plus dans un Etat de droit (...). Tout était possible, y compris la condamnation d’innocents pour justifier des stratégies".

Cela se passait au début des années 80. A l’époque, ce n’était pas Maryse qui était maire d’Aix-en-Provence, mais Alain. Il avait tout juste 40 ans. Fils d’un résistant du réseau Alliance, mousse dans sa jeunesse, engagé volontaire en Algérie à 17 ans, docker sur le port de Toulon pour payer sa capacité en droit, avocat inscrit au barreau d’Aix, jeune loup du Parti radical, un temps même attaché au cabinet de Jean-Jacques Servan-Schreiber, éphémère ministre de la Réforme sous Giscard...

L’ascension du maire d’Aix est brisée net un jour de janvier 1983, par un article du "Canard Enchaîné" où il est écrit noir sur blanc qu’il a fait construire une villa à son beau-père, Roger Charton, grâce aux fonds destinés au CES Saint-Eutrope, sur les hauteurs de Saint-Antonin-sur-Bayon, à quelques centaines de mètres de la propriété de Gaston Defferre. Alain Joissains sera finalement condamné en appel à deux ans d’emprisonnement avec sursis et 150 000 francs d’amende pour complicité de recel d’abus de biens sociaux. Le père de Maryse se tirera une balle dans la tête. Adieu le pouvoir et la gloire, adieu la mairie, adieu aussi le barreau d’Aix-en-Provence, jamais réintégré par Joissains...

"La famille a vécu pendant vingt ans en rongeant son frein et avec une soif de revanche formidable, indique un opposant. Ils ont cru un moment pouvoir encore tirer les ficelles en faisant élire, à la mairie, au printemps 1983, un homme "à eux" : Jean-Pierre de Peretti della Rocca, un type un peu fada qui disait voir la Vierge et faisait entonner le "Coupo Santo", l’hymne provençal, en Conseil municipal. Mais "Judas", comme le couple l’a rebaptisé dans son livre, les a vite reniés et a même retiré à Maryse sa délégation de première adjointe. Ils ont été bafoués, meurtris, humiliés... "Alors, vous imaginez bien que lorsqu’ils sont revenus, par le plus grand des hasards, aux commandes de la ville, rien ne pouvait se passer de manière totalement sereine et professionnelle".

Maryse Joissains, elle-même, le reconnaît : "Oui, c’est une revanche d’être assise là aujourd’hui". Elle vous reçoit à la bonne franquette, dans son bureau au premier étage de l’Hôtel de Ville, qu’elle a fait repeindre de couleurs vives et où elle a installé le drapeau provençal, en plus du français et de l’européen. Elle vient se poser sur une petite chaise tout près de vous, en laissant vide son fauteuil de maire de l’autre côté du bureau ("c’est plus convivial"), le buste penché en avant, les mains posées sur les genoux, le gros mot toujours au bout de la langue... Maryse Joissains n’a pas été élevée cours Mirabeau, mais cours Lafayette, à Toulon.

Fille unique de militants communistes et sans le sous – son père a même été garde du corps occasionnel de Maurice Thorez –, c’est grâce à une bourse qu’elle a pu décrocher une capacité en droit et devenir plus tard avocate des parties civiles dans le procès du sang contaminé, mais elle a "gardé (son) franc-parler", comme elle dit. "En tant que femme politique, elle est complètement iconoclaste, reconnaît un journaliste de "La Provence". C’est un personnage à la Pagnol, une Madame sans gêne qui aurait pu être cantinière sous Napoléon, qui souhaite la bonne année à Jean-Louis Debré quand elle intervient à l’Assemblée, balance du "t’es couillon" au ministre de la Justice, Dominique Perben, et dit "je prends le taureau à bras le corps"... ".

Il y a eu aussi la fois, en décembre 2003, où elle a déclaré à "La Provence" : "Tout ça, ce sont des manœuvres de petits morpions qui me mordent les fesses". Les morpions en question : les quinze élus de l’opposition de gauche, mais aussi de droite, dont l’UDF François-Xavier de Peretti, qui venaient de réclamer une mission d’information sur le personnel municipal, après plusieurs vagues d’embauches jugées non nécessaires (150-200 personnes seraient concernées) et à des frais de personnel atteignant désormais le chiffre record de 56% du budget de fonctionnement. Le maire était rentrée ce jour là dans une colère noire et avait dit niet à la mission.

Parce que les coups de sang de Maryse Joissains-Masini font désormais partie de l’ordinaire du conseil municipal. Hurlements, insultes, micros coupés... "On baigne dans le chaos le plus total, soupire Cyril Di Meo, conseiller municipal et communautaire vert. Elle confond opposant et ennemi, elle ne supporte pas la contradiction et part tout de suite au quart de tour. Dès que l’un d’entre eux émet une critique ou pose une question qui la dérange, elle le traite d’incompétent et d’irresponsable. Et c’est la même chose avec le personnel de la mairie : on est avec elle ou contre elle".

Sans oublier, en coulisses, Alain Joissains – au côté duquel, sur le plan de la suspicion, Maryse serait une enfant de cœur – qui fait monter la moutarde. C’est lui qui se charge, dit-on, de constituer des dossiers sur les agents municipaux et d’intimider ceux qui ne marchent pas au pas. Lors d’une réunion de préparation pour la mise en place des conseils de quartier, qui a été plus que laborieuse, le suspicieux mari aurait même dit à un élu : "Tu ne veux pas qu’en plus du fusil, je te donne les cartouches ?".

