mercredi 28 février 2007

Vers la fermeture de l'ouverture du dimanche ?

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L'idée avancerait-elle enfin ? La raison aurait-elle retrouvé la voie du droit ? Le rapport du Conseil économique et social présenté lundi a déconseillé l'autorisation de l'ouverture des magasins le dimanche, mais propose un aménagement des règles.

Celui-ci préconise de "maintenir le principe du repos dominical pour les salariés" tout en estimant des "aménagements" utiles, ceci pour éviter que cela n'implique, par ricochet, des “modifications substantielles dans l'organisation et le fonctionnement de la société en impliquant nombre d'autres professions (crèches, services de logistique et de maintenance...)".

Toutefois, le rapport insiste sur la nécessité d'harmoniser des règles, qui, au fil du temps et des dérogations à répétition – le CES en a recensé 180 dont certaines seraient discrétionnaires (restauration, fleuristes...) – sont devenues illisibles et contradictoires.

A titre d'illustration, dans l'Hérault, seuls les magasins de moins de 300m2 ont le droit d'ouvrir le dimanche. Ainsi, les conseillers recommanderaient, par exemple d'autoriser 5 dimanches sur la base du volontariat, sauf dans les zones touristiques, où cette autorisation serait illimitée.

Ce rapport avait été demandé en pleine la bagarre juridique (centre commercial Usines Center des Vélizy, Yvelines, Plan de Campagne). En décembre, le ministre du Commerce Renaud Dutreil avait proposé une loi sur le commerce après l'élection présidentielle, assouplissant notamment les ouvertures de magasins le dimanche.

Mais dans le cas de Plan de Campagne, il avait d'abord annoncé qu'il ferait respecter le code du travail avant de faire trois grands pas en arrière et de laisser le Préfet de région prendre des décisions illégales.

Allez, plus que deux mois pour licencier ces hors-la-loi.

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ISF et ASSEDIC sont dans un bateau…

noyadesOn a beau maquiller les chiffres, on peut leur faire dire ce qu'on veut, la réalité finit toujours par s'imposer. Qui peut encore croire les annonces trafiquées du gouvernement ? Non, le chômage ne baisse pas. Non, tous les chômeurs ne sont pas bien traités. Les témoignages ne manquent pas autour de nous pour se rendre compte du désarroi profond des laissés-pour-compte.

Moins d'un chômeur sur deux serait indemnisé par l'assurance chômage (Unedic), selon le collectif "Les Autres chiffres du chômage" (ACDC), qui dénonce un recul de l'indemnisation depuis 2003.

Fin 2006, seuls 47,5% des chômeurs, toutes catégories confondues, étaient indemnisés par l'assurance chômage, contre 54% en novembre 2003, selon ACDC, qui cite des chiffres de l’Unedic corroborés par l'ANPE. Celle-ci, dans une note de conjoncture du 16 novembre 2006, indiquait aussi que moins de la moitié des demandeurs d'emploi étaient indemnisés par l'Unedic en juin 2006.

"Il serait normal que tous les chômeurs qui ont cotisé soient indemnisés. Or ce n'est pas le cas," affirme le Réseau d'alerte sur les inégalités et membre du collectif d'associations et de syndicats. Les jeunes, les femmes et les salariés les moins qualifiés sont les moins bien indemnisés, non en raison "d'une discrimination explicite", mais du fait qu'ils ont plus que les autres des emplois précaires et de courte durée, et cotisent donc moins.

Cette évolution est liée au tour de vis donné par l'Unedic en janvier 2003. L'indemnisation pour ceux qui ont travaillé moins de six mois a été supprimée et, pour les autres, la durée maximale d'indemnisation a été fortement réduite à 23 mois (sauf pour les 50 ans ou plus).

"Depuis 1979, pas moins de six réformes ont progressivement réduit les droits à indemnisation, et le RMI sert de plus en plus de voiture-balai", déplore le collectif, selon lequel l'indemnisation moyenne d'un demandeur d'emploi par les Assedics reste "faible, environ 80% du Smic". Pas de quoi tenir la tête hors de l'eau.

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mardi 27 février 2007

Les liens du sens

Pour les visiteurs curieux et avides d'en savoir toujours plus sur des sujets évoqués précédemment sur mon blog, voici des liens directs d'accès à des informations concernant :

Le rapport 2007 sur l'état du mal logement en France

deux versions : lecture rapide ou texte intégral

http://www.fondation-abbe-pierre.fr/rml.html

Le blog de Claude-Marie Vadrot

un blog décapant à la langue verte

http://horreurecologique.blogspot.com

Le site officiel de Christiane Taubira (PRG)

vidéos, interviews, textes, parcours, engagements

http://www.christiane-taubira.org

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Un César en forme de bâton

Pascale_FerranLe conflit des intermittents du spectacle terminé ? Pas vraiment. Samedi, à la remise des César, la gagnante du meilleur film a rappelé que leur statut fait toujours l'objet d'une polémique.

On s'en souvient, le conflit a connu son pic à l'été 2003 (bientôt un quinquennat !) avec l'annulation de plusieurs manifestations dont le Festival d'art lyrique d'Aix et le Festival d'Avignon.

De report en report, de fausses concertations en coups tordus, le gouvernement s'est laissé dicter sa loi par les exigences du Medef. Sa "réforme" n'est évidemment pas satisfaisante.

Ce n'est pas un cas isolé. Comment ne pas y voir clairement la même "logique" que pour le CPE, les gros accrocs au Code du travail pour y introduire la flexibilité et la précarité et, cynisme jusqu'au-boutiste, la casse programmée du Code lui-même.

Mettant en avant la douloureuse situation des intermittents, Pascale Ferran s'est lancée dans une défense de la spécificité française. Le statut des intermittents "unique au monde et pendant longtemps remarquable (...) permettait d'atténuer un peu la très grande disparité des revenus dans les métiers artistiques", a dit la cinéaste. Or il est en train de "passer d'un système mutualisé à un système capitalisé", ce qui "change tout".

La lauréate en a profité pour élargir le débat aux enjeux publics de la culture et notamment pour le cinéma. D'une voix posée mais ferme, elle a poursuivi par une attaque du mode de financement des films et plaidé pour une politique active en faveur de la culture.

Elle a incriminé la "fracture récente" qui s'insinue entre "des films de plus en plus riches, et des films extrêmement pauvres". Ce décalage croissant "trahit l'héritage des plus grands cinéastes français".

"Peut-être est-il temps de se battre méthodiquement pour refonder les systèmes de solidarité mis à mal et restaurer les conditions de production et de distribution de films qui, tout en donnant à voir la complexité du monde, allient ambition artistique et plaisir du spectacle", a-t-elle poursuivi.

"Nous n'y arriverons pas sans une forme de volonté politique, d'où qu'elle vienne", concluant avec ironie : "Rassurons-nous, il reste 55 jours aux candidats à l'élection présidentielle pour oser prononcer le mot “culture".

Son intervention a été très applaudie.

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Accès à l'emploi : les préjugés font la vie dure

Acte_citoyen

"C'était pour un stage de mécanique. J'ai d'abord amené un jeune black. Il n'a pas été pris. Puis, j'ai accompagné un blanc et ça a fonctionné", confie un travailleur social. "La discrimination existe à Aix, même pour trouver un stage".

A défaut de résoudre les problèmes, le colloque organisé vendredi par l'association L'Acte Citoyen a au moins permis de mettre en lumière la face cachée et hypocrite, pour ne pas dire plus, de l'injuste réalité vécue par de nombreuses catégories de personnes.

Tout est bon pour les rejeter : on stigmatise la couleur de leur peau, leur patronyme, leur handicap ou leur âge. Les préjugés ont la vie dure. Que dire des difficultés administratives et techniques rencontrées par les initiateurs eux-mêmes pour mettre en œuvre cette première journée de débats intitulée "Osmos 2007" à laquelle ont participé environ 150 personnes.