Bref, depuis le retour du couple, l’ambiance est plutôt tendue dans les couloirs. La liste de ceux qui ont été poussés vers la sortie s’allonge de jour en jour : le directeur des ressources humaines, la directrice de l’Association des crèches de la ville, le directeur adjoint de l’Aupa (l’Agence d’urbanisme du Pays d’Aix), le directeur de la culture, plusieurs responsables du Centre communal d’action sociale... Et on a compté pas moins de cinq directeurs généraux successifs en trois ans à la tête de l’OPAC Pays d’Aix Habitat. C’est d’ailleurs ce que fustige un rapport de la Mission interministérielle d’inspection du logement social (MILOS) de décembre 2003, qui pointe aussi, entre autres dysfonctionnements, les "anomalies et irrégularités" dans les dossiers d’attribution de logements (absence d’avis d’imposition, situation familiale non précisée... ) et les "multiples interventions" de la mairie dans l’octroi d’appartements comme dans la gestion du personnel "qui portent une atteinte grave aux modalités de fonctionnement". Avec, en annexes, une poignée de lettres signées du maire et qui réclament ni plus ni moins que l’embauche de Mr X pour le poste de contrôleur de gestion ou celle de Mme Y pour s’occuper des réclamation des locataires.

"La gestion de la ville a été confisquée par un clan familial, résume François-Xavier de Peretti. Maryse Joissains a fait beaucoup de promesses pendant sa campagne électorale qu’elle n’a finalement pas tenues, comme la gratuité des transports collectifs. La plupart des grands projets en cours, le Centre Chorégraphique National, la nouvelle salle de spectacle, la rénovation du Musée Granet, les constructions immobilières de Sextius-Mirabeau et de la Duranne datent de l’ancienne équipe municipale. Tandis que les problèmes qui obèrent gravement l’avenir de la ville, dont la population a triplé en un demi-siècle, comme celui du logement ou des transports ne sont pas pris à bras-le-corps. Tout cela témoigne quand même de beaucoup d’amateurisme". Quand il ne s’agit pas carrément de libertés avec la législation. C’est ainsi que le sous-préfet a demandé à l’équipe municipale de présenter à nouveau, au printemps dernier, le compte administratif 2003 qui, lors du précédent vote, ne contenait ni les bilans de l’Opac, ni ceux du Centre Hospitalier des trois dernières années. Il a aussi réclamé que la mairie revoie sa copie sur la question du régime indemnitaire des agents titulaires et stagiaires, adopté en juillet, et dont certains points (notamment les primes hors critères légaux) étaient en contradiction avec le statut de la fonction publique territoriale.

"Le problème, résume un journaliste local, c’est que Maryse Joissains est coincée de partout, comme on dit ici. Elle n’est pas reconnue par le monde politique, elle n’est pas acceptée par la bourgeoisie aixoise, elle ne dispose pas d’une majorité solide au sein de son conseil municipal et ne gouverne qu’avec une poignée de fidèles, son mari, Jean Chorro, Gérard Bramoullé, Henri Doglione, elle est de plus en plus en plus isolée à la Communauté d’agglomération où les petites communes lui reprochent de pomper les finances au profit de sa ville et doit en plus se coltiner un conseil général et un conseil régional de gauche. Du coup, on peut vraiment se demander si elle ne va pas exploser en vol."

Côté opposition, on commence effectivement à croiser les doigts au fur et à mesure que se rapprochent les municipales de 2007. Le socialiste Michel Pezet, ancien dauphin de Gaston Defferre, a même commencé à tester ici et là sa candidature. Il faut dire qu’aux dernières cantonales, en mars, la droite s’est pris une sévère raclée. Le socialiste André Guinde, conseiller général sortant (du canton Aix-en-Provence Sud-Ouest), a battu à plates coutures Stéphane Salord, deuxième adjoint et candidat officiel de la mairie. Idem pour Alexandre Medvedowsky, ancien adjoint de Jean-François Picheral, le précédent maire, qui se représentait, lui, dans le canton de Peyrolles, situé sur la Communauté d’agglomération. De mémoire d’Aixois, c’était la première fois depuis 1978 que la gauche remportait des élections dans le coin sans triangulaire.

Comment Maryse Joissains-Masini a-t-elle réagi ? Elle s’était déjà fait remarquer, dans le passé, par ses "perles" ultra-droitières : elle avait ainsi porté plainte contre X au moment du conflit des intermittents et de l’annulation du Festival international d’art lyrique, rédigé une loi qui mettait les demandeurs d’emplois et les RMIstes à disposition des communes pour des travaux d’intérêt général et co-signé une autre pour le rétablissement de la peine de mort dans les cas d’actes de terrorisme. Ce qui avait fait se dresser les cheveux de plus d’un Aixois... Mieux encore, cette fois, au lendemain des cantonales, elle aura ce mot dans la Provence : "Je constate que la droite est majoritaire si l’on englobe les voies du Front National". On dit, ici, que c’est son mari qui lui sert de professeur en politique...

Nathalie Funès

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