Les échanges du matin ont fait apparaître les obstacles concrets racontés par ceux qui les vivent. Hélas, les moyens existants pour les combattre, présentés par la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations à l'emploi et pour l'égalité), semblent bien insuffisants pour les éradiquer.

Le public a eu l'embarras du choix pour se forger une idée. Des courts métrages ont montré la force désespérée de certains témoignages enregistrés à Marseille auxquels se sont ajoutées les prises de parole concordantes, courageuses et dignes de jeunes s'exprimant à partir des gradins sur leurs propres expériences.

Il est regrettable que l'après-midi un seul représentant de société soit venu débattre, en présence d'une seule représentante syndicale, alors qu'une "charte de la diversité dans l'entreprise" a été signée par une centaine d'entreprises.

Pour enfoncer le clou, la journée s'est achevée sur une scène surprenante de théâtre dansé. Sur fond musical, des voix égrenaient des articles du Code du travail… en rupture totale avec les droits bafoués au quotidien.

L'association L'Acte citoyen ne semble pas découragée. Les responsables ont annoncé qu'ils allaient poursuivre leur travail de terrain et donner une suite à cette initiative en 2008.

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lundi 26 février 2007

Les coups lisses de Sarkopolis

Avec Henri IV, le dimanche, c'était poule au pot. Avec Sarkozy, chaque jour, c'est poulets plein pot. Il aime tellement ça qu'il en fait même une cure à très haute dose. Comme ministre, il ne se déplace jamais sans deux ou trois gardes du corps et des escadrons entiers de policiers. En tant que candidat, il reste ministre. Pourquoi se priverait-il des moyens de l'Etat quand ce dernier est entre ses mains ? Ainsi, depuis quelques semaines, le quartier de la rue d'Enghien connaît un impressionnant déploiement censé protéger le siège du candidat au n° 18.

Voici ce qu'on voit à Sarkopolis :

SARKO1SARKO2SARKO3

                ça…                             plus ça…                   et puis aussi ça…

(Clic sur les images pour agrandir)

On dénombre 3 cars et 10 fourgonnettes de la police et des CRS. A ce dispositif léger, s'ajoutent quelques autres camionnettes (entre 2 et 4 selon les jours), aux extrémités de "sa" rue, et quelques voitures banalisées, reconnaissables lorsqu'elles arborent leur gyrophare bleu.

On y remarque aussi des hommes en bleu à tous les coins de rue, la circulation régulièrement bloquée pour que les voitures officielles puissent emprunter les sens interdits afin de gagner une minute ou deux et des concerts de sirènes lorsque le "grand" homme déplace son auguste personne. Combien sont-ils ? 100 ? 150 ? Est-on rassuré ? Non, la campagne présidentielle de Sarkozy ne coûtera pas une fortune à l'UMP. Le Ministère de l'Intérieur est là pour régler quelques factures !

Et que martèle "Monsieur-tout-devient-possible" qui, contrairement aux apparences, se soucie beaucoup des dépenses publiques et donc de nos portefeuilles ? "Nous ne pouvons rester le pays d'Europe où la part des dépenses publiques dans la richesse nationale est la plus importante. Il faut donc dépenser mieux et moins. (...) Le problème du nombre de fonctionnaires doit être posé." Dépenser mieux, c'est donc dépenser pour sa protection privée quand il ne fait pas son boulot de ministre.

"Dans un pays comme le nôtre, où les dépenses des pouvoirs publics représentent 54 % de la richesse nationale, l'échec économique et social est garanti si les dépenses sont mal orientées." A moins qu'il ne veuille repousser une insurrection généralisée, ce monstrueux attirail paraît légèrement disproportionné pour dissuader 3 sans-papiers de manifester devant son bureau. Espérons qu'il "orientera mieux les dépenses" s'il est élu.

"La France qui se lève tôt le matin, la France qui travaille, la France qui paie ses impôts, elle est aussi attachée à voir que l'argent public soit utilisé avec l'efficacité maximale." Pas d'inquiétude, c'est efficace : pas un seul vol de sac à mains sur le boulevard depuis l'arrivée de la "milice".

"On ne paie pas des fonctionnaires de police pour qu'ils jouent au basket avec des jeunes." Mieux vaut les payer à lanterner sur le trottoir à ne rien foutre. "Il faut en finir avec les pratiques monarchiques de Ve République." No comment. Qui parle ? Le ministre ou le candidat ? Sûr que s'il est élu, il cumulera aussi le rôle de Ministre de l'Intérieur.

Pour finir, ce petit bijou paru dans Le Nouvel Observateur :

"Dès le premier jour, la rue d'Enghien est mise sous haute surveillance policière. Dans la foulée, tous les habitants des trois immeubles qui font face au QG reçoivent une étrange enveloppe saumon, sans cachet de la Poste. A l'intérieur, une lettre, datée du 15 janvier, leur demande de répondre au plus vite à un recensement de sécurité. On leur communique un numéro de téléphone. Au bout du fil, un policier questionne : nom, prénom, date de naissance. Au cours de la conversation, le policier se fait plus précis. Il suggère à son interlocuteur de ne pas recevoir de paparazzi chez lui, évoque avec lui les dangers terroristes, la présence d'un éventuel sniper planqué sur les toits. En quelques minutes, l'habitant de la rue d'Enghien est mis sous pression. Le voilà devenu un riverain fiché par la police. En fait, le fonctionnaire est un agent du service Enquête des Renseignements Généraux de la préfecture de Police de Paris..."

Sarkozy, utiliser les RG à son compte ? Mais enfin, c'est ridicuuuuule !

(Merci aux correspondants qui m'ont fourni ces informations)

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dimanche 25 février 2007

Ni déprimé… ni comprimé…

Dans une brève teintée d'humour, La Provence cite en bas de page une de mes "petites phrases" comme on dit : "Je me suis payé le luxe de regarder quatre heures du conseil municipal de Marseille sur Internet".

Commentaire du journal : "Faut-il être déprimé pour s'adonner à une occupation pareille…"

Ben, non ! Rien ne vaut la primeur de l'actualité en direct intégral ! C'est quand même mieux que des infos partielles et comprimées le lendemain, quand ce n'est pas trois semaines après. Ou, pire, passées carrément... sous silence.

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Vous voulez me faire remarquer ou quoi ?

Hou la la ! Mais c'est inquiétant ça ! Vous ne devenez pas trop sympas avec moi ? Vous voulez me faire remarquer ou quoi ? C'est ça ? Vous voulez m'attirer des ennuis avec Joissains ou, pire, avec mes amis ? Vous voulez que le maire me fasse des procès comme ceux qu'elle perd chaque fois ? Vous voulez faire exploser mon ordinateur ? Vous voulez me condamner aux travaux forcés ?

Honnêtement, je ne sais plus où me mettre. Je trouve que vous y allez un peu fort ces temps-ci. Ici, vous m'encouragez à ne pas lâcher le morceau. Là, vous classez mon blog comme étant "le plus prolifique des blogs politiques aixois". Vous ajoutez même qu'il faut avoir "une pensée pour L.-A. Castronovo qui doit probablement passer de longs moments à travailler sur son blog." Vous allez jusqu'à dire que certains de mes articles sont "drôles et pertinents". Ou bien encore que je suis "inépuisable" ou que j'ai "beaucoup de détermination".

Mais, dites-moi un peu, qu'est-ce qui vous prend ? Bon, d'accord, d'une certaine façon, sans vous en rendre compte, vous avez tourné accros à mon blog et c'est devenu irréversible. Ce n'est pas bien grave, même si ça va s'aggraver.

Mais, en ce qui me concerne, je tiens à rassurer tout le monde, je vais bien. Je ne me prends pas la tête, je laisse plutôt les autres se la prendre. C'est vrai, des infos, j'en ai plein et vous ne serez pas frustrés. Parce que, après tout, ce n'est pas parce qu'autres ne font pas le maximum que je vais me satisfaire du minimum. Mais, cela n'a rien d'un exploit quand même.

Vous le savez sans doute, dans mes vies pas si lointaines, j'ai eu la chance d'avoir pratiqué la rédaction journalistique. Ce qui, je l'avoue, me facilite la tâche et ne dévore pas mon temps outre mesure. En revanche, et vous l'avez pressenti, j'ai un secret que je peux bien vous révéler. Aimer lire, aimer écrire, aimer la vie publique, défendre des convictions, ce n'est pas un labeur, c'est un bonheur. Et comme mon blog est greffé dans mon cerveau, je n'ai qu'à lui dicter directement ce que j'ai à dire, quand je veux, où je veux, comme je veux.

C'est peut-être cela que vous semblez vouloir partager avec moi. En tous cas, j'en serais flatté et ravi.

Bon, maintenant, ce n'est pas tout. Il ne vous reste plus, si je puis abuser, qu'à diffuser l'adresse de mon blog autour de vous. En quelque sorte, soyez ambassadeurs et partageurs. Le portail est grand ouvert. C'est juste là, en face de vous. Merci.

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samedi 24 février 2007

Victor Hugo, la civilisation contre la barbarie

Victor_Hugo

"L’échafaud est un crime permanent. C’est le plus insolent des outrages à la dignité humaine, à la civilisation, au progrès."

"Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-là, utilisez-là ; vous n’aurez plus besoin de la couper."

"Un homme tué par un homme effraye la pensée, un homme tué par les hommes la consterne."

"Eh bien, songez-y, qu'est-ce que la peine de mort ? La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine ; partout où la peine de mort est rare la civilisation règne."

"Je vote pour l'abolition pure, simple et définitive de la peine de mort."

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Peine de mort : La déclaration de Robert Badinter

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Ce fut le moment le plus intense du Congrès du Parlement réuni à Versailles lundi 19 février 2007. Voici l'intégralité du discours prononcé par Robert Badinter. Nul ne pouvait mieux que lui incarner la voix universelle de la France. C'est clair, c'est magistral, c'est humaniste. En cadeau après le texte, l'original de la loi signée par François Mitterrand le 9 octobre 1981.

"Voici un quart de siècle que la peine de mort était abolie en France ; voici vingt ans que l'abolition devenait en fait irréversible, avec la ratification par la France du sixième protocole annexe à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, qui interdit aux États signataires de recourir à la peine de mort.

Aujourd'hui, nous voici conviés par le Président Chirac, abolitionniste de longue date, à inscrire dans la Constitution un nouvel article 66-1 : "Nul ne peut être condamné à mort." Cette constitutionnalisation apparaît comme l'aboutissement du long combat mené en France par tant de hautes consciences, de Voltaire à Hugo et Camus, de Condorcet à Schoelcher et Jaurès, et je tiens, en cet instant, à rappeler devant le Congrès le souvenir du Président Mitterrand, car c'est à son courage et à sa volonté politique que nous devons l'abolition de la peine de mort en France, en 1981. (Applaudissements sur de très nombreux bancs.)

Cette révision aura des conséquences juridiques. Elle permettra à la France de ratifier le deuxième protocole au Pacte sur les droits civils et politiques des Nations unies, qui conforte l'abolition dans les États signataires. Nous souhaitons que soit ratifié à cette occasion le treizième protocole à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, qui a la même finalité.

Mais cette révision revêt surtout une portée symbolique et morale considérable. En l'inscrivant dans le titre VIII de la Constitution, consacré à l'autorité judiciaire, la République française proclame qu'il ne saurait plus jamais y avoir en France de justice qui tue.

Cette révision s'inscrit enfin dans les progrès constants de la cause de l'abolition en Europe et dans le monde. En 1981, nous étions le trente-cinquième État dans le monde à abolir la peine de mort. Vingt-cinq ans plus tard, sur près de 200 États membres de l'ONU, 129 sont abolitionnistes. C’est dire que l’abolition est devenue majoritaire au sein des États du monde.

En Europe, notre continent, ravagée pendant tant de siècles par la pire des criminalités – l’on pense en particulier à la première moitié du XXe siècle –, la peine de mort a disparu, sauf en Biélorussie, le dernier des États staliniens. Mais quel progrès réalisé par la civilisation européenne !

La Cour européenne des droits de l'homme, qui dit le droit en matière de libertés pour l’ensemble du continent, a condamné en 2003 la peine de mort comme "une sanction inacceptable, voire inhumaine, qui n'est plus autorisée par la Convention européenne des droits de l'homme". La Cour a marqué ainsi, solennellement, que l'abolition se fonde sur le premier des droits de l'homme, le droit au respect absolu de sa vie, qu'aucun État démocratique ne saurait violer.

Dans l'ordre international, les conventions et les déclarations se sont succédé – je n’en donnerai pas la liste ; je citerai simplement, car il est riche de sens, le traité de Rome de 1998 créant la Cour pénale internationale, dont on sait qu’elle a pour mission de lutter contre l’impunité des pires criminels qui soient et dont les statuts ont exclu le recours à la peine de mort.

Ainsi, l'Humanité va de l'avant, même si certains États, notamment la Chine, l'Iran, l’Arabie saoudite, mais aussi les États-Unis, grande république amie, voient, hélas, se succéder encore trop souvent condamnations et exécutions. C'est pourquoi la France se doit d'être partout présente, quand il s'agit de combattre la peine de mort.

En ce moment même, nous devons nous mobiliser pour que les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien condamnés à mort en Libye (Applaudissements sur tous les bancs), au mépris de toute justice, soient sauvés par notre action.

Il nous faut de même soutenir l’action entreprise par la présidence allemande de l'Union européenne et le Parlement européen, qui viennent de demander, dans une résolution récente, la "mise en place sans conditions d'un moratoire universel sur les exécutions capitales". Ce moratoire doit inspirer la trêve olympique sur la peine de mort – trêve olympique qui remonte au grand temps de la Grèce antique – que nous réclamons à l'occasion des Jeux olympiques de Pékin, en 2008.

Mais il ne suffit pas d’un moratoire sur les exécutions ; encore devons-nous obtenir un moratoire sur les condamnations elles-mêmes. Car nous refusons que s'accroisse plus longtemps la masse des milliers de condamnés à mort dans le monde – parmi lesquels il y a, nous le savons, des innocents –, qui peuplent les quartiers de la mort pendant des années, voire des décennies, dans l'attente angoissée de l'aube prochaine, qui sera peut-être la dernière.

Tant que, dans ce monde, on pendra, on décapitera, on empoisonnera, on lapidera, on suppliciera, toutes celles et ceux qui considèrent le droit à la vie comme un absolu moral, tous ceux-là ne doivent pas connaître de répit !

Je veux, en cet instant, dire au Congrès ma conviction absolue : la peine de mort est vouée à disparaître de ce monde comme la torture, parce qu'elle est une honte pour l'humanité. Jamais, nulle part, elle n'a fait reculer la criminalité sanglante ; pire encore, elle transforme le terroriste en martyr ou en héros aux yeux de ses partisans.

La peine de mort ne défend pas la société des femmes et des hommes libres, elle la déshonore ! Aussi refuserons-nous toujours et partout que, sous couleur de justice, la mort soit la loi. Pendant la guerre civile d’Espagne, à Tolède, les fascistes espagnols criaient "Viva la muerte !", "Vive la mort !" Qu’avons-nous à voir, nous, enfants de la liberté, avec ce blasphème sanglant ? Que vive la vie !

C'est cela le sens du combat pour l'abolition de la peine de mort. Nous accomplissons en cet instant le vœu formulé par Victor Hugo en 1848 : l’abolition pure, simple, irréversible ; j'ajouterai, pour la France, "universelle". (De très nombreux parlementaires se lèvent et applaudissent longuement.)

original_abolition

